En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies destinés à améliorer la performance de ce site et à vous proposer des services et contenus personnalisés.

X

DELPECH Paul (X1910)

Héros de l'Ariège

 

Né le 17 février 1891 à Foix (Ariège)
Mort pour la France le 24 décembre 1914 près de Somme-Suippe (Marne)

 

Promotion X1910
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : lieutenant (artillerie)

C’est dans l’Ariège, à Foix, que Paul Delpech voit le jour le 17 février 1891. Son père n’est autre que le sénateur Noël-Auguste Delpech, professeur de rhétorique, dreyfusard et dirigeant d’un journal républicain. Le fils mène une scolarité remarquée, notamment au lycée Saint-Louis à Paris. Il accomplit sa première année de service militaire au 49e régiment d’Artillerie d’Angers. Le 23 septembre 1910, il est admis à l’Ecole Polytechnique. Comme cela est d’usage, il contracte alors un engagement volontaire de quatre ans et est alors affecté au 38e régiment d’Artillerie de Nîmes. Il y est promu brigadier le 11 avril 1911. Ce n’est que le 9 octobre suivant qu’il entre à l’X. Il y suit une scolarité moyenne et en sort 126e sur 187 élèves. Bien que désireux de faire carrière dans l’industrie dans un premier temps [1], il n’a finalement pas demandé d’admission dans un service public. Il est alors affecté au 23e régiment d’artillerie de Toulouse avec le grade de sous-lieutenant de réserve. Le 8 juin 1914 il décide de faire carrière dans l’armée et est alors nommé sous-lieutenant au titre actif.

 

Paul Delpech dans la Grande Guerre

Au début de la guerre, Paul est mobilisé avec son régiment au sein de la 34e division d’infanterie qui appartient alors au 17e corps d’armée. Lorsqu’il part au front, il laisse derrière lui sa fiancée avec qui il correspond régulièrement. Il lui livre par exemple ses impressions le 7 août, sur la route de Troyes depuis le « wagon qui [le] porte à la victoire ». Il précise alors que « le 1er groupe du 23e régiment est la première artillerie [2] que le 17ème corps envoie à l’ennemi ». Il y sert alors en tant qu’officier orienteur. A la fin du mois d’août, il est engagé avec ses artilleurs dans la première bataille de la Marne. Il s’occupe alors notamment de l’organisation des liaisons entre l’infanterie et l’artillerie en développant l’utilisation du téléphone au détriment des traditionnels agents de liaison.
Rapidement, dès le 19 septembre 1914, sa valeur au feu le fait promouvoir au grade de lieutenant. Bien qu’il soit artilleur, il se retrouve régulièrement en première ligne pour observer les positions adverses et régler les tirs. C’est à la fin du mois septembre, au cours des combats en Champagne dans les environs du village d’Hurlus, qu’il réalise un fait d’arme qui fera le tour de son corps d’armée. Il le relate dans une lettre qu’il adresse à ses parents le 5 octobre. « Il parait que l’on parle de moi dans tout le corps d’armée. Il s’est même formé une légende sur mon compte et c’est pour prévenir les inquiétudes que, s’ils parvenaient jusqu’à vous, des bruits vraiment trop exagérés pourraient causer que je vais vous narrer tout ces faits divers. Les fantassins racontent que je vais me promener pendant la nuit à trois kilomètres en arrière des lignes allemandes ! Cette histoire est stupide. Il est vrai que je suis toute la journée aux avant-postes, mais je ne les ai pas souvent dépassés. [...] Le 28 septembre, nos observatoires furent soumis à un feu très intense et très précis des obusiers de 150 allemands. J’étais installé au fond de mon trou, fumant tranquillement ma pipe en attendant la fin de l’orage. Tout à coup, des appels désespérés Delpech ! Delpech !... me parviennent ; venant du trou du chef d’escadron situé à une dizaine de mètres sur ma gauche. Mon premier mouvement fut de bondir hors de mon trou. A peine avais-je mis la tête au dehors, qu’une rafale me fit précipitamment rentrer. Je restai là, une demi-minute, peut-être moins, à me demander... ou plutôt le cerveau martelé par: Y vas-tu ? Ce fût là le moment le plus dur que je me rappelle avoir vécu depuis le commencement de la campagne. Une fois la décision prise, ce ne fut plus rien : sauter jusqu’à l’abri, piocher pour dégager l’ouverture, tirer de là le commandant enterré jusqu’aux épaules sous les débris du toit éventré... Tout cela maintenant me paraît n’avoir duré que quelques secondes. Un seul souvenir d’effort : l’instant d’hésitation. On m’a félicité pour bien des choses ; mais il n’y a que le souvenir de ce moment qui, quand je me le remémore, me fait frissonner vraiment : tout à la fois de honte et de fierté. »

