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Faire des mathématiques par lettres

<--- Les lieux de Joseph Louis Lagrange   Les Académies : sciences et société sous l’ancien régime --->

Pas plus au XVIIIe siècle qu'aujourd'hui, l'activité d'un savant ne se réduit aux lieux géographiques dans lesquels celle-ci s'exerce. Où Lagrange apprend-il les mathématiques ? Au collège de Turin, bien entendu, mais aussi dans les ouvrages des maîtres du calcul différentiel, comme Newton, Halley, Euler, Bernoulli et D'Alembert. A qui parle-t-il de mécanique ? Certes, à ses élèves de l'École d'artillerie de Turin où il enseigne à partir de l'âge de 19 ans. Mais surtout avec d'autres savants disséminés à travers l'Europe.  Ainsi, Lagrange n'a que 18 ans lorsqu'il engage une correspondance avec Giulio Carlo Fagnano et Leonhard Euler.

Au XVIIIe siècle, problèmes, résultats, ou encore controverses circulent à l'échelle européenne au sein de correspondances scientifiques. Ces circulations sont souvent bien organisées : afin de réduire les frais postaux et délivrer les missives et ouvrages dans des zones de conflits, les savants s'appuient sur les réseaux des libraires ainsi que sur les voyages de diplomates, marchands ou aristocrates. Il n'est pas rare que le contenu scientifique d'une lettre soit recopié et diffusé à un grand nombre de correspondants.

Ces réseaux de correspondances ont aussi un impact sur l'espace géographique qu'expérimentent les savants. Ainsi, le premier voyage à Paris de Lagrange en 1763 est surtout marqué par la rencontre avec Jean le Rond D'Alembert qui marque le début de vingt ans de correspondance scientifique et d'amitié épistolaire.

Alors que certains de ses principaux correspondants, comme D'Alembert ou Condorcet, sont des figures de l'universalité du siècle des Lumières, la figure de Lagrange est davantage celle d'un savant spécialisé. Son emploi du temps quotidien est monotone, consacré à l'étude des sciences mathématiques, et ne laisse que peu de place à la culture des arts ou aux distractions mondaines.


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[Lettre de Lagrange à son père] : A Monsieur de La Grange-Trésorier de l'Artillerie à Turin
Berlin, le 18 décembre 1777
Avec adresse et timbre en cire représentant un oiseau hors de la cage et le motto "J'aime la liberté"
VI 1B2/Carton 3/7.1

Transcription :
Je devrais être honteux d'avoir été si longtemps sans vous donner de mes nouvelles si je ne vous avais prévenu plusieurs fois d'être toujours tranquille sur mon sujet tant que vous n'en recevez point, et surtout de ne point imputer mon silence à indifférence et moins encore à oubli, mais de l'attribuer uniquement à mes occupations ordinaires et au genre de vie uniforme que je mène, lequel fait que les jours se  suivent et que les années mêmes s'écoulent sans presque que je m'en aperçoive.  Ajoutez à cela que je n'ai jamais rien de particulier à vous mander de ce pays qui puisse vous intéresser, et ma longue absence de ma patrie m'a déjà rendu assez indifférent sur les petits évènements qui peuvent y arriver ; déjà qu'il n'y a à proprement parler que votre santé et la mienne qui puisse être des objets intéressants dans notre commerce.

 

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