En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies destinés à améliorer la performance de ce site et à vous proposer des services et contenus personnalisés.

X

BUNAU-VARILLA Philippe (X1878)

Ingénieur des eaux

 

Né le 26 juillet 1859 à Paris
Décédé le 18 mai 1940 à Paris

 

Promotion X1878
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : chef de bataillon (génie)


Né de père inconnu, Philippe Bunau [1] est le fils d’une rentière parisienne. A ses 19 ans, en 1878, il réussit le concours d’entrée à l’École polytechnique. Il y suit une scolarité remarquable. 15e de sa promotion lors du passage à la première division et 22e à sa sortie, il opte alors pour le corps des Ponts et Chaussées. Sorti lieutenant du génie en 1883, il est promu capitaine trois ans plus tard. A la fin de sa formation, après une première mission en Afrique du Nord, il est nommé ingénieur des Ponts à Bayeux. Dès 1884, il se fait cependant mettre en congé pour entrer en tant que chef de division à la Compagnie Universelle du Canal Interocéanique de Panama crée par Ferdinand de Lesseps.

 

Ingénieur à Panama

Très rapidement, l’action de Bunau accélère l’avancement de la construction du canal. Hélas, une crise de fièvre jaune l’oblige à rentrer en France entre avril et septembre 1886. Dès son retour, l’année suivante, il continue les travaux de terrassement en développant notamment un projet de canal à écluses provisoires qui lui permet d’achever les travaux de percement du massif de la Culebra dès 1888. Afin de se consacrer pleinement à ces activités civiles, il est libéré de ses obligations militaires en 1904 étant donné que sa période de service militaire a expiré.
Au lendemain de l’effondrement de la compagnie de Ferdinand de Lesseps en 1888, il doit lutter avec acharnement pour que le projet de canal soit mené à bien. Après des échecs successifs auprès des gouvernements français puis russe, il se tourne finalement vers les États-Unis. Ces derniers étant alors en train de travailler à la construction d’un canal semblable au Nicaragua, Bunau-Varilla doit faire preuve d’une remarquable force de persuasion pour leur faire faire marche arrière et opter pour son projet à Panama. Par un jeu d’intrigues successives, il finit par obtenir gain de cause auprès du Sénat américain. Toutefois, le gouvernement colombien, à qui appartiennent les terrains sur lequel le canal doit passer, refuse de céder le tracé aux États-Unis. Le Français aide alors le mouvement insurrectionnel local qui, le 3 novembre 1903 aboutit à la création de la République de Panama. Le gouvernement provisoire le nomme alors ministre plénipotentiaire auprès des États-Unis. Le 18 novembre, il signe avec eux le traité dit Hay - Bunau-Varilla qui garantit la construction du canal, mais qui assure également leur mainmise sur ce dernier [2]. Il démissionne de cette fonction dès le 26 février 1904.
En parallèle, Philippe Bunau-Varilla est également administrateur des chemins de fer de Madrid à Cacérès et Portugal ainsi que de l’Ouest de l’Espagne ainsi que de ceux du Congo, qu’il a contribué à développer. Il a également collaboré à la construction du métro parisien.

 

De retour dans l'armée

En 1914, alors qu’il revient à peine de l’inauguration du canal, le 15 août, la guerre a éclaté en Europe. Malgré son âge, il demande alors à être réintégré dans l’armée française. Il reprend alors son grade de capitaine au sein du Génie de la place de Paris. Dans un premier temps, il est employé à la reconstruction des ponts de la région parisienne détruits prématurément avant la bataille de la Marne [3]. Par la suite, il est l’adjoint du commandant du génie de la place de Paris, le général Hirschauer [4] avant de passer au génie de la 2e Armée en avril 1915.
Il sert alors notamment en Champagne, où il se charge de l’approvisionnement en eau de la cavalerie grâce à des pompes centrifuges actionnées par des locomotives. En septembre, on le retrouve à la tête du service des eaux de la 2e Armée lors de l'offensive de Champagne. En quelques jours, il fait alors preuve de débrouillardise pour alimenter l’ensemble de son secteur avec les centaines de milliers de litres dont elle a besoin au quotidien.
Au milieu de l’année 1916, il doit faire face à un nouveau problème qui fait son apparition sur les champs de bataille : la désinfection des eaux. Il doit alors mettre au point un nouveau procédé de stérilisation afin de garantir l’approvisionnement en eau potable de la ligne de front.

