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DREYFUS Alfred (X1878)

Un officier d'artillerie au coeur de l'"Affaire"

 

Né le 9 octobre 1859 à Mulhouse (Haut-Rhin)
Décédé le 12 juillet 1935 à Paris

Promotion X1878
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : lieutenant-colonel (artillerie)

Fils d’un négociant de confession juive de Rixheim, Alfred Dreyfus naît dans le Haut-Rhin le 9 octobre 1859. Suite au rattachement de l’Alsace-Moselle à l’Allemagne suite à la défaite de 1871, il opte pour la nationalité française le 23 mai 1872 à Carpentras (Vaucluse). En 1878, le jeune Alsacien réussit le concours d’entrée à l’École polytechnique. Il y suit alors une scolarité dans la moyenne et en sort 128e sur 235 élèves en 1880. Il choisit alors de servir dans l’Artillerie. Le 1er octobre 1880 il entre donc à l’École d’Application de l’Artillerie et du Génie d’où il sort lieutenant deux ans plus tard.
Le 1er octobre 1882, il obtient sa première affectation militaire du 31e Régiment d’Artillerie où il reste un peu plus de sept années et au sein duquel il est promu capitaine le 12 septembre 1889. Après cela, on le retrouve avec le poste d’adjoint à l’École Centrale de Pyrotechnie militaire entre le 17 octobre 1889 et le 1er novembre 1890, puis à l’École Supérieure de Guerre, où il est breveté d’état-major à la fin de l’année 1892 [1]. Pendant sa période de formation, il est rattaché au 21e, au 23e puis au 14e Régiment d’Artillerie. Le 19 novembre 1892, il en est détaché pour effectuer un stage au sein de l’État-major de l’Armée. Le 15 février 1893, il est officiellement transféré au 12e Régiment d’Artillerie mais, dans les faits, il continue son stage.

 

L'Affaire

L’année suivante, l’officier est happé dans les remous d’une affaire qui fera date [2]. Nous ne nous attarderons pas ici sur les détails de cet épisode mais il faut tout de même expliquer la mise entre parenthèses de sa carrière militaire pendant plus de dix années. Pour résumer, en 1894, l’officier est accusé, à tort, d’avoir rédigé un bordereau annonçant l’envoi de documents militaires à l’Allemagne. Le 22 décembre, il est jugé à Paris par un conseil de guerre qui le condamne à la déportation en Guyane ainsi qu’à la dégradation militaire. Après plusieurs années de tractations juridiques, et surtout politiques, il est finalement gracié par le président Loubet le 19 septembre 1899, après cinq années passées sur l’Ile du Diable. Le 12 juillet 1906, le capitaine Dreyfus est réhabilité par la Cour de cassation. Le lendemain, le 13 juillet, une loi le promeut chef d’escadron. Il est alors rattaché à l’état-major particulier de la Direction d’Artillerie de Vincennes. Le 20 juillet 1906 il est également nommé Chevalier de la Légion d’Honneur. Le 25 août 1907, les autorités accèdent à sa demande de mise en retraite [3]. Cette dernière sera cependant de courte durée.

 

Le retour sous les drapeaux

Le 2 août 1914, Alfred Dreyfus est en effet mobilisé à l’âge de 55 ans et reprend l’uniforme. Il est alors nommé adjoint au colonel commandant la zone Nord du camp retranché de Paris. Dans un premier temps, il a pour mission d’inspecter les postes d’artillerie répartis entre le secteur de Saint-Denis et de Montmorency. Il reste dans la capitale jusqu’au mois de janvier 1917 car il accède alors à son vœu le plus cher : servir sur le front.
Le 30, il est nommé commandant du parc d’artillerie de la 168e Division d’Infanterie, alors rattachée au 20e Corps d’Armée [4] qu’il rejoint dans les environs de Nancy (Meurthe-et-Moselle). Il est alors sous les ordres du colonel Larpent [5] et occupe ce poste pendant un peu plus d’an an. Pendant cette période, il prend notamment part aux combats du Chemin des Dames, au printemps 1917, puis autour de Verdun, au cours des mois de janvier et de février suivants. Le 21 janvier, le colonel Larpent est transféré dans les Flandres. Au cours de cet intermède, Dreyfus prend le commandement provisoire du parc d’artillerie du 20e Corps d’Armée pendant deux semaines.
Le 5 avril 1918, atteint entre temps par la limite d’âge pour commander au front, il est nommé commandant du dépôt du parc d’artillerie de la 5e Région Militaire à Orléans [6]. Sa mission consiste principalement à gérer les ateliers des différents parcs de sa zone, mais également sept centres d’instructions ainsi que la commission de réception des munitions d’artillerie. Il commande alors une dizaine d’officiers et plus d’une centaine d’ouvriers. Le 25 septembre 1918 est promu lieutenant-colonel.
La carrière militaire de l’officier prend fin le 25 janvier 1919, date à laquelle il est mis en congé illimité de démobilisation sans solde. Le même jour, il est promu au grade d’Officier de la Légion d’Honneur [7]. Au début des années 1930 survient le dernier « évènement » lié à sa carrière militaire. Malgré sa demande, et les mois passés au front dans les secteurs de l’Aisne et de la Meuse, la Carte du Combattant [8] lui est refusée le 14 février 1931 au motif qu’il n’a pas été blessé et qu’il n’a pas combattu plus de trois mois en première ligne, ce que Dreyfus conteste.
Finalement, ce dernier s’éteint quatre ans plus tard, le 12 juillet 1935, à l’âge de 75 ans.

 


Sources et bibliographie

• Archives de l’École polytechnique, Dossiers X1A (1878) et VI2A2 (1878).
• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote LH/803/61.
• DUCLERT Vincent, Alfred Dreyfus, l’honneur d’un patriote, 2006, 1260 p.
• JOUMAS Georges, Alfred Dreyfus, officier en 14-18, 2011, 144 p.
• MERCIER Dominique, Alfred Dreyfus, l’honneur retrouvé, 2012, 64 p.
• Service Historique de la Défense, Dossier individuel, Cote 5YE/59615/N.
 


Notes

[1] Il obtient le brevet d’état-major avec la mention « très bien ».
[2] L’état de sa photographie dans l’album de la promotion X1878 en témoigne.
[3] Ce dernier la demande car il ne peut alors plus espérer atteindre le haut de la hiérarchie militaire française.
[4] A plusieurs reprises, Dreyfus a en effet émis la demande de servir au front plutôt qu’à l’arrière.
[5] Georges Louis Willem Larpent (X1885) Ce dernier étant antidreyfusard, auteur de plusieurs articles contre le capitaine, et membre actif de l’Action Française, la cohabitation entre les deux hommes n’est pas toujours aisée.
[6] Pour cela il a été transféré au 233e régiment d’artillerie à Angers.
[7] Cette décision est officialisée par l’arrêté du 9 juillet 1919.
[8] La carte du combattant a été créée par un décret du 1er juillet 1930.