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BLOCH dit DASSAULT Paul (X1901)

Un artilleur au service de la France

 

Né le 13 janvier 1882 à Paris
Décédé le 30 mai 1969 à Paris

 

Promotion X1901
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : Général d’armée (artillerie)

Fils du médecin Adolphe Bloch, originaire d’Alsace, Darius Paul est né à Paris le 18 janvier 1882. Il est le frère ainé de dix ans du constructeur aéronautique Marcel Dassault. Entré à l’école polytechnique en 1901, il opte pour l’Artillerie. De par sa formation et son tempérament, le jeune officier fait preuve à la fois d’un courage physique et moral, mais également d’une brillante culture scientifique qu’il met en application à diverses reprises. Fin cavalier, il sert dans l’artillerie à cheval [1]. C’est dans cette optique que le jeune lieutenant suit un stage de perfectionnement à l’École de Saumur en 1904 et en est sorti premier ce qui le conduit à devenir capitaine écuyer à l’École militaire d’Artillerie de Fontainebleau à partir de 1906.

 

Un artilleur reconnu

A la veille de la guerre, Bloch, récemment promu instructeur, est donc formateur. Il est alors affecté au 3e régiment d’artillerie lourde, d’abord à la tête d’une batterie de 120 longs. Le 29 septembre 1914, il est cité une première fois à l’ordre du jour du 20e corps d’armée en ces termes : « A par son sang-froid, son attitude et l’ascendant qu’il possède sur ses hommes maintenu dans le plus grand ordre le personnel de sa batterie de tir sous un feu violent d’artillerie de gros calibre et a continué sans interruption son tir sur son objectif malgré les rafales de l’artillerie ennemie. » Rapidement, on lui donne le commandement d’un groupe au 51e régiment d’artillerie de campagne à partir du 13 juin 1915 puis passe au 111e régiment d’artillerie lourde le 1er novembre, après sa nomination au grade de capitaine, et enfin du 114e régiment d’artillerie lourde à partir du 15 février 1916. Le 7 octobre, alors que son régiment a été transféré sur le front d’Orient, il est cité à l’ordre de l’Armée pour son action sur le front de Verdun : « Excellent commandant de batterie qui s’est déjà distingué sur le front français. Par son action personnelle sur sa batterie et la précision de ses tirs, a contribué beaucoup au succès des attaques effectuées du 9 au 18 août 1916. » La preuve de reconnaissance précédente est complétée par sa nomination au rang de chevalier de la Légion d’Honneur le 14 janvier 1917. Il est alors décrit de manière élogieuse après avoir mené à bien un fait d’armes remarquable: « Officier d’une haute valeur militaire, d’un courage et d’un énergie à toute épreuve. A pris personnellement le 18 novembre 1916, le commandement d’une section poussée en première ligne pour une mission particulière de destruction. La section étant soumise à un violent bombardement, a fait continuer le feu avec une pièce. Animant par son exemple et un mépris absolu du danger le personnel de cette pièce dont deux servants ont été blessés. » [2] Le 16 février 1917, on le retrouve au sein de l’Etat-major du commandant de l’artillerie de l’armée française d’Orient. Le 22 juillet, venant de passer chef d’escadron, il rejoint le 241e régiment d’artillerie qui combat sur le même front. A la fin de l’année il revient en France et est nommé directeur du groupement d’instruction d’artillerie lourde [3] puis du centre d’organisation d’artillerie lourde [4] de Troyes.

 

Pionnier de l'artillerie d'assaut

En mai 1918 Bloch demande et obtient la tête du 8e bataillon de chars légers [5] au moment de l’apparition de ces armes nouvelles sur le champ de bataille [6]. Il participe notamment à la contre-attaque générale du 8 août 1918 qui sera plus tard qualifiée de « jour de deuil de l’armée allemande » par Ludendorff. Le 9 septembre 1918, ses qualités sont à nouveau reconnues par une citation à l’ordre de la 47e division d’infanterie pour son action lors des combats dans l’Aisne : « A dirigé efficacement l’action de son bataillon de chars légers pendant les journées des 18 et 19 juillet 1918. A contribué par son intervention vigoureuse et opportune à l’avance importante réalisée par les bataillons de chasseurs au cours de ces combats. » Au cours de son service dans l’artillerie d’assaut, il met à profit ses connaissances scientifiques pour proposer plusieurs améliorations majeures, notamment au niveau de la motorisation, à ces armes encore imparfaites. Peu après l’Armistice, son action sera encore mise en avant par deux citations. La première a été faite à l’ordre de la 12e division d’infanterie le 14 novembre 1918 : « Les 322e et 323e compagnies du 8e bataillon de chars d’assaut ont, sous l’impulsion du chef d’escadron Bloch, dans la journée du 1er novembre 1918, accompagné deux régiments d’infanterie de la 12e DI jusqu’à l’Escaut, mettant en fuite les mitrailleuses ennemies restées sur la rive ouest du fleuve, après avoir effectué la veille et d’une traite le parcours d’Ingelmunster-Bosch à l’Escaut, soit environ quarante kilomètres. » La seconde est faite le lendemain à l’ordre de la 10e armée : «  Sous le commandement énergique du chef d’escadron Bloch, le 8e bataillon de chars légers comprenant les compagnies AS322, AS 323 et AS324 s’est fait remarquer au cours des durs combats des 31 août, 2, 3, et 14 septembre 1918, par la bravoure, la vigueur, la ténacité de ses cadres et équipages. A appuyé efficacement et successivement la progression de plusieurs divisions d’infanterie et a fait preuve, notamment au cours des combats du 14 septembre, malgré de grosses difficultés de terrain et de sérieuses pertes, d’un esprit de mordant et de sacrifice au dessus de tout éloge. » Ses nombreuses médailles, citations ainsi que sa nomination au rang de chevalier de la Légion d’Honneur [7] témoignent de son engagement total dans le conflit.

