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DUBOIS René (X1909)

Né le 27 août 1889 à Meaux (Seine-et-Marne)
Mort pour la France le 25 septembre 1915 à Souain (Marne)

 

Promotion X1909
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : lieutenant (génie)

Fils d’un employé de la Banque de France, René Dubois naît à Meaux le 27 août 1889. Il réussit son concours d’entrée à l’École polytechnique le 10 septembre 1909. Il y suit une scolarité remarquable à partir de l’année suivante, entrant 8e et sortant 11e sur 197 élèves en 1912. Grâce à ce classement, il opte pour le corps des Ponts-et-Chaussées, où il se forme au métier d’ingénieur.
Du point de vue militaire, il a contracté un engagement volontaire de quatre années le 8 octobre 1909 et a été affecté dans un premier temps au 15e régiment d’artillerie de Douai pour y effectuer son service. Arrivé canonnier conducteur de 2e classe, il passe brigadier le 10 février 1910 puis maréchal des logis le 25 septembre de la même année. Le 10 octobre 1910, alors qu’il fait son entrée à l’X, il est automatiquement promu aspirant. Deux ans plus tard, une fois diplômé, il est promu au rang de sous-lieutenant de réserve et est affecté au 7e bataillon du 4e régiment du génie.
 

 

Août 1914 en Alsace

Au déclenchement de la guerre, le 7e bataillon de René Dubois est dissocié du 4e régiment du génie et est rattaché à la 14e division d’infanterie, surnommée la « Division des As », qui doit opérer en Alsace. Dès les premiers jours, le jeune officier relate son quotidien dans des lettres qu’il adresse à ses parents à Besançon. Lorsqu’il lui écrit le 8 août 1914, il évoque notamment la prise de la ville de Mulhouse, où les combats ont débuté la veille, et l’accueil qui leur est réservé par la population. « Te dire la réception qui nous accueillie est impossible : des fleurs, des vivats, des baisers, des femmes courant en portant du vin et de la bière. ». Il évoque également son baptême du feu, la veille, dans les environs des Burnhaupt-le-Bas, une commune voisine, en évoquant des faits de guerre qui ne lui sont pas encore coutumiers. « De 11h à 3h du matin, ça n’a pas cessé et j’avoue que quand on entend ces petits claquements dans la nuit, l’habitude manquant, cela produit une impression peu agréable, mais ça passera. » La joie est cependant de courte durée à Mulhouse car, dès le lendemain, les Allemands lancent une contre-offensive qui les rends à nouveau maîtres de la ville et qui contraint les Français à s’en replier. Au cours de l’opération, René Dubois devient par la force des choses l’officier le plus ancien de son unité car son commandant, son capitaine et deux lieutenants ont disparu au cours de la retraite. Il a alors la lourde tâche de sécuriser les arrières de son corps d’armée. Ses moyens semblent plus que limités dans la mesure où il ne dispose que de 120 hommes pour défendre un front de deux kilomètres [1].
Dans une lettre datée du 25 août, il mentionne sa participation la seconde entrée des troupes françaises dans Mulhouse le 19 août et le flot d’horreurs auxquelles il a assisté. «La vue de la boucherie est assez impressionnante. Surtout, au dernier combat, à Dornach [2], c’était répugnant ; mais, enfin, on se fait à tout. » Cette nouvelle occupation de la ville est cependant elle aussi vouée à l’échec six jours plus tard. Dans la missive, il mentionne également le transfert du 7e corps, auquel est rattachée sa division, vers le Nord de la France. Il découvre alors l’un des éléments qui compose son quotidien tout au long des mois passés au front : l’attente. « Je trouve, maintenant, que les jours où l’on s’ennuie sont ceux où l’on ne se bat pas ».

 

 

