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ESTIENNE Jean-Baptiste (X1880)

Père des chars d'assaut

 

Né le 7 novembre 1860 à Condé-en-Barrois (Meuse)
Décédé le 2 avril 1936 au Val-de-Grâce à Paris

 

Promotion X1880
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : général de division (artillerie)

Jean-Baptiste Estienne naît en Meuse, à Condé-en-Barrois, le 7 novembre 1860. A ses dix ans, il est profondément marqué par l’occupation prussienne de son village au cours de la guerre de 1870. Il se destine alors rapidement vers une carrière militaire. Étant donné ses facilités dans les matières scientifiques - il a notamment remporté le prix de mathématiques au concours général - il tente l’examen d’entrée à l’École polytechnique. Après une 6e place prometteuse, il ne fait cependant que décliner au cours de sa scolarité. 68e lors de son passage à la 1ère division en 1881, il se retrouve 131e d’une promotion de 205 élèves un an plus tard et opte pour l’artillerie. Il entre l’École d’Application de l’Artillerie et du Génie avec le grade de sous-lieutenant le 1er octobre 1882. Deux ans plus tard, à l’issue de sa formation, il est promu lieutenant et affecté au 35e régiment d’artillerie.
Le 25 février 1887, il est transféré au 28e régiment d’artillerie, puis au 1er, et devient adjoint à la poudrerie de Bourges après sa promotion au grade de capitaine, le 17 juillet 1891. Il met alors au point un goniomètre à collimateur qui est adopté par toute l’artillerie française, notamment utilisé pour la création du canon de 75. En octobre 1895, il change d’affectation et passe au 19e régiment d’artillerie.
Peu à peu, il est de plus en plus occupé par ses travaux techniques. En septembre 1902, il est de ce fait rattaché à l’atelier de précision de la section technique de l’artillerie. Il en devient le chef un mois plus tard et y passe chef d’escadron à la fin de l’année. En novembre 1903, il retourne à Nice, d’abord en tant que stagiaire au 112e RI puis au 38e RA. Le 24 avril 1905, il est mis à la tête des batteries alpines de la 15e région.

 

Pionnier de l'aviation de reconnaissance

Le 11 janvier 1909, il prend la direction de l’École d’Artillerie du 14e corps. Moins d’un an plus tard, le 26 octobre, il prend la direction de l’artillerie de Vincennes où il est promu lieutenant-colonel, le 23 mars 1910. Le 30 juillet, il passe dans l’aviation et prend la tête de l’Établissement d’Aviation militaire de Vincennes, le premier du genre qui vient d’être créé, où il se montre désireux de créer une aviation d’observation d’artillerie [1]. Il y restera près de deux ans et demi avant de prendre le commandement du 3e groupe aéronautique de Lyon, le 9 septembre 1912. Il y obtient ses galons de colonel le 23 décembre 1912. En février 1913, il est à nouveau affecté à l’artillerie et est nommé à l’état-major particulier de cette arme. Il occupe alors les fonctions d’adjoint au commandant du parc d’artillerie de la place de Nice. Pour cela il est détaché au 7e régiment d’artillerie à pied. A la fin de l’année 1913, le général Hirschauer (X1876) le rappelle à Vincennes où il est chargé de la création d’une aviation spéciale d’artillerie. Six mois plus tard, alors qu’il finalise sa mission, celle ci-est stoppée par le ministère de la Guerre car le conflit semble imminent.

 

Estienne dans la Grande Guerre

Au moment de la mobilisation, Estienne prend le commandement du 22e RA, artillerie divisionnaire de la 6e DI du général Pétain. Il conduit cette dernière à travers les champs de bataille de Belgique puis de la Marne. En parallèle, dès le début de la guerre il travaille au développement d’un « cuirassé terrestre ». Le 17 octobre 1915, il est cité à l’ordre de l’armée. «Technicien de haute valeur, commande avec une rare compétence, depuis le début de la campagne, l’artillerie de la division. A su réaliser, dans cette unité, la liaison la plus étroite entre l’infanterie et l’artillerie et a assuré ainsi, en plusieurs circonstances, en particulier le 28 septembre 1915, le succès des opérations. Toujours sur la brèche, se dépensant sans compter, donne à tous le plus bel exemple de bravoure, d’énergie et d’entrain. Possède au plus haut degré les qualités de cœur qui font un vrai soldat. » Dès le mois de décembre 1915, il présente son projet de char de combat à Joffre mais ce n’est que le 25 février 1916 qu’une première commande de 400 engins est passée au Creusot [2].