 

Officier supérieur et scientifique

Après la guerre, il suit les cours de l’École Supérieure de Guerre puis du Centre des Hautes Études Militaires [8]. En 1933, il en sort en étant le plus jeune général de l’armée française. A partir de 1931, il est également chef de la section de l'état-major de l'armée chargée de la liaison avec les milieux scientifiques. En 1934, il est nommé chef d’État-major du Général Inspecteur de l’Artillerie. Durant cette période il supervise notamment la conception d’un canon anti-char de 47 mm [9]. En 1935, il est nommé sous-chef de l’État-major général de l’armée. Le 19 novembre 1938, il est mis à la tête du 5e corps d’armée qui sera une des rares unités à pénétrer en Allemagne avant la défaite de 1940. Au début de l’année 1940, il coordonne les défenses anti-aériennes en France et en Afrique du Nord avant d’être mis en retraite le 13 janvier 1942.

 

Un résistant reconnu

Rapidement, il rejoint la Résistance dont il devient l’un des principaux chefs sous le pseudonyme de Rapp puis de Dassault [10]. Le 20 août 1944, il est désigné par le représentant du général de Gaulle en France comme Gouverneur militaire de Paris. Arrêté par les Allemands au cours des combats de la libération de Paris, il parvient à s’évader. Il est nommé Grand Chancelier de la Légion d’honneur le 25 août 1944 [11].
Le 1er mai 1948, après avoir été inspecteur général de l’artillerie anti-aérienne et président du Comité de coordination scientifique de la Défense Nationale [12] qu’il a lui même contribué à créer, le général met un terme à sa carrière militaire et se tourne désormais vers ses fonctions de Grand Chancelier qu’il occupe jusqu’au 1er octobre 1954 mais également vers la Science. Il solutionne alors divers problèmes liés aux techniques d’armement dans la continuité de ses recherches antérieures. Il a également donné des cours sur l’armement et la guerre chimique à l’École Supérieure de Guerre. Il a par ailleurs été membre du conseil d’administration d’Alsthom et de la Banque commerciale de Paris. Il est membre de l’Académie des Sciences à partir du 15 juin 1953. Deux décrets, l’ont successivement autorisé à ajouter le nom de Dassault - son pseudonyme lorsqu’il a participé à la Résistance - à son patronyme puis à le substituer entièrement à ce dernier [13].

 


Sources et bibliographie

• « Notice nécrologique sur M. Paul Dassault», par Pierre Tardi, in Comptes rendus de l'Académie des sciences, N°269, 1969, pp. 18-22.
• Archives de l’École polytechnique, Dossiers X1A (1901) et VI2A2 (1901).
• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote C/0/33.
La Jaune et la Rouge, N°71 et 242.
 


Notes

[1] Cette dernière se distingue de l’artillerie classique car tous ses servants sont montés. Elle a pour but de pouvoir être déployée au plus vite en fonction de l’évolution du front.
[2] Paul Bloch obtient également la Croix de Guerre avec palme pour ce même fait d’armes.
[3] Le 6 novembre 1917.
[4] Le 10 décembre 1917.
[5] Ce dernier appartient au 500e régiment d’artillerie d’assaut.
[6] A plusieurs reprises, il a l’occasion de rencontrer le général Estienne, ancien polytechnicien lui aussi, qui met notamment au point les chars d’assaut. A partir de 1916, Bloch collabore avec ce dernier dans ce domaine.
[7] Il obtient cette distinction le 13 janvier 1917 et sera élevé au rang d’officier le 4 février 1921 puis de commandeur le 27 décembre 1934. A côté de cela il a également obtenu la croix de guerre belge et la distinction d’officier de la couronne de Roumanie.
[8] En parallèle, il poursuit ses recherches scientifiques et obtient notamment le prix Henri de Parville décerné par l’Académie des Sciences en 1924 pour son Essai de balistique aérienne.
[9] Celui-ci, surclassant ses équivalents, fut très apprécié des Alliés, mais également des Allemands, qui purent en bénéficier au lendemain de l’Armistice de 1940.
[10] Il semblerait qu’il aurait même signé plusieurs messages au général de Gaulle par le pseudonyme de « général Chars d’Assaut ».
[11] Il est élevé à la dignité de Grand-Officier le 17 mai 1945 et à celle de Grand’Croix le 29 mai 1946. Il obtient également la Médaille Militaire par le décret du 27 juin 1951.
[12] Cet organisme est créé dès la fin de la Seconde Guerre mondiale afin de mener et coordonner les efforts des scientifiques et des militaires français. Des représentants des différentes branches de la Science française et des ministères de la Guerre, de la Marine et de l’Air y siègent.
[13] Il est autorisé à s'appeler Bloch-Dassault par le décret du 27 novembre 1946, puis Dassault par le décret du 7 décembre 1955.