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ADRIAN Louis (X1878)

Un inventeur au service des Poilus

 

Né le 29 août 1859 à Metz (Moselle)
Décédé le 8 août 1933 à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris

 

Promotion 1878
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : Intendant général


Fils d’un caporal du 3e Régiment du Génie alors stationné à Metz qui deviendra receveur des gaz. Au lendemain de l’Annexion de l’Alsace et de la Moselle suite à la défaite de 1871, il quitte la Lorraine avec ses parents. En 1878, brillant élève, il est lauréat du concours général avant d’être admis à l’X. En 1880, après une scolarité dans la moyenne à l’Ecole Polytechnique il opte pour le service du génie. Il parfait donc tout logiquement ses acquis à l’Ecole d’application de l’artillerie et du génie. Au sortir de sa formation il intègre le 3e Régiment du Génie d’Arras avec le grade de lieutenant. A partir de 1885, c’est avec le grade de capitaine qu’il se retrouve à l’état-major particulier du Génie et qu’il est affecté à la chefferie de Cherbourg et qu’il collabore à différents programmes de construction – que ce soit de bâtiments de garnison ou de systèmes de défenses – sur la façade Ouest de la France. En 1895, au cours de la seconde campagne de Madagascar, il fait partie du corps expéditionnaire afin de mener à bien des missions logistiques autour des voies de communication et des cantonnements. Il organise l'envoi et prend part au corps expéditionnaire de Madagascar. Epuisé, il est cependant rapatrié de ce front à la fin de l’année.

 

Ses débuts au service de l’Intendance

Ce n’est qu’en 1898 que Louis Adrian décide de passer dans l’Intendance. C’est dans ce service qu’il se fera remarquer pour les nombreuses inventions qui amélioreront les conditions de vie de nombreux combattants. Dans un premier temps il sert à Valenciennes en tant que  sous-intendant militaire de 3e classe avant de rejoindre les Paris au moment de l’obtention de son grade de 2e classe, à l’été 1904. En 1907, devenu sous-directeur de l’intendance au ministère de la Guerre, Louis Adrian doit résorber le problème des fraudes et corruptions des fournisseurs de l’armée. Il y remédie en proposant un nouveau « cahier des charges de l'Intendance ce qui lui vaudra d’être promu au grade de 1ère classe en décembre 1908. Cette dernière mission lui ayant crée de nombreux ennemis tant civils que militaires, il se lasse et demande finalement à partir en retraite en mai 1913. Il s’occupe alors de tâches diverses[2] au service de particuliers. C’est au cours de l’une de ces missions qu’il aurait mis au point des baraquements de bois préfabriqués, précurseurs de ses illustres baraques Adrian.


La fabrication des casques Adrian à l’usine Japy de Beaucourt (90).
Sources : Archives départementales du Territoire de Belfort, AD90 Ph0003.

 

Un inventeur au service des combattants

En 1914, lorsque la guerre arrive, il demande à être réintégré dans l’armée et est alors  affecté au service du ravitaillement en Beauce et en Touraine avant de devenir adjoint au directeur de l'Intendance au ministère de la Guerre. Il y est chargé des questions d'habillement et d'équipement, alors en pleine crise. Au cours de cette mission, il travaille notamment au renouvellement de l’uniforme des combattants français. Afin de parer au plus pressé au cours du premier hiver de la guerre, il propose par ailleurs de distribuer des peaux de mouton et des bottes de tranchée aux combattants. Il optimise également les bretelles des sacs à dos en les dotant d'un arrêtoir permettant de mieux répartir les charges. Au cours de l’été 1915, il travaille à la fabrication en série de son baraquement préfabriqué afin de remplacer les traditionnelles tentes. Facile à déplacer et à assembler, tout est pensé pour en faire un accessoire simple et fonctionnel pour les troupes en campagne. Celle-ci sert alors pour de multiples usages : postes de secours ou de commandements, ambulances, cantonnements, écuries,…[3]
Enfin, c’est au cours de son action, toujours animée par la volonté d’améliorer la protection et le bien être des soldats qu’il contribuera au développement de ce qui restera sa réalisation la plus célèbre : le casque Adrian.

