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MORTENOL Camille (X 1880)

Né le 29 novembre 1859 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe)
Décédé le 22 décembre 1930 à Paris

 

Promotion X1880
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : capitaine de vaisseau (marine) puis colonel de réserve dans l’artillerie.

Sosthène Mortenol voit le jour le 22 novembre 1859 en Guadeloupe. Après des études remarquées sur l’île, et notamment en mathématiques, il part pour Bordeaux où il obtient son baccalauréat en Sciences. A ses vingt et un ans, il réussit le concours d’entrée à l’X avec une prometteuse 19e place. Au même moment, il a également été reçu à Saint-Cyr [1] mais a toutefois préféré opter pour l’École polytechnique où il entre le 1er novembre 1880. Il est alors le troisième [3] élève aux origines africaines à y être admis. Sa scolarité est remarquable. 30e à son passage dans la première division, il est 18e sur 205 élèves à l’issue de sa formation en octobre 1882 et opte pour le corps de la Marine.

 

Un marin remarqué

C’est sur une frégate à voile de 2e classe armée en transport, l’Alceste, qu’il embarque à Brest pour effectuer son apprentissage de marin. Dès le 1er octobre 1882, il y est promu aspirant de 1ère classe. Peu après, il prend part à une « croisière d’instruction » qui l’emmène le long des côtes africaines. A l’issue de cette période, bien noté par ses supérieurs, il embarque sur l’Amiral Duperré qui le conduit à travers la Méditerranée entre novembre 1883 et mai 1884.
Le mois suivant, il est affecté à Rochefort sur l’aviso Bisson qui est envoyé à Madagascar, la première campagne militaire du jeune officier. Il y est promu enseigne de vaisseau le 1er octobre 1884. Le 17 décembre 1885, au lendemain de la signature d’un traité de paix, il peut enfin rejoindre la France, où il arrive en mars de l’année suivante, après deux années passées en mer. Il est alors affecté à la division navale du Levant et sert comme officier en second sur la canonnière Capricorne avec laquelle il parcourt l’océan Indien. Ensuite, entre octobre 1887 et juillet 1889 il fait son retour sur l’Alceste en tant que second mais le navire a alors été transformé en ponton-hôpital à Libreville. Le 25 août 1889 il y obtient le grade de lieutenant de vaisseau.
L’hiver suivant, il rend visite à sa famille restée dans les Antilles. A son retour, il effectue un stage à Toulon sur l’Algésiras, un vaisseau-école des torpilles. Il y reste entre août et décembre 1890 et en il sort breveté torpilleur. Au mois de mars de l’année suivante il est envoyé à la défense mobile de Cherbourg et reçoit le commandement du torpilleur Dehorter. Un an plus tard, en avril 1892, il est transféré dans l’escadre de réserve en Méditerranée occidentale et au Levant sur le croiseur Cécille où il est en charge du service des torpilles. Son séjour y est à nouveau bref car, au mois de janvier 1894 il est affecté au croiseur Jemmapes sur lequel il est nommé chef du service de l’artillerie. Le 19 août 1895 il y est fait Chevalier de la Légion d’Honneur en présence du Président de la République.
En mai 1896 il embarque pour deux années sur le croiseur Fabert sur lequel il occupe le poste de second. Il croise alors à nouveau au large de Madagascar. En mai 1898, diminué par le paludisme qui le poursuivra tout au long de sa carrière, il rentre en France à bord du paquebot Pei Ho. Après une période de convalescence, il est affecté à la défense mobile de Toulon et sert sur différents bâtiments. Il retrouve d’abord l’Algésiras, puis est transféré sur le torpilleur 176-279 avant de prendre le commandement du groupe Aventurier - Argonaute.
Au cours de l’été 1900 il est à nouveau en mission en Afrique. Le 19 juillet il y obtient le commandement de l’Alcyon, un aviso à roues stationné à Libreville. Il parcourt alors les côtes et les fleuves alentours et collabore notamment à la répression de révoltes locales. Au mois de juin 1902 il doit cependant une nouvelle fois rentrer en France pour une période de convalescence. Après cela, on lui confie des missions à l’état-major de Brest à partir de janvier 1903. Cela ne l’empêche toutefois pas d’être promu capitaine de frégate le 7 avril 1904 et d’être nommé second du croiseur cuirassé Bruix.
A la fin de l’année il est nommé second sur le cuirassé Redoutable et se retrouve du côté de Saigon, dans la division de réserve de l’escadre d’extrême orient. En 1907, il doit effectuer un nouveau séjour de convalescence en France. A son retour il est affecté à la division navale de l’océan indien et sert en Indochine à la tête du contre-torpilleur Pistolet et de la 2e flottille de torpilleurs des mers de Chine. En avril 1908 on lui donne également le commandement de la 1ère flottille. Le 22 juillet de l’année suivante il rentre en permission en France puis est de nouveau en congé de convalescence.
A la fin de l’année 1909, il est une nouvelle fois affecté au sein de l’état-major de Brest. Le 12 juillet 1911 il y est promu Officier de la Légion d’Honneur puis capitaine de vaisseau le 7 septembre suivant. Un an plus tard, en septembre 1912, il est nommé à la tête des services maritimes de la défense de Brest. A partir de mars 1914 il est chargé en plus de cela du désarmement du cuirassé Carnot, ce qui l’occupe jusqu’à l’été 1915.

