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CAQUOT Albert (X1899)

Aérostier et ingénieur de renom

 

Né le 1er juillet 1881 à Vouziers (Ardennes)
Décédé le 27 novembre 1976 à Paris

 

Promotion X1899
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : colonel (aéronautique)

Fils d’un exploitant agricole ardennais, Albert Caquot doit son entrée à l’X à son seul mérite. Après avoir commencé ses études dans une école privée locale près de Vouziers, il suit une scolarité brillante au lycée de Reims. Il suit ensuite les cours préparatoires pour le concours d’entrée à l’Ecole Polytechnique au lycée Rollin de Paris. Il y entre en 1899 à l’âge de 18 ans, en se classant au 29e rang et en ressort 15e deux ans plus tard. Il choisit alors le Corps des Ponts et Chaussées correspondant à sa vocation de bâtisseur. A côté de cela, il effectue également son service militaire en1901-1902. Il est alors rattaché au bataillon de sapeurs aérostiers du 1er régiment du Génie avec le grade de sous-lieutenant. Pendant ce bref séjour dans cette arme, déjà il perfectionne la théorie des ballons captifs alors mise au point par le colonel Renard.
En 1905, à peine sorti de l’École nationale des Ponts et Chaussées, il épouse Irma Gabrielle Jeanne Leconte, originaire elle aussi de Vouziers et d’un an son aînée. De leur union naîtra une fille, Suzanne Paulette Gabrielle Marguerite, en 1910. Au niveau professionnel, il débute en accomplissant un service normal d’Ingénieur de son corps d’appartenance et est affecté au département de l’Aube où il restera sept ans. Il y travaille notamment à l’amélioration de l’état sanitaire de la ville de Troyes en créant un réseau d'assainissement, constitué par les égouts ovoïdes très novateurs qu'il conçoit. Il sauve ainsi de nombreuses vies.

 

Ses premiers pas dans la construction

En 1912, le jeune ingénieur souhaitant se tourner vers des activités plus diversifiées prend congé de son Corps pour se tourner vers le domaine privé. Il s’associe alors avec Armand Considère [1], inventeur du béton fretté [2] et créateur d’un bureau d’études pour les applications du béton armé. C’est à ce moment que va se déployer véritablement la carrière de constructeur de Caquot. Au cours de ses trois premières années d’exercice, il conçoit notamment les centrales électriques de Saint-Ouen et d’Issy-les-Moulineaux ainsi que le Pont Maudit de Nantes ainsi que ceux, complexes, de Rougebarre et d’Aulnoye.

              

Aérostier et inventeur

En 1914, Albert Caquot est mobilisé avec le grade de capitaine commandant la 21e compagnie d’aérostiers de Toul. Décelant immédiatement les graves défauts du ballon sphérique, il dessine rapidement les plans d’un ballon dit « type L », carène profilée stabilisée par trois empennages à 120° procurant une moindre résistance au vent et une plus grande stabilité. D’abord peu réceptives à ses innovations, les autorités militaires finissent par reconnaître l’intérêt majeur de ce nouveau type de ballon. En juin 1915, l’ingénieur devient directeur de l’établissement central du matériel aéronautique de Chalais-Meudon [3], où il perfectionne son invention, ce qui aboutit à la production d'un ballon dit « type M ». Ce dernier est utilisé tout au long du conflit par la plupart des forces alliées, et notamment dans les Armées et  Marines [4] britanniques. Le 2 avril 1915 il a été fait chevalier de l’ordre national de la Légion d’Honneur sur le champ de bataille [5]. Par la suite, il met en œuvre de nombreux matériels, en particulier des treuils à tension constante permettant d'éviter les ruptures de câbles par survente. A partir de 1917, il développe des ballons de défense passive afin de protéger les villes de Paris et de Londres des bombardiers de nuit. Le 14 octobre il est promu au grade de chef de bataillon.


Fabrication des nacelles à l’atelier de Chalais-Meudon
Archives de la bibliothèque de l’École polytechnique

 

Le 11 janvier 1918, il est nommé directeur de la Section technique de l’Aviation par le Président du Conseil Georges Clémenceau. Il résout les problèmes de la fabrication en série des avions et donne aux Alliés la maîtrise de l'air. Au lendemain de l’Armistice, avant de quitter ses fonctions militaires, il crée également le Musée de l’Air.