 

La naissance du casque Adrian

Dès l’hiver 1914, Louis Adrian s’attaque au problème majeur des blessures à la tête, entre autre liées au développement sans précédent de l’artillerie. Dans un premier temps, il propose une cervelière se plaçant sous le képi avant d’orienter ses recherches vers un casque en tôle, relativement léger et surtout simple de conception. En 1915, l’ingénieur conçoit avec Louis Kuhn, chef d’atelier aux usines Japy, un casque qui est alors fabriqué à plusieurs millions d’exemplaires dès la première année. Ce nouvel équipement mis à la disposition des Poilus contribue à la baisse très nette du nombre, mais également de la gravité, des blessures à la tête. Ce casque apparaît rapidement comme le protecteur de milliers de vies françaises et alliées[4] .
A partir de l'automne 1915, il complète ses travaux par la mise au point d’une cuirasse abdominale résistant aux barbelés et aux baïonnettes ainsi que des épaulettes protectrices composées de lamelles d’acier.

 

Une fin de carrière mouvementée

Les détracteurs de Louis Adrian sont nombreux et acharnés. Un rapport d'enquête est notamment demandé contre lui et l'accuse, entre autres, de s'être occupé illégalement de marchés et d'avoir fait breveter ses inventions militaires à titre privé [5] . Au mois de février 1917, l’ingénieur est détaché au sous-secrétariat des Inventions où il continue ses recherches, et met au point différentes innovations telles que des cuirasses, des lunettes pare-éclats ou encore des tourelles blindées pour aviateurs.  Le 26 juin 1917 il est promu intendant militaire et prend alors la tête de l'inspection générale des cantonnements du sous-secrétariat d'Etat de l'Administration. Enfin, au mois d’avril de l’année suivante, il prend ses dernières fonctions militaires en s’occupant du service des évacués, réfugiés et rapatriés. Il est nommé intendant général  la même année. Au printemps 1918, il a également localisé les pièces d’artillerie lourde qui pilonnent la capitale grâce à la triangulation des impacts de leurs coups, répondant alors à une sollicitation personnelle de Clemenceau.
Fatigué par ses dernières années de service, il quitte définitivement l’armée en 1920 [6]. Ses diverses inventions et les services qu’il a rendus lui valent d’être nommé Grand Officier de la Légion d’Honneur le 30 décembre 1920 . Malade, il finit par se retirer dans sa propriété normande de Genêts [7]  et décède à l'hôpital du Val-de-Grâce en août 1933.

 


Sources et bibliographie

• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote 19800035/51/6264.
X Information, janvier 1934 et juin 1936.
La Jaune et la Rouge, N°37, avril 1951.

 


Notes

[1] Remerciements : Joseph Schmauch, conservateur des archives départementales du Territoire de Belfort.
[2] Il aurait notamment œuvré à l’optimisation de la production et de la conservation de viandes auprès d’éleveurs vénézuéliens.
[3] Leur côté pratique est tel qu’on trouve différents cas de rachats de ces dernières par des communes ruinées au lendemain de la guerre, bien qu’elles aient parfois servi sur les champs de bataille pendant de longs mois.
[4] En effet, le casque Adrian a été mis en dotation dans d’autres armées durant la Grande Guerre. C’est par exemple le cas des troupes russes, italiennes, belges ou encore de la légion tchécoslovaque combattant aux côtés des soldats de l’entente.
[5] Une contre-enquête menée quelques mois plus tard trouvera cependant des circonstances atténuantes à ses agissements, notamment en raison des importants services qu’il a rendus au pays.
[6] Avant cela, il avait déjà été nommé Chevalier le 30 janvier 1896, Officier le 31 décembre 1912 et Commandeur le 28 octobre 1915. Dans un autre registre, il a également bénéficié de la Médaille commémorative de Madagascar, vraisemblablement pour la seconde campagne de 1895 au cours de laquelle il a dû être rapatrié pour un congé de convalescence en Métropole, à Saint-Malo.
[7] Il est notamment attaché à cette région de par sa femme, Marguerite Pigeon qu’il a épousée à Grandville en 1889.