De la bataille de la Marne à la guerre des mines dans l'Aisne

René Dubois retrouve rapidement le combat, non pas du côté de Lille, où il s’attendait alors à aller, mais près de Meaux, sa ville natale, alors au cœur de la première bataille de la Marne. Il en fait le bilan le 11 septembre : « Voici la grande bataille finie pour nous, du moins pour le moment. Elle s’est passée à douze kilomètres de Meaux et maintenant, nous poursuivons les Allemands. Pendant les quatre jours qu’elle dura, il y a eu 6 à 7 000 hommes hors de combat, rien que pour le 7e corps d’armée. Ce malheureux corps n’existe pour ainsi dire plus. En particulier le 60e [régiment d’infanterie] est à peu près anéanti. Presque tous les officiers sont tués ou blessés et environ 2 000 à 2 500 hommes hors de combat, sur 3 000. » Après cet épisode, le 4e régiment du génie est déplacé vers l’Aisne, du côté de Villers-Cotterêts où il est chargé de construire un pont sur pilotis et un pont de bateaux. Ces travaux sont menés à bien sous le feu des Allemands, et réalisés avec le concours de prisonniers allemands. A côté de cela, les combats sont rudes, et il n’est pas rare que sa compagnie du génie participe aux engagements de l’infanterie. C’est au cours de l’une de ces opérations, alors que sa compagnie est chargée de faire des brèches dans un réseau allemand, qu’il obtient sa première citation.
Le 26 novembre, il relate dans sa correspondance un nouvel aspect de la Grande Guerre et le présente à sa manière : « Nous commençons la guerre de mines et nous partons, en galeries souterraines, pour nous faire sauter mutuellement. » Quelques jours plus tard, le 9 décembre, René Dubois donne une vision un peu plus détaillée de ses travaux alors qu’il se trouve à Vic-sur-Aisne. « Ici nous faisons de la guerre de mines, c’est à dire que, nous trouvant trop près des Boches pour avancer à l’air libre, nous avançons sous terre par des galeries de mines ; seulement, comme ils ont disposé des galeries de contre-mines toutes chargées depuis deux mois au moins, quand ils nous entendent creuser près d’eux, il nous envoient « ad patres » rapidement. Hier encore, ils ont tué douze hommes par une explosion. L’autre jour, deux sapeurs avaient été écrabouillés aussi dans une galerie. C’est terrible cette mort. On parle souvent du courage du cavalier qui charge à toute vitesse sur l'ennemi, mais ce n'est pas à comparer avec le courage du sapeur qui, lui, est de sang froid, qui sait que l'ennemi travaille près de lui, qui se rend compte exactement de la situation, et cela souvent pendant longtemps, et qui n'a ni l’exaltation, ni le panache du cavalier. Il est de plus voué à une mort, lente parfois dans le cas d'ensevelissement, mais jamais brillante et souvent inconnue. Et les bons journaux qui racontent des blagues formidables sur ce qui se passe sur le front, parlent bien de charges à la baïonnette, de canons, de mitrailleuses, mais taisent le travail pénible et héroïque des sapeurs. » Ces travaux donnent parfois lieu à des rencontres quelque peu fortuites, comme par exemple celle que le lieutenant Dubois raconte le 14 décembre. « Hier, deux sapeurs, en creusant une mine, ont débouché brusquement dans une autre galerie boche où travaillaient deux boches. Les uns et les autres se sont enfuis en criant : « V’la les Boches ! » et « Franzosen ! ». C’est tordant, et ce n’est qu’une heure après que, de part et d’autre, on y est retourné. On s’est empressé d’élever, chacun de notre côté, une barricade. »
Le 31 décembre 1914, à la veille de la nouvelle année, le jeune lieutenant fait les comptes parmi ses anciens camarades de promotion et dénombre déjà 35 tués parmi les 185 élèves qu’elle comptait.

 

Mort pour la France en Champagne

A la mi-janvier, les sapeurs sont transférés dans les environs de Vingré. La description qu’il fait de ce nouveau secteur est évocatrice de son quotidien. «Après avoir été très longtemps à Fontenoy, connu sur le front de la 6e armée sous le nom de « l'Enfer », je suis depuis le milieu de janvier dans Vingré surnommé « le Cimetière » à fort juste titre, car je ne pense pas que, sur tout le front, il puisse exister un plus sale endroit : le fond d'un trou dominé par les Boches et d'où, en cas d'attaque de leur part, il serait impossible de sortir, la route y conduisant passant sous leur feu pendant trois kilomètres et toute voiture s'y rendant ou en sortant devant, de ce chef, attendre la nuit. Voilà Vingré. Bien entendu, les Boches ont toute facilité pour tirer dedans à fusil, mitrailleuse et canon, et ne s'en privent guère. » Au début du mois de février, René est y promu lieutenant alors qu’il est à nouveau dans les tranchées afin de s’occuper des travaux de mines.
Le 29 juin, il est décoré de la Croix de Guerre. Un mois plus tard, il quitte Vingré pour prendre sa dernière affectation dans les environs de Souain. A la mi-septembre il obtient sa première permission depuis le début de la guerre, ce qui lui donne l’occasion de revoir sa famille une dernière fois. Le 25 septembre 1915, à peine revenu au front, il meurt de ses blessures en Champagne, à proximité de la Ferme des Wacques. Le 12 novembre 1915, le général de Langle de Cary lui rend hommage dans une citation à l’ordre de l’Armée. « A dirigé pendant plusieurs mois, avec un courage et une activité remarquables, les travaux de mines et d’organisation de son secteur. A été tué, le 25 septembre 1915, en entrainant sa section à l’attaque des tranchées ennemies sous un feu violent d’artillerie et de mitrailleuses. Est mort en s’écriant Vive la France, c’est pour elle que je meurs ! ».
Sa dépouille a été récupérée par ses proches au lendemain de la guerre et il est aujourd’hui inhumé dans le cimetière ancien de Meaux, en Seine-et-Marne. Il aurait été chevalier de la Légion d’Honneur [3].

 


Sources et bibliographie

• Archives de l’École polytechnique, Dossier X1A (1909).
• Correspondance de guerre de René Dubois.
 


Notes

[1] Les Allemands ayant alors effectué un mouvement tournant, il n’est cependant pas inquiété au cours de cette opération.
[2] Commune située en périphérie de Mulhouse.
[3] Son dossier n’est toutefois pas mentionné dans la base Léonore.