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MAUNOURY Joseph (X1867)

L'autre vainqueur de la Marne

 

Né le 17 décembre 1847 à Maintenon (Eure-et-Loir)
Décédé le 28 mars 1923 à Artenay (Loiret)

Promotion X1867
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : général de division (artillerie), maréchal de France à titre posthume.

Michel Maunoury nait dans l’Eure-et-Loir le 17 décembre 1847. Fils de médecin, il mène une enfance relativement aisée. En 1867, il est admis à l’École polytechnique et, deux ans plus tard, il est 99e de sa promotion de 124 élèves et choisit de servir dans l’artillerie. Nommé sous-lieutenant, il suit alors les cours à l’École d’Application de Metz à partir du 1er octobre 1869. Dès le 8 août de l’année suivante, il doit cependant cesser les cours en raison de la guerre franco-prussienne qui vient d’être déclarée.
Il est alors affecté au 2e régiment d’artillerie montée de Grenoble et rejoint Paris avec la 17e batterie de ce dernier. A partir de novembre, il est toutefois transféré au 21e régiment d’artillerie. Avec ce dernier il participe à la défense de la capitale lors du siège allemand et est blessé [1] à Champigny le 2 décembre 1870. Moins d’une semaine plus tard [2], on lui décerne le titre de Chevalier de la Légion d’Honneur pour sa remarquable conduite au feu.
Le 22 juin 1871 il est réaffecté au 10e régiment d’artillerie de Rennes avec le grade de lieutenant, auquel il a été promu au début de l’année. Ce n’est qu’en 1872 qu’il s’en retourne à l’École d’Application, cette fois à Fontainebleau, pour effectuer sa seconde année de formation. Après cela, il est également désigné pour suivre des cours supplémentaires à l’Ecole de Cavalerie de Saumur. Le 26 avril 1874 il est promu capitaine. Le 14 octobre, il est réaffecté à l’état-major du 25e régiment d’artillerie de Châlons-sur-Marne où il fait office d’instructeur d’équitation et de conduite des voitures. Le 17 janvier 1878 il est envoyé à Orléans, au 32e régiment d’artillerie. Trois ans plus tard, en octobre 1881 il rejoint les rangs du 22e régiment d’artillerie mais il en est rapidement détaché pour suivre les cours de l’École Supérieure de Guerre. Le 1er novembre 1883 il en sort breveté d’état-major à la seconde place de sa promotion avec la mention « très bien ». Il est alors envoyé pour une année de stage à l’état-major particulier de l’Artillerie et est nommé professeur adjoint du cours d’artillerie à Saint-Cyr. Entre 1882 et 1885 il connait diverses affectations, successivement au 32e, 6e, 35e puis au 20e régiment d’artillerie. Le 6 septembre 1885 il est toutefois classé hors cadres pour devenir professeur titulaire à l’Ecole Spéciale Militaire. Il y est promu chef d’escadron le 26 mai suivant.

 

Une carière militaire remarquable

Michel Maunoury retourne au service actif au 32e régiment d’artillerie en juin 1888. Le 16 mars 1891 il est cependant rattaché à l’état major du 11e corps d’armée à Nantes. Il y reste deux ans avant de rejoindre l’état major particulier de l’Artillerie d’où il est détaché pour commander la division d’instruction de l’École d’Application de l’Artillerie et du Génie. Quelques semaines plus tard, le 9 juillet 1893 il est élevé au grade de lieutenant-colonel. Le 10 janvier 1896 il est nommé commandant en second de l’établissement. Il ne remplit toutefois cette fonction que quelques mois car dès le 10 avril il est nommé commandant militaire du palais Bourbon, où siège la Chambre des Députés. Le 25 mai 1897 il y est promu colonel. Il doit cependant attendre le 4 octobre 1898 pour reprendre un commandement actif. Il est alors mis à la tête du 11e régiment de Vincennes qu’il ne quitte que le 30 décembre 1901 après quatre années passées à sa tête. Suite à sa nomination au grade de général brigade, il prend dès lors la tête de la 84e brigade d’infanterie à Verdun.
Deux ans plus tard il continue son ascension des échelons de la hiérarchie militaire en devenant sous chef de l’état-major général de l’Armée le 20 octobre 1903. A côté de cela il a également été nommé membre du Comité consultatif de défense des colonies. Il passe général de division en janvier 1906 suite à quoi il reçoit le commandement de l’artillerie de la place et des forts de Paris le 12 août suivant. Le 10 juillet 1907 il est promu Commandeur de la Légion d’Honneur [3]. Outre son affectation, son brevet de légionnaire mentionne son appartenance au Comité Consultatif des Poudres et Salpêtres, au Comité de l’Artillerie et des Poudres et au Comité technique de l’Artillerie ainsi que sa présidence de la Commission des Écoles Militaires.
Au mois d’octobre 1907, l’officier supérieur prend la direction de l’École de Guerre pour une année. Il est alors maintenu dans l’ensemble des commissions auxquelles il appartient, à l’exception du Comité technique de l’Artillerie et du Comité Consultatif des Poudres et Salpêtres et est nommé au Comité technique d’état-major. Le 11 juillet il quitte l’école pour prendre la tête du 15e corps d’armée à Marseille, puis du 20e corps à Nancy, à partir du 30 octobre 1909.
Le 24 octobre 1910 il est nommé au poste de gouverneur militaire de Paris et devient membre du Conseil supérieur de la Guerre. Le 11 juillet 1912 il est élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d’Honneur. A la fin de l’année il est placé dans la 2e section des officiers généraux.

