En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies destinés à améliorer la performance de ce site et à vous proposer des services et contenus personnalisés.

X

HARRAND Georges (X1914)

Un X dans l'artillerie de montagne

 

Né le 18 octobre 1894 à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais)
Décédé le 1er janvier 1966 à Paris

 

Promotion X1914
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : commandant (artillerie)

Georges naît à Boulogne-sur-Mer, le 18 octobre 1894. Il est le fils de Charles Harrand, diplômé de l’École Centrale et ingénieur à la Compagnie des Eaux, alors en poste dans le Pas-de Calais. Quelques années plus tard, suite à une mutation à Paris, toute la famille s’installe à proximité de Versailles. Georges poursuit alors sa scolarité au lycée Hoche où il prépare son concours d’entrée à l’École polytechnique.
En 1914, il est reçu à la 134e place. Toutefois, comme l’ensemble de sa promotion, il doit patienter avant de suivre les cours. En effet, les 228 admissibles sont immédiatement nommés aspirants et envoyés dans l’artillerie de campagne.

 

La Grande Guerre

Le 10 août 1914, le jeune officier se retrouve ainsi au 22e Régiment d’Artillerie de Campagne de Versailles où il débute son instruction militaire. Après cela, il poursuit son apprentissage au 8e RAC au camp d’Avord, et enfin au 37e RAC à Bourges. Ce n’est finalement que le 6 mars 1915 qu’il quitte les casernes pour le front d’Alsace avec le grade de sous-lieutenant récemment obtenu. De son expérience de la Première Guerre mondiale, Georges Harrand a laissé quelques textes [2], pour la plupart rédigés en 1940, mais également des photos qu’il a prises sur le front avec son Kodak Vest Pocket. Cette documentation permet de suivre quasi-quotidiennement son expérience de guerre.


Le champ de bataille du Hartmannswillerkopf (Haut-Rhin) au lendemain des combats de 1915
 

A son arrivée en ligne, au début du mois de mars, Georges Harrand rejoint la vallée de Thann, au pied du Hartmannswillerkopf [3]. Dès le 16 mars, il y participe à sa première attaque en appuyant du feu de sa batterie un assaut des chasseurs alpins. Pendant plusieurs semaines, il alterne les périodes de combats et de repos, pendant lesquels il profite tant bien que mal des loisirs que lui offrent les neiges du massif des Vosges. Le 26 avril, au cours d’un violent bombardement allemand, il est légèrement blessé au nez alors qu’il se trouve dans l’abri du colonel Goybet, commandant du 152e Régiment d’Infanterie. Il n’est toutefois pas évacué et contribue notamment à l’installation d’un crapouillot de 58 mm à proximité de la première ligne française.
Le 7 mai 1915, le sous-lieutenant est réaffecté à la 3e batterie du 2e Régiment d’Artillerie de Montagne. Il y sert alors l’arme emblématique des troupes de montagne : le canon de 65 mm. Le 7 août 1915, il relate une de ses interventions :
« Tout le monde dort, dans la grande et confortable cagna, lorsqu’à cinq heures retentit la sonnerie du téléphone ; Une pièce nouvellement installée, tire de tout près sur nos premières lignes. C’est mon tour de service. Les yeux bouffis de sommeil, je m’habille en hâte et par le sentier abrupt grimpe à l’observatoire. La deuxième section a été alertée et est prête à tirer lorsque j’arrive.
Par représailles j’ouvre le feu sur Wattwiller. A chaque coup du boche, deux coups répondent. Ce qui m’étonne, c’est que je ne les vois pas. J’ai beau regarder vers la sortie nord-ouest du village, rien. Cependant, un peu plus loin, derrière une haie, il me semble bien apercevoir une fumée. Effectivement. Et elle coïncide, non pas avec les éclatements de mes obus, mais avec les départs de la pièce boche. En même temps, je retrouve mes coups qui, par suite d’une erreur, étaient envoyés sur un autre coin du village.
Quelle joie pour un artilleur, que de tenir sous son feu, à 1100 mètres, une pièce ennemie, à peine défilée par une haie et quelques arbres. Trois ou quatre salves la font taire. Je continue le tir avec des obus explosifs. Un officier du 334e Régiment d’Infanterie m’annonce par téléphone qu’un de mes coups, ayant abattu une branche, vient de démasquer la pièce, un petit canon de montagne.
Pendant qu’un camarade vient me relever à l’observatoire, je descends aussi vite que possible chez les fantassins. Nous trouvons bientôt un coin confortable pour régler le tir : un élargissement de la tranchée assez défilé pour permettre de regarder par-dessus le parapet. Mes téléphonistes installent une ligne directe entre mon observatoire improvisé et la section, tandis que deux mitrailleuses empêchent les servants boches de ramper jusqu’à leur pièce qu’ils voudraient bien tirer de là.
Quand tout est prêt, je puis enfin me livrer au plaisir du tir à démolir, comme il est prescrit dans le règlement. Les pointeurs prennent leur temps, rien ne presse. Les coups encadrent la pièce dont je ne suis guère qu’à quatre ou cinq cent mètres. Je vois petit à petit, le bouclier se consteller de trous, le siège du pointeur se renverser, la pièce se déplacer. Rarement artilleur a eu joie aussi pure. [...] Le lendemain, à l’emplacement du 7,5 de montagne ; il n’y avait plus que des trous et des branches coupées. »