Ballon Caquot de type M
Archives de la bibliothèque de l’École polytechnique

 

Un constructeur infatigable

En 1919, il reprend sa carrière civile de constructeur. Tirant profit de sa formation scientifique, il est l’un des artisans du développement du béton armé et met au point des méthodes de construction innovantes ainsi que des machines [6]. En 1930, il présente ainsi son étude sur la courbe intrinsèque, définition la plus générale du domaine élastique. Ses recherches le font élire à l’Académie des Sciences le 12 novembre 1934, en section mécanique [7].
Pendant l’entre-deux guerres, Caquot mène à bien différents chantiers d’envergure. A titre d’exemple, nous pouvons citer le pont de la Madeleine à Nantes, le pont Lafayette franchissant les voies de la gare de l’Est à Paris [8] ou encore le pont de la Caille, en Savoie, qui seront tous trois des records du monde dans leurs catégories. En 1931, il collabore également avec le sculpteur français Paul Landowski pour concevoir la structure interne en béton armé de la statue du Christ Rédempteur qui domine la baie de Rio de Janeiro.

 

Un ingénieur au service de l'aviation

En 1928, Caquot est appelé par le ministre de l’Air pour y devenir directeur technique et industriel de ce nouveau ministère. Pendant cinq années, il y œuvre à la rénovation de l’aviation française [9]. Au cours de son passage, il fonde les premiers Instituts de Mécanique des Fluides, construit l'Ecole Nationale Supérieure d'Aéronautique, met en oeuvre la construction métallique des avions et décentralise la production. Il fait réaliser la grande soufflerie à aspiration de Chalais-Meudon pour l'essai d'avions en taille réelle, qui fut la plus grande du monde. En 1933, il démissionne de son poste en raison de la suppression des recherches et de la réduction des crédits pour les prototypes alors que la puissance aéronautique de l'Allemagne grandit. Il reprend alors ses fonctions d’ingénieur en génie civil et réalise à nouveau différentes constructions remarquables. Parmi celles-ci, on peut notamment citer le pont Georges V à Glasgow, la forme Jean-Bart à Saint-Nazaire ou encore le port de Nemours en Algérie.
A la veille de la Seconde Guerre mondiale, en septembre 1938, Caquot est rappelé par le Président du Conseil pour prendre la direction de toutes les sociétés nationales d’aviation afin d’essayer d’y redresser la production. Il obtient des résultats spectaculaires; mais il est trop tard : l'industrie allemande a démarré ses fabrications massives avec 5 ans d'avance. Après l'armistice, il démissionne, refusant toute collaboration, et retourne définitivement à ses activités de génie civil.
Parmi ses réalisations, on peut notamment citer le barrage à contreforts multiples en haute altitude de la Girotte, en Savoie, pour lequel il doit se passer d’armatures en 1944. Parallèlement à ses activités, il prépare également les travaux de reconstructions qui s’annoncent des plus importants. Après la guerre, on lui doit encore de nombreuses constructions comme par exemple la grande écluse de Bollène sur le Rhône, le pont à haubans de Donzère-Mondragon, premier au monde de ce type et qui fera largement école [10], le tunnel de Bildstock, le canal du Bas Rhône-Languedoc, le pont levant du Martrou ou encore le barrage d’Arzal sur la Vilaine. Malgré ses innombrables inventions, Albert Caquot n’a déposé aucun brevet, laissant le total bénéfice de ses travaux aux armées alliées. Ce geste lui a valu de nombreux témoignages de reconnaissance.