 

Rattrapé par les tourments de la Premièer Guerre mondiale

Au début du juillet, suite au décès du capitaine de vaisseau Prère, Mortenol demande à le remplacer à la tête de la défense anti-aérienne de Paris. Sa sollicitation est rapidement validée par le général Gallieni, gouverneur de la capitale avec qui il a déjà servi à Madagascar. Lorsqu’il arrive à son nouveau poste il ne passe pas inaperçu, comme en témoigne par exemple le chef de bataillon Charles Pierret, alors à la tête du 3e bureau du gouvernement militaire de Paris, le 10 juillet. « Le successeur du commandant Prère, le capitaine de vaisseau Mortenol, est arrivé aujourd’hui pour prendre le commandement de la DCA ; c’est un nègre. On est plutôt surpris de voir ce noir pourvu de cinq galons et officier de la Légion d’Honneur ; il paraît qu’il est très intelligent ; c’est un ancien polytechnicien. » Dès lors, l’officier endosse la responsabilité de défendre la capitale contre les attaques de l'aviation ennemie. Il occupe ce poste avec brio jusqu’à la fin de la guerre. En 1917, atteint par la limite d’âge des officiers de la marine il a toutefois été nommé colonel dans la réserve de l’armée de Terre afin de pouvoir poursuivre sa mission. Il ne quitte finalement ses fonctions que le 15 mai 1919.
Le 16 juin 1920 il à nouveau honoré par la France et est alors élevé au rang de Commandeur de la Légion d’Honneur. Le 7 mars 1922 il est finalement rayé des réserves de la Marine. Le 10 janvier 1925 il l’est également de l’armée de Terre.
Sosthène Mortenol décède finalement le 22 décembre 1930 à Paris. Un statue honore aujourd’hui encore sa mémoire à Pointe-à-Pitre et son nom a été donné à une rue parisienne ainsi qu’à une vedette de sauvetage de mer de la vile d’Hendaye.
Au cours de sa carrière militaire qui l’a conduit à travers le monde entier, Sosthène Mortenol a reçu de nombreuses décorations. La plus insolite est sans nul doute la dignité d’officier de l’ordre de la couronne de Prusse qu’il obtient en 1902 pour avoir porté secours à un navire allemand au large du Congo.

 


Sources et bibliographie

• Archives de l’École polytechnique, Dossiers X1A (1880) et VI2A2 (1880).
• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote LH/1943/46.
La Cohorte, N°199, février 2010.
 


Notes

[1] Il est alors 3e du concours d’entrée.
[2] Les premiers sont les martiniquais François Auguste Périnon (X1832) et Charles Alexandre Joseph Wilkinson (X1849).