 

Un artilleur valeureux

Le 9 octobre, il est cité une première fois à l’ordre de l’Armée pour ces faits : « Avec un mépris absolu du danger, s’est porté de nombreuses fois en avant des premières lignes pour la reconnaissance des objectifs et des réglages de tir. Sous les obus de gros calibres, a retiré à lui seul son commandant de groupe à demi enterré sous son observatoire par un projectile. Le 26 septembre, par son sang-froid et sa décision, a contribué avec une section d’artillerie à arrêter net une violente attaque ennemie. »
Au cours des quelques mois passés en ligne Paul Delpech a participé à la bataille de la Marne, aux combats de l’Aisne puis en Champagne. Le 13 novembre 1914, il est une nouvelle fois cité à l’ordre de l’Armée. « Avec un mépris absolu du danger, s’est porté sous le feu en avant des tranchées occupées par l’infanterie dans le but d’observer le tir de l’artillerie. A constamment rempli, depuis le 14 septembre, avec la plus grande intelligence et le plus grand sang-froid, la mission qui lui avait été confiée. »

 

La mort d'une légende

Alors qu’il mène ses hommes à la bataille dans les environs de Perthes-les-Hurlus, Paul Delpech est mortellement blessé, atteint d’une balle en pleine tête, à la veille de ce premier Noël de guerre, le 24 décembre 1914. Il décède peu de temps après au cours de son transport à l’ambulance n°7 à Somme-Suippe dans la Marne. Au cours de ses premières semaines de guerre, le jeune lieutenant avait gagné une notoriété exceptionnelle. A sa disparition, son régiment est en deuil, et pleure la perte de cet officier remarquable. Dans l’historique de son régiment, il est indiqué qu’ « il laisse auprès de ses camarades des deux armées, un souvenir impérissable » et que « dans l’infanterie, son nom est resté synonyme de bravoure ». Sa mémoire est honorée une dernière fois par une citation à l’ordre du jour du corps d’armée rédigée par le général Dumas : « Le 17e corps fait aujourd’hui une perte irréparable. Le lieutenant Delpech, observateur d’artillerie, est mortellement frappé de deux balles à la tête au moment où, après avoir acquis un réglage précis du tir de notre artillerie, il se lançait entrainé par un cœur généreux pour accompagner l’assaut de notre infanterie. »
Le 29 janvier 1915 il est officiellement décoré de l’ordre de Chevalier de la Légion d’Honneur qui lui a été décerné sur son lit de mort [3] [4].
Divers hommages lui sont rendus. Dans sa séance du 1er février 1915, le conseil municipal de Foix a décidé par exemple, à l'unanimité, de donner le nom de « rue du Lieutenant Paul Delpech » à la rue du Lycée. A Somme-Suippe, c’est la rue du général Dumas qui, sur ordre du commandant du 17e corps [5], porte l’inscription « rue du lieutenant Delpech » en mémoire de l’officier disparu. Aujourd’hui, Paul Delpech repose toujours dans la Nécropole Nationale qui a été aménagée à Somme-Suippe au lendemain de la guerre.

 


Sources et bibliographie

• Anonyme, A la mémoire de Paul Delpech, lieutenant au 23e Régiment d’Artillerie tombé au Champ d’honneur le 24 décembre 1914, 1915, 56p.
• Anonyme, Historique du 23e Régiment d’Artillerie de Campagne, 52p.
• Archives de l’École polytechnique, Dossier X1A (1910)
• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote LH/719/85
• « Paul Delpech, un héros oublié » in Magazine de l’Ariègeois, avril 1990
 


Notes

[1] Il avait alors déjà donné sa démission d’officier de l’armée d’active.
[2] Au sein de ce régiment, il est probable qu’il ait croisé un autre polytechnicien durant les premières semaines de la guerre : le capitaine André Louis-Cholesky (X1895)
[3] A cette époque, il n’est pas encore possible de décerner la Légion d’Honneur à titre posthume.
[4] Sur sa fiche d’inscription au registre matricule des Légionnaires, il est toutefois mentionné, à tort, qu’il est décédé le 17 janvier 1915.
[5] Qui s’appelle lui aussi Dumas...