 

Une reconnaissance internationale

Tout au long de sa carrière, Caquot a occupé différents postes et fonctions honorifiques. En 1949, il devient par exemple président du comité scientifique de l’ONERA [11]. Il sera également élu président du Comité pour l’équipement énergétique français, de l’AFNOR, de l’Association internationale de Normalisation (ISO) et de plusieurs autres structures encore. En 1952, il est élu président de l’Académie des Sciences. Il a également été récompensé par de nombreuses distinctions parmi lesquelles celles de Commandeur de l’ordre britannique de Saint Michel et Saint Georges, qu’il obtient le 1er février 1917 ou encore le grade de Grand’Croix de la Légion d’Honneur, auquel il est nommé le 21 décembre 1951 [12]. Il a également bénéficié de différents prix et médailles pour ses travaux. Durant 30 ans, dans les trois écoles des Mines, des Ponts-et-Chaussées, et de l'Aéronautique, Albert Caquot enseigna la science et les techniques de la construction et du comportement des matériaux, en particulier du béton armé, et sut transmettre son immense savoir aux jeunes générations.
En 1961, Albert Caquot se démet de toutes ses presidences. Mais il sera encore l'auteur du difficile barrage de la Rance (1961-1963) permettant la réalisation à sec de l'usine marémotrice. Jusqu'à sa mort en 1976, à 95 ans, Albert Caquot continue inlassablement à travailler. Il consacre ses dernières années à l'étude d'un projet de barrage de la baie du Mont-Saint Michel : comportant une digue de 55 km, il aurait eu une puissance de 18.000 MW, équivalente à celle de 18 tranches nucléaires de 1.000 MW. Depuis 1978 existe un prix Albert Caquot. Décerné par l’Association Française de Génie Civil (AFGC), il honore sa mémoire  récompensant la carrière des plus éminents ingénieurs français et étrangers.

Texte revu et corrigé par Thierry Lehuérou Kerisel (X1961), Ingénieur général honoraire des Ponts et Chaussées.


Sources et bibliographie

• Archives de l’École polytechnique, Dossiers X1A (1899), VI2A2 (1899) et fonds particulier Albert Caquot (1899).
• KERISEL Jean et Thierry, Bulletin de la SABIX, Albert Caquot (1881-1976), N°28, 2001.
• La Jaune et la Rouge, N°35 et 318
• ROY Maurice, Notice nécrologique sur Albert Caquot, 1977, 12 p.

 


Notes

[1] Considère, Armand Gabriel (X 1860 ; 1841-1914) Officier du génie pendant la guerre de 1870 puis inspecteur général des Ponts et Chaussées, il a également été un ingénieur reconnu. Au cours de sa carrière, il fait notamment exécuter le phare d’Eckmühl et celui de l’île Vierge, de nombreux ouvrages maritimes. On lui doit des recherches sur le béton armé et le béton fretté. À partir de 1906, il dirige la société mettant en œuvre ses procédés de construction.
[2] Le frettage consiste à renforcer la résistance d’une colonne par des armatures disposées dans des plans perpendiculaires à l’axe longitudinal de la pièce. Le but est d’empêcher le gonflement transversal du béton.
[3] KERISEL Jean et Thierry, Bulletin SABIX, op. cit., p.17.
[4] Il jouera un rôle majeur pour la détection des sous-marins allemands et pour diriger les tirs à très grande distance.
[5] A la fin du conflit, il est également décoré de la Croix de Guerre avec palmes.
[6] On lui doit notamment une cisaille électrique permettant de couper les barres d’armatures métalliques, des cintreuses, des appareils d’essais du béton ou encore des scellements réglables.
[7] Il y remplace un autre polytechnicien, Paul Vieille (X1873), décédé le 15 janvier 1934.
[8] Sa construction est d’autant plus remarquable du fait qu’elle a été menée à bien sans interrompre la circulation ferroviaire.
[9] Auparavant, après s’être détaché de ce domaine au lendemain de la guerre, il joue un rôle actif aux côtés du Maréchal Lyautey pour réclamer la renaissance de l’aviation française, dont l’industrie est dépassée par ses rivales.
[10] Voir KERISEL Jean et Thierry, Bulletin SABIX, op. cit., p. 45-46.
[11] L’ONERA est le centre français de la recherche aéronautique, spatiale et de défense. Organisme pluridisciplinaire, il met ses compétences au service des agences de programmes, des institutionnels et des industriels.
[12] Il a auparavant été nommé chevalier le 2 avril 1915, officier, le 5 février 1919, commandeur, le 13 septembre 1929 et grand officier, le 9 mars 1934.