 

La "verdunisation des eaux"

C’est avec l’arrivée de contingents indochinois que de nouvelles difficultés sont causées dans ce domaine. En effet, ces derniers apportent avec eux deux nouvelles maladies [5] contre lesquels l’armée française n’est pas vaccinée. L’eau étant alors souvent puisée à même le champ de bataille, dans les trous d’obus, il faut alors trouver une solution moins contraignante que la méthode de javellisation [6], relativement fastidieuse et qui donne surtout un goût exécrable à l’eau, qui est alors en vigueur dans l’Armée française.
Bunau-Varilla développe alors un nouveau procédé. Sa démarche consiste à essayer de voir si, en réduisant le volume de chlore ajouté à un niveau indécelable par le goût, l’eau était suffisamment stérilisée. Pour cela il essaye de voir si, en réduisant les proportions de chlore de près de 90%, il lui était possible de détruire intégralement les germes nocifs transportés par l’eau. Le scientifique l’expérimente dans un premier temps au laboratoire de la 2e Armée, à Bar-le-Duc [7] et, devant l’efficacité des résultats, décide de l’adopter pour l’ensemble du front de Verdun à l’automne 1916. Cette mesure permettra de prévenir les épidémies pour les milliers d’hommes et animaux qui stationnaient alors dans ce secteur particulièrement important. En outre, il développe également l’automatisation de ce système au niveau des réservoirs, de manière à ce que sa solution ne soit déversée dans l’eau que lorsque les robinets sont ouverts. Appelé dans un premier temps « autojavellisation imperceptible » [8], ce procédé prend par la suite le nom simplifié de « verdunisation ».


L’appareil de verdunisation de l’eau mis au point par Bunau-Varilla
X Information - 25 juin 1929

Le 3 septembre 1917, il est blessé par l’éclat d’une bombe d’avion à Verdun. Présentant des plaies multiples à la jambe droite, au pied gauche et dans la région lombaire, il doit alors être amputé de la cuisse droite ce qui fait de lui un mutilé de guerre à 100%. Il finira la guerre avec deux palmes et une étoile à sa croix de guerre et avec le grade de commandeur de la Légion d’Honneur.

 

Retour dans le civil

Au lendemain de la guerre, malgré son handicap, Bunau-Varilla travaille à l’application de son procédé de verdunisation des eaux au domaine civil [9]. Le cas le plus symbolique est sans doute Reims où, en 1924, cette mesure permet d’éviter une épidémie de fièvre typhoïde à la ville en pleine reconstruction. Tout au long de l’entre-deux guerres, il œuvre à l’installation de son dispositif dans des cités importantes en France, comme par exemple Lyon ou Paris, mais également à l’étranger, à Séville, Dakar ou encore Saigon.
Tout au long de sa vie, sa carrière, tant civile que militaire est honorée par différentes distinctions. Le 31 mars 1930 il est ainsi élevé à la dignité de Grand-Officier de la Légion d’Honneur puis de Grand’Croix, le 12 septembre 1938 [10].
A la veille de la Seconde Guerre mondiale, il semble toutefois être animé par des sentiments pro-allemands comme son frère, qui fera de son journal un instrument collaborationniste peu de temps après. Il décède finalement des suites d’une opération le 18 mai 1940 à Paris.

 


Sources et bibliographie

• BUNAU-VARILLA Philippe, De Panama à Verdun. Mes combats pour la France, 1937
• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote LH/391/56
• LOIZILLON Gabriel, Philippe Bunau-Varilla. L'homme du Panama, 2012
X Information, 25 juin 1929

 


Notes

[1] Ce n’est que quelques années plus tard qu’avec son frère Maurice, futur directeur du journal Le Matin, qu’ils ajouteront « Varilla » à leur nom.
[2] Même si les autorités du Panama se sont montrées satisfaites du traité les premières années, il sera ensuite reproché à Philippe Bunau-Varilla d'avoir octroyé aux États-Unis une trop large souveraineté sur le canal et d'avoir accepté la perpétuité de la concession. Le Panama restera tout de même protectorat américain jusqu'en 1939. Finalement, ce n’est que le 31 décembre 1999 que les États-Unis rendent le contrôle du canal au Panama.
[3] Il s’agit principalement des ponts de Magny, Creil, Pont-Sainte-Maxence, Verberie.
[4] Hirschauer, Auguste Édouard (X 1876 ; 1857-1943) Il a été nommé chef d’état-major du camp retranché de Paris par Gallieni en 1913.
[5] Il s’agit de la dysenterie amibienne et de la dysenterie bacillaire.
[6] Celle-ci consiste à ajouter du chlore dans l’eau puis à en faire disparaitre l’excédent et le goût par adjonction d’hyposulfite de soude. Ce second procédé est toutefois rapidement supprimé par l’État-major car il est trop contraignant en temps de guerre ce qui laisse à l’eau traitée un goût et une odeur de chlore très intense.
[7] Au cours de ses expérimentations, il est allé jusqu’à utiliser de l’eau hautement germée puisée dans les environs de Douaumont.
[8] Un traité décrivant le procédé sera d’ailleurs édité sous ce nom par Bunau-Varilla en 1926.
[9] Il décrit notamment ces procédés en 1926 dans son ouvrage intitulé Autojavellisation imperceptible.
[10] Il a auparavant été nommé chevalier le 26 juillet 1887, officier le 11 mai 1904 et commandeur le 3 septembre 1917.