Au lendemain de cet épisode, Harrand et sa batterie sont transférés dans un secteur voisin mais tout aussi animé : la vallée de la Fecht [4]. Ils tirent alors sur le village de Sondernach et le Hilsenfirst, champ de bataille le plus élevé du front français du haut de ses 1274 mètres. Dès le 2 septembre, l’artilleur est décoré de la Croix de Guerre pour son action du 7 août [5] et obtient une permission. Il en revient le 12 septembre et retourne dans la vallée de la Fecht pour une brève période. Dès la fin du mois, il est à nouveau transféré dans les environs du Hartmannswillerkopf et du Sudel, un champ de bataille voisin. Il y vit son premier noël de guerre, marqué par les intenses combats entre Français et Allemands pour la prise du massif qu’il occupe. Il y reste encore plusieurs mois, dans un calme relatif à partir de janvier 1916.
Le 14 novembre, après une nouvelle permission, il rejoint l’École d’Application de l’Artillerie de Fontainebleau afin de suivre les cours de l’école à feu. Il ne la quitte que le 17 février 1917 pour revenir en Alsace, à nouveau dans les environs de Thann. Ce secteur n’a désormais plus grand chose à voir avec celui qu’il a occupé e 1915. En effet, loin des affrontements d’alors, il se trouve désormais engourdi dans un calme relatif qui provoque quelques « crises de cafard » chez Harrand. Le 6 mars 1917 il est toutefois promu lieutenant.
Il quitte définitivement l’Alsace à la fin du mois de mai 1917. Il prend alors le commandement de la 96e batterie du 1er Régiment d’Artillerie de Montagne. Le 19 juillet 1917, après deux mois d’instruction il rejoint cette fois les Vosges et combat du côté de la Chapelotte jusqu’au mois d’octobre. Entre temps, il a une nouvelle fois pu bénéficier d’une permission entre le 19 et le 28 septembre.
Le 1er novembre, il part pour l’Italie. Un mois plus tard, sa batterie devient la 9e du 1er Régiment d’Artillerie de Montagne. A la fin décembre, il participe au bombardement du Monte Tomba qui lui vaut une seconde citation : « Jeune officier plein d’allant et d’entrain, adoré de son personnel. Le 30 décembre 1917, alors que sa position était soumise à un violent bombardement, s’est porté au milieu de ses hommes, leur donnant un bel exemple de sang-froid, et a assuré dans le plus grand calme la mission confiée à sa batterie. » Le 10 mars 1918, il est également décoré de la Medaglia d’Argento al Valore Militare par le roi d’Italie, Victor Emmanuel III.
En août, Georges Harrand change une nouvelle fois de secteur et est cette fois désigné pour l’Armée d’Orient. Le 8 novembre 1918, il prend le commandement de la 20e batterie du 2e Régiment d’Artillerie de Montagne à Sofia. Bien que l’Armistice soit signé entre l’Allemagne et la France trois jours plus tard, les combats ne cessent pas pour autant sur le front de l’Est. Le jeune lieutenant ne rentre finalement en France que le 9 février 1919 et peut alors, enfin, commencer sa formation à l’X.

 

De retour à l'X

Lorsqu’il reprend les cours, le 15 mars 1919, Georges Harrand n’a rien perdu des connaissances qui lui ont fait réussir le concours cinq ans plus tôt. A l’issue de sa formation accélérée d’un an il sort 32e de sa promotion. Il opte alors pour le génie maritime, son second choix après les Ponts et Chaussées, et est affecté à sa demande à la Direction des Constructions Navales du port de Brest avec le grade d’ingénieur de 1ère classe. Entre temps, le 16 mars 1921, il a officiellement été fait Chevalier de la Légion d’Honneur [6]. Quelques mois plus tard, le 1er juillet 1923, Georges Harrand démissionne [7] et entre dans la Compagnie des Chemins de Fer de l’Est.
Après un séjour d’un an à Nancy, il revient à Paris. Toutefois, ayant désormais pris goût à la montagne au cours de son passage dans l’artillerie, il ne rate pas une occasion d’y retourner pour gravir les principaux sommets des Alpes. A côté de cela, il se passionne également pour l’équitation au sujet quoi il publie plusieurs articles.
Le 3 novembre 1954 Georges Harrand est promu Officier de la Légion d’Honneur. Il est alors commandant au sein de la section des Chemins de Fer de Campagne de l’État Major de l’Armée. Il s’éteint le 1er janvier 1966 à l’âge de 72 ans.

 


Sources et bibliographie

• Archives de l’École polytechnique, Dossier VI2A2 (1914).
• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote 19800035/689/78829.
• HARRAND Georges, Chargez les mulets! Un artilleur de montagne dans la Grande Guerre, Dialogues Transvosgiens, 2006, 160 p.
 


Notes

[1] Remerciements : Eric Mansuy.
[2] Ces derniers ont été publiés par ses filles en 1994, à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance et ont été livrés au grand public par l’association Dialogues Transvosgiens en 2006.
[3] Il s’agit là du plus important champ de bataille de la Grande Guerre en Alsace.
[4] Ce secteur se situe dans les environs de Munster (Haut-Rhin).
[5] Il est alors cité en ces termes par le colonel Farsac : « Officier plein d’entrain et d’initiative, montrant en toute circonstance un réel mépris du danger. Le 7 août 1915, a dirigé avec une grande habileté d’un poste d’observation avancé, un tir de démolition contre une pièce ennemie qui a été très bien réussi. »
[6] La date de prise de rang est toutefois le 16 juin 1916.
[7] Sa belle famille trouve alors cette ville trop éloignée de Paris.