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FERRIE Gustave (X1887)

Père de la télégraphie sans fil

 

Né le 19 novembre 1868 à Saint-Michel-de-Maurienne (Savoie)
Décédé le 16 février 1932 à Paris

 

Promotion X1887
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : général de corps d’armée (génie)

Gustave Ferrié voit le jour le 19 novembre 1868 à Saint-Michel-de-Maurienne. Contraint pas les obligations professionnelles de son père, ingénieur des chemins de fer, il déménage à Draguignan en 1882 et y obtient son baccalauréat deux ans plus tard. En 1887, il réussit le concours d’entrée à l’X à sa seconde tentative. Il sort de l’École 133e sur 223 deux ans plus tard et opte pour le Génie. Il suit alors les cours de l’École d’Application de Fontainebleau où il s’intéresse notamment aux questions de télégraphie optique et électrique [1]. Le 3 novembre 1891, il obtient sa première affectation et rejoint le 4e Régiment du Génie de Grenoble avec le grade de lieutenant. Au début de l’année 1893, il effectue un premier stage dans les transmissions à l’École de télégraphie militaire du Mont-Valérien. A son retour au régiment, il est détaché au bataillon stationnant à Besançon, où il fait office d’instructeur télégraphiste et de chef du réseau optique du camp retranché. En 1895, il est rappelé au Mont-Valérien d’abord en tant qu’instructeur puis en qualité de commandant, au début de l’année 1897. Le 5 avril suivant, il est promu capitaine et se voit contraint de quitter la télégraphie pour l’État-major particulier du Génie à Albertville.

 

Pionnier de la télégraphie militaire

Un peu plus d’un an plus tard, le 30 octobre 1898, il retrouve son domaine de prédilection lorsqu’il est muté au Dépôt Central de la Télégraphie Militaire. Il ne quittera plus ce service de toute sa carrière. Les années suivantes il navigue alors entre le 1er régiment de Télégraphie Militaire et l’État-major de cette arme. En 1899, il est nommé au comité franco-britannique qui doit étudier la télégraphie et notamment les travaux de Gulielmo Marconi, ce qui donne un rayonnement international à ses recherches. Suite cela, le capitaine Ferrié est chargé de développer la TSF militaire française [2]. En 1901, en collaboration avec le général Boulanger, il publie son premier ouvrage intitulé La télégraphie sans fil et les ondes électriques.
Le 25 septembre 1902 l’officier embarque pour sa première campagne et part pour la Martinique afin de superviser l’installation d’une communication radiotélégraphique entre cette île et la Guadeloupe [3]. Il en revient quatre mois plus tard, le 1er mars 1903, et rejoint l’Établissement Central du Matériel de la Télégraphie Militaire qu’il a contribué à créer à Paris où il poursuit ses travaux. Il développe alors notamment un récepteur électrolytique et augmente la portée de l’émetteur de la Tour Eiffel de 400 à 6 000 kilomètres quelques années plus tard [4]. Le 12 juillet 1905 ses qualités sont reconnues par l’État et il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur. Le 5 novembre 1907 il part à nouveau en opération extérieure, cette fois pour le Maroc, où il fait office de chef du service télégraphique au sein des troupes débarquées à Casablanca [5]. C’est à cette occasion que le général d’Amade dit de lui qu’ « il est impossible de rencontrer un officier spécialiste réunissant une science plus étendue, dans la branche qu’il occupe, à des aptitudes militaires plus complètes dans toutes les autres branches du service. » A son retour d’Afrique, le 23 août 1908, Ferrié rejoint son ancienne affectation et, un mois plus tard, il y passe chef de bataillon.
Après cela, il poursuit ses recherches à l’Établissement Central du Matériel de la Télégraphie Militaire de Paris. Dirigeant le service de la télégraphie sans fil, il développe notamment des postes mobiles pour les automobiles, les dirigeables et même les avions. Ces travaux sont entrecoupés par deux séjours de quelques mois à l’étranger. Le premier le conduit en Afrique Occidentale Française puis en Tunisie, où il participe à l’installation de postes de TSF en 1910. Le second, l’année suivante, lui fait retrouver la Tunisie et découvrir l’Algérie. Le 30 décembre 1911, alors chef de bataillon du Génie à Paris Sud, il est élevé à la dignité d’Officier de la Légion d’Honneur.
A cette époque, il fait aussi transmettre l’heure depuis la tour Eiffel afin de permettre aux navires de déterminer leur position en mer. Cette innovation révolutionne et facilite la mesure des longitudes ce qui lui vaut d’être appelé à siéger au Bureau des Longitudes en 1911.