 

Commandant de l'artillerie d'assaut

Au déclenchement de la bataille de Verdun, l’officier est à la tête de l’artillerie du 3e corps d’armée et a alors fort à faire. Le 6 août 1916 il est une nouvelle fois cité à l’ordre de la 2e Armée. « Commandant par intérim l’artillerie du 3e corps d’armée : officier supérieur de la plus haute valeur. Comme commandant de l’artillerie de l’un des plus importants groupements a rendu les plus éminents services dans les combats de Verdun depuis le début d’avril jusqu’au milieu de juin. Grâce à sa compétence technique jointe à une souplesse d’intelligence peu commune et à une inlassable activité, le colonel Estienne a pu, dans un secteur de combats continuels, remplir une mission particulièrement ardue. » Deux jours plus tard, il est promu au grade de général de brigade.
Au sortir des combats de Verdun, Estienne est mis à la disposition du ministère de la Guerre afin de mettre sur pied les unités de chars d’assaut et de diriger l’instruction de son personnel. Il met alors sur pied les centres du Trou d’Enfer, à Marly-le-Roi, et de Cercottes et devient commandant de l’Artillerie d’Assaut. Après des premiers engagements incertains, les chars gagnent rapidement leur place sur les champs de bataille. Le 9 août 1918, Estienne est fait Commandeur de la Légion d’Honneur [3]. L’arme qu’il a contribué à développer a joué un rôle déterminant dans la victoire finale des Alliés. Le 23 décembre 1918 il obtient le grade de général de division.

 

Une carrière remarquable

Au 15 novembre 1919, le général quitte l’Artillerie d’Assaut et est nommé commandant supérieur du groupe fortifié de Nice. Cet éloignement n’est cependant que de courte durée car, dès le 9 février 1921, il devient l’adjoint du général inspecteur général de l’infanterie avec la fonction spécifique d’inspecteur des chars de combat. Après la guerre, il travaille sur différents projets, comme par exemple la traversée du Sahara par des automobiles montées sur chenilles souples.
Le 6 novembre 1922, il est élevé à la dignité de Grand-Officier de la Légion d’Honneur. Le lendemain, le 7 novembre, il est placé dans la section de réserve. Il ne cesse pas ses activités pour autant et continue à perfectionner les chars de combat. Au cours de cette période, il a notamment mis au point un projet de char lourd de la classe du Tigre allemand. Le 11 juillet 1934 il est fait Grand’Croix de la Légion d’Honneur. Le 2 avril 1936, il décède des suites d’une opération à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce.
Il a, entre de nombreuses autres décorations, été compagnon de l’ordre du Bain, médaillé des services distingués des États Unis, commandant avec étoile de la Polonia Restituta et commandeur de 3e classe de l’ordre du mérite militaire de Bulgarie (juillet 1913).

 


Sources et bibliographie

• Archives de l’École polytechnique, Dossier X1A (1880)
• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote LH/909/20
La Jaune et la Rouge, N°35 (1951), N°146 et147 (1961)
X Information, 25 avril 1936

 


Notes

[1] En 1914, il aurait emmené deux avions démontables avec le train de combat de son groupe d’artillerie afin d’effectuer les réglages des tirs.
[2] En parallèle, 400 chars d’un autre type sont commandés aux usines Saint-Chamond.
[3] Auparavant il a été nommé Chevalier, le 29 décembre 1900, et Officier, le 9 juillet 1913.