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DIEZ Paul (X1883)

Né le 16 octobre 1864 à Lunéville (Meurthe-et-Moselle)
Décédé le 14 octobre 1942 en France Libre

 

Promotion X1883
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : général de brigade (artillerie)

Rien ne prédestinait Paul Diez au métier des armes. Fils d’un professeur de lettres, il semblait promis à une carrière civile mais l’idée de « revanche » véhiculée en France depuis la défaite de 1871 en décide autrement. C’est ainsi que le jeune homme, voisin des frontières de l’Est, s’oriente le métier d’officier. Pour ce faire, il prépare et réussit le concours d’entrée à l’École polytechnique. Au sortir de l’X, Paul Diez opte pour l’artillerie avant d’être admis à l’École de Guerre en 1896.
 

 

 

Un jeune officier promis à une brillante carrière

Excellent tacticien, de par ses formations et ses compétences louées par tous, il gravit rapidement les échelons. Il est promu capitaine à trente ans, puis chef d’escadron dix ans plus tard. A la veille de la guerre, en 1913, il est à la tête du 48e Régiment d’Artillerie de Dijon avec le grade de colonel. En parallèle, ses capacités le conduisent rapidement à occuper des charges honorifiques. En 1907, il est ainsi choisi pour être instructeur à l’École des Officiers d’Artillerie et, plus remarquable encore, en 1910, il est nommé auditeur au tout jeune Centre des Hautes Études Militaires [1].
Au début de la guerre, il est transféré à l’État Major de l’artillerie de la 15e Division d’Infanterie. Le 23 décembre 1915, il est nommé général de brigade et est alors mis à la tête de l’artillerie du 8e Corps d’Armée.

 

Un regard non conventionnel sur l'armée...

Si Paul Diez n’a pas, à première vue, révolutionné l’histoire des techniques au cours de la Grande Guerre, il a toutefois laissé un document précieux quant à l’appréhension de ce conflit. En effet, tout au long de la campagne, le général a noté scrupuleusement les faits qui ont jalonné son quotidien, mais également ses états d’âme [2]. Dans ce dernier, il se dénote des autres « écrivains-combattants » par sa liberté de ton totale, héritée de son état d’esprit républicain et anticlérical, remettant notamment en question la rigidité et le conformisme de l’armée et de sa discipline. Ses croyances le poussent notamment à s’indigner de certains limogeages peu justifiés et surtout des nominations qu’il juge trop souvent orientées par des amitiés politiques ou confessionnelles.
C’est dans cette optique qu’il soutient par exemple la reprise en main de l’armée par les politiques et qu’il considère le service militaire de deux ans plus juste que les trois ans remis en place dans l’Armée Française à partir de 1913. Depuis la veille de la guerre, il contredit - à juste titre comme le prouveront notamment les évènements du mois d’août 1914 - la dévastatrice théorie de l’ « offensive à outrance » [3] et critique l’inadéquation aux réalités du terrain de la formation des officiers, et notamment celle professée à l’École de Guerre. Tout au long du conflit, il dénonce également l’utilisation inadaptée des armes nouvelles [4], telles que la mitrailleuse, mais aussi l’artillerie.
Durant le conflit, en fin observateur des opérations il tente de comprendre les pensées et les motivations de chacun de ses compagnons d’armes. A cet effet, il commente notamment les opérations militaires, comme par exemple la désastreuse offensive de Sarrebourg en août 1914 où il sert en tant que colonel d’artillerie : « Le commandement croyait qu’il allait avoir raison des lignes fortifiées de Sarrebourg par une attaque de nuit à la baïonnette sans préparation d’artillerie ». Toutefois, bien qu’il se montre critique envers bon nombre de ses supérieurs, il fait généralement preuve de compassion à l’égard de ses subordonnés dont il se soucie, et partage généralement, les conditions de vie. Enfin, contrairement à un état d’esprit largement répandu de mépris, il tient en estime les Allemands et leur savoir faire militaire.

 

... qui finit par l'éloigner de l'armée

En 1917, le général Diez est finalement éloigné des responsabilités après un congé de convalescence de plusieurs mois. Au retour de ce dernier, il occupe des fonctions qui l’éloignent des champs de bataille en devenant major supérieur des camps et cantonnements de la Xe armée ou encore commandant des dépôts d’artillerie et commandant d’armes de Vincennes. Il quitte définitivement l’armée trois ans plus tard, en 1920. Au final, on se rend compte que sa liberté de ton n’a pas forcément servi la carrière militaire de Paul Diez. Malgré cela, il a tout de même obtenu quelques signes de reconnaissances, et notamment la rosette d’Officier de la Légion d’Honneur le 12 juillet 1916 [5], alors qu’il commande l’artillerie du 8e Corps d’Armée.
Après avoir quitté l’armée, il embrasse une carrière civile avant de prendre sa retraite à Abreschwiller, en Lorraine [6], d’où il est expulsé vers la zone libre par les Allemands en 1940. Il décède en exil deux ans plus tard.

 


Sources et bibliographie

• Archives de l’École polytechnique, Dossiers X1A (1883) et IX CHO/E17.
• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote 19800035/461/61643.
• DIEZ Paul, Quelle connerie la guerre !, Riveneuve éditions, 2013.
 


Notes

[1] Ce dernier a été créé par Foch en 1909 et tient sa première session en 1911 afin de préparer les officiers – au départ il s’agissait des quinze meilleurs stagiaires de l’Ecole Supérieure de Guerre mais rapidement la formation du CHEM se distingue de cette dernière – à servir dans les états-majors d’armée ou de groupe d’armée.
[2] Des extraits de ses mémoires ont été publiés en 2013 par Maurice Bernard sous le titre Quelle connerie la guerre !
[3] Un autre artilleur formé à l’École polytechnique, le colonel Emile Mayer (X1870), tient des propos similaires dans les articles qu’il a rédigé au début du 20e siècle.
[4] Il est favorable au développement des armes telles que l’aviation ou l’artillerie d’assaut. Au sujet de cette dernière, il regrette notamment que les thèses du général Estienne n’aient pas été suivies.
[5] Le 30 décembre 1905 il a déjà été nommé Chevalier et le 31 juillet 1924, il est élevé au rang de Commandeur.
[6] Le général avait d’ailleurs combattu à proximité de cette localité durant la Bataille des Frontières au début de la Grande Guerre.