 

La Grande Guerre

Au déclenchement du conflit, Gustave Ferrié vient de passer lieutenant-colonel [6] et œuvre au développement des utilisations militaires de la radiotélégraphie. L’une de ses principales missions est alors de coordonner la fabrication industrielle de postes émetteurs récepteurs portables [7] qu’il a lui même perfectionnés et de donner l’instruction indispensable aux sapeurs-télégraphistes qui seront amenés à les employer au front.
En parallèle, il poursuit ses recherches sur la TSF et s’entoure pour cela de militaires et bénéficie de l’aide de plusieurs scientifiques appelés sous les drapeaux par la guerre. Parmi les plus illustres, nous pouvons citer Joseph Bethenod, ancien élève d’André Blondel (X 1883), le général Antoine, qui l’assiste depuis la mise en place de l’émetteur de la Tour Eiffel, le capitaine de corvette Tissot, qui travaille notamment aux applications des transmissions dans la Marine ou encore Alfred Pérot (X 1882) [8]. Les travaux de son service débouchent sur de nombreuses applications pratiques, sur le front comme à l’arrière, ce qui permet d’assurer la supériorité de la France et de ses alliés sur leurs ennemis dans ce domaine. Grâce à ses installations, il peut par exemple capter les signaux émis par les troupes allemandes et suivre leurs mouvements, notamment pendant la première bataille de la Marne en 1914. Des études parallèles permettent aussi de repérer les bruits souterrains, notamment dans le domaine de la guerre des mines, mais également les bruits aériens, afin de d’identifier l’approche des avions. En outre, plusieurs grands postes de TSF sont installés à travers la France. Un réseau serré d’écoutes est ainsi mis en place et donne des résultats de premières importance. Tout au long du conflit, il a été un conseiller technique en radiotélégraphie pour toutes les armées alliées ce qui lui vaut de nombres décorations étrangères [9].

En mars 1918 le colonel Ferrié est nommé à la tête de l'Inspection des télégraphies militaires par le général Mordacq. Il est alors responsable de la bonne tenue des troupes et services de transmission non seulement en France, mais également en Algérie, au Maros et au Levant. Il conserve cette fonction jusqu’à son décès, quatorze années plus tard.

 

L'après-guerre

Au lendemain de l’Armistice, Gustave Ferrié est promu général de Brigade et poursuit ses activités autour de la radiotélégraphie mais également la téléphonie sans fil et la radiodiffusion. Malgré la fin de la guerre, il est toujours à la tête des troupes et des services de transmission. Son expérience de premier ordre le fait nommer dans la plupart des commissions techniques et des sociétés savantes françaises et étrangères proches de son domaine. C’est par exemple le cas de la Société des Électriciens dont il prend la présidence en 1921. A cela, il faut également ajouter son élection à l’unanimité à l’Académie des Sciences en 1922 [10].
Le 23 décembre 1927, après avoir été promu général de Division deux ans plus tôt [11], il est fait Grand-Officier de la Légion d’Honneur [12]. En 1930, une loi spéciale est votée sur la proposition du Ministre de la Guerre, Paul Painlevé, afin de maintenir le général Ferrié en activité bien qu’il ait atteint la limite d’âge.
Le 15 février 1932 il reçoit la Grand’Croix de la Légion d’Honneur. Le 16 février 1932, il meurt des suites d’une opération [13] à l’hôpital du Val-de-Grâce.

Aujourd’hui encore, un monument inauguré le 15 novembre 1933 honore sa mémoire au pied de la Tour Eiffel.

 


Sources et bibliographie

• AMOUDRY Michel, Le Général Ferrié et la naissance des transmissions et de la radiodiffusion, Bulletin de la SABIX, N°48, juin 2011, pp. 29-39.
• Archives de l’École polytechnique, Dossiers X1A (1887), VI2A2 (1887) et fonds privé Ferrié, Jouaust, Decaux.
• Archives départementales des Alpes-Maritimes et du Var, Registres matricules, Classe 1888.
• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote LH/962/16.
La Jaune et la Rouge, N°33, novembre 1950, N°35, février 1952 et N°234, février 1969.
Revue du Génie militaire, Tome 70, 1er semestre 1932 et Tome 73, janvier-février 1934.
X Information, N°3, 25 mars 1932.
 


Notes

[1] Le 16 janvier 1890, il se casse le bras au cours d’une manœuvre d’équitation ce qui le contraint à un congé de quelques semaines.
[2] Le ministre de la Guerre choisit cependant de ne pas se lier à la Société Marconi pour ces travaux et préfère les confier à Gustave Ferrié. Ce dernier collabore avec d’autres scientifiques parmi lesquels on peut notamment citer André Blondel (X 1882).
[3] Ces travaux sont indispensables car le câble qui reliait les deux îles a été détruit par une éruption de la montagne Pelée.
[4] Le 21 janvier 1904, la Tour Eiffel est devenue la station TSF de l’armée française. Au départ, Gustave Ferrié n’occupent qu’une modeste baraque en bois sur le Champ-de-Mars mais, rapidement, un poste souterrain y est aménagé sous le monument.
[5] C’est au cours de cette mission que l’armée française a pour la première fois mis en œuvre des liaisons TSF sur un théâtre d’opérations extérieures.
[6] Il sera promu colonel dès 1915.
[7] Plus de 10 000 exemplaires de ces postes seront fabriqués pendant la guerre.
[8] [En ligne] http://www.sabix.org/documents/perot.pdf
[9] A son décès, Ferrié est le militaire français le plus décoré après Foch.
[10] A son décès, Ferrié est le militaire français le plus décoré après Foch.
[11] Il reçoit sa troisième étoile le 20 mars 1925. En 1927, on lui accordera le rang et prérogatives de commandant de corps d’armée.
[12] Entre temps il a été nommé Commandeur le 9 juillet 1921.
[13] Il semblerait que son décès soit dû à des crises répétées d’appendicite que le général a négligé de soigner.