 

Un rôle décisif dans la Grande Guerre

A la mobilisation il est rappelé pour devenir inspecteur général de la zone des armée pour les régions non comprises dans la zone de défense. Il occupe ces fonctions jusqu’au 20 août, date à laquelle il prend la tête de l’armée de Lorraine [4] nouvellement constituée. Avec celle-ci il sert d’abord au Nord de Verdun au cours de la bataille des frontières. Ces combats entre Etain (Meuse) et Jarny (Meurthe-et-Moselle) se soldent par une victoire française. Après cela, l’armée du général Maunoury est chargée de couvrir le Nord du camp retranché de Paris. Au début du mois de septembre, son action contribue de manière décisive à la première victoire française sur la Marne en stoppant l’aile droite de l’armée allemande du général von Kluck sur l’Ourcq. Le 18 septembre 1914 il est honoré de la dignité de Grand Croix de la Légion d’Honneur pour cette action. Sa citation loue lors le rôle majeur qu’il vient de jouer : « Son calme et son habileté de manœuvre ont permis à nos troupes de supporter pendant les quatre journées d'une lutte opiniâtre, l'effort d'une notable partie de l'armée allemande, et ont facilité ainsi le développement des opérations des armées alliées qui ont entraîné la retraite de l'ennemi. »

Le 11 mars 1915, visitant des tranchées dans la région de Nouvion en compagnie du général de Villaret, une balle allemande lui crève l’œil et lui arrache la joue gauche alors qu’il se penche au parapet pour observer les lignes adverses [5]. Les lésions sont graves et le rendent définitivement aveugle [6].
Il est en convalescence pour de longues semaines, au cours desquelles le général Joffre lui décerne la médaille militaire. A nouveau, la citation qui l’accompagne lui rend un hommage prononcé : « Exerce depuis le début de la campagne le commandement d'une armée avec la plus grande distinction. Après avoir pris une part des plus importantes à la bataille de la Marne, a montré dans les opérations de l'Aisne des qualités d'organisation et des aptitudes manœuvrières de premier ordre jointes à la plus belle énergie morale et à une inlassable activité. Blessé grièvement en visitant les tranchées occupées par ses troupes. »


Le général Maunoury au lendemain de sa blessure.

Le 5 novembre 1915, partiellement remis de sa blessure, il est de retour et se voit confier une nouvelle fois le poste de Gouverneur militaire du camp retranché de Paris. Il en est toutefois relevé à sa demande au début du mois d’avril 1916 et est à nouveau placé dans la section de réserve. Il se retire alors dans sa propriété à Mer, dans le Loir-et-Cher mais il continue d’occuper diverses fonctions honorifiques, comme par exemple la présidence de l’Union des Aveugles et on le retrouve à l’occasion de différentes cérémonies protocolaires. En 1919, il est également l’un des rares généraux invités à la signature du Traité de Versailles.
Michel Maunoury décède subitement le 28 mars 1923 dans le train qui le mène à sa résidence du château d'Herbilly à Mer. Au lendemain de sa disparition, on lui décerne la mention « Mort pour la France ». Trois jours plus tard il est nommé Maréchal de France à titre posthume. Ses funérailles sont célébrées dans le Loir-et-Cher où il est inhumé dans un premier temps avant que son corps ne soit transféré dans le caveau des gouverneurs de la cathédrale Saint-Louis des Invalides en 1930.


Le général Maunoury et les Maréchaux Foch, Joffre et Pétain sortant de la cathédrale Meaux lors de l’anniversaire de la bataille de la Marne célébré en 1920.
[photographie de presse] / Agence Meurisse - Source : Gallica / Bnf
D.R.

 


Sources et bibliographie

• Archives de l’École polytechnique, Dossier X1A (1867).
• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote LH/1799/22.
• KLEIN Charles-Armand, Maréchal Maunoury, Le Soldat exemplaire, Blois, Hugues de Froberville éditions,‎ 1989.
 


Notes

[1] Une balle lui traverse la jambe droite.
[2] Le 8 décembre 1870.
[3] Il avait été promu Officier de la Légion d’Honneur le 5 octobre 1895.
[4] Une semaine plus tard, le 26 août 1914, celle-ci prend le nom de VIe armée.
[5] Son accompagnateur est alors lui aussi blessé.
[6] Par la suite, il dira, en référence à son action dans la bataille de la Marne, « qu’importe mon état : mes yeux peuvent se fermer, puisqu’ils ont vu fuir les Allemands ! »