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X

NIVELLE Robert (X1876)

Né le 15 octobre 1856 à Tulle (Corrèze)
Décédé le 22 mars 1924 à Paris

Promotion X1876
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : général de division (artillerie)

Robert Nivelle voit le jour le 15 octobre 1856 à Tulle, où son père, officier d’infanterie, est en garnison. Après un baccalauréat en sciences, il prépare le concours d’entrée à l’X au lycée Corneille de Rouen où il reçoit le deuxième prix d’honneur et le prix de dessin. En 1876, il est admis à l’École polytechnique où il suit une scolarité honorable [1]. A son issue il choisit de servir dans l’Artillerie et part se perfectionner à l’École d’Application de Fontainebleau pendant deux années [2].
Le 1er septembre 1880, il est affecté au 19e régiment d’artillerie de Nîmes avec le grade de lieutenant. Un an plus tard, il part à nouveau en formation, cette fois à l’École de Cavalerie de Saumur où il passe une année avant de retrouver son unité. Le 27 octobre 1883, après un passage de quelques semaines au 38e régiment d’artillerie, il arrive à Bourges au 1er régiment d’artillerie. Le 1er novembre 1887, il quitte à nouveau son régiment pour les études et fait son entrée à l’Ecole Supérieure de Guerre. Deux ans plus tard, le lieutenant est 13e de sa promotion de 72 élèves avec la mention « très bien ». Il est promu capitaine et part alors pour un stage d’une année au sein de la brigade d’occupation de la Tunisie. Au début de l’année 1891, il est de retour en France et est nommé officier d’ordonnance du général Collet-Meygret, le président de la commission d’expérience de tir de Versailles. Rapidement, il se retrouve à nouveau en Afrique, cette fois en Algérie, où le général est nommé commandant de l’artillerie.
En janvier 1895, Nivelle retrouve un poste opérationnel lorsqu’il est affecté au 31e régiment d’artillerie de Poitiers. Il y reste près d’un an et demi avant de prendre la direction de la capitale où il est rattaché au 4e bureau de l’état-major avec les fonctions d’adjoint au commissaire militaire du réseau ferré et des voies navigables. Il les quitte le 24 juillet 1899 quand il est rattaché à l’état-major [3] du corps expéditionnaire en Chine. Avec ce dernier, l’officier participe à quelques combats localisés, est nommé chef d’une mission dirigée vers la Corée mais se distingue surtout pour ses capacités de chef et d’organisateur. En mars 1901, il s’en retourne en France où il est nommé chef d’escadron. Depuis le début de l’année, il sert également d’officier d’ordonnance au général Voyron, son chef en Extrême-Orient . En mars 1903, il quitte cette fonction pour prendre la direction des batteries de Corse et s’occuper du système défensif de l’île. Il ne la quitte qu’en avril 1907 pour reprendre son poste auprès du général Voyron qu’il assiste désormais dans ses travaux d’organisation de la défense des côtes françaises. Le 24 septembre 1908, promu lieutenant-colonel, il est nommé directeur de l’artillerie d’Oran puis, quelques mois plus tard, chef de l’état-major de la division d’Alger. Il s’y distingue notamment à l’occasion de la crise d’Agadir en envoyant rapidement des troupes françaises vers le Maroc par le chemin de fer.
Le 25 décembre 1911, Robert Nivelle est promu colonel et affecté au parc d’artillerie de Vincennes avant de recevoir le commandement du 4e régiment d’artillerie [4] de campagne de Besançon au mois de juillet suivant. Après l’avoir réorganisé, il est mis à la tête du 5e régiment d’artillerie [5] en décembre 1912. C’est avec ce dernier qu’il entre dans la Grande Guerre deux ans plus tard.

 

Une ascension fulgurante

Dès le début des hostilités, l’officier prend part aux opérations françaises en Alsace. Déjà le 9 août, il entre dans Mulhouse avec le 7e corps d’armée mais est contraint de s’en replier dans la soirée du lendemain. Le 19, il prend part aux combats de Dornach ce qui lui vaut sa première citation - élogieuse, bien que largement exagérée - à l’ordre de l’armée. « Chef de corps de la plus grande valeur militaire, s’est distingué les 9, 10 et 19 août. Le 9, l’un de ses groupes a fait évacuer Rixheim par les Allemands. Le 10, avec les deux groupes, arrête avec le feu de ses pièces plusieurs attaques. Le 19, il participe à l’action sur Dornach, puis à l’attaque d’une division. Un groupe entier d’artillerie allemande sur lequel il a tiré le 19 a été trouvé le 21 au matin, abandonné sur le champ de bataille. »
Dès la fin du mois d’août, le 7e corps d’armée est transféré dans la région de Villers-Bretonneux (Somme) afin de couvrir la retraite française au cours de la première bataille de la Marne. Dans ce cadre, le colonel Nivelle est placé à la tête de l’ensemble de l’artillerie de la 14e division d’infanterie. Au début du mois de septembre, il participe également à la contre-attaque française de l’armée Maunoury sur l’Ourcq. Le 27 octobre 1914 il est promu général de brigade et reçoit le commandement de la 27e brigade d’infanterie [6] tout en conservant le celui de l’artillerie du 7e corps d’armée. Il stationne alors dans l’Aisne où il reste jusqu’en février 1915. Le 22, il est en effet nommé à la tête de la 63e division d’infanterie de réserve. Au mois de juin, il la conduit à l’occasion de la bataille de Moulin-sous-Touvent. Le gain de terrain est significatif mais les pertes sont très lourdes.

 

Le vainqueur de Verdun

Le 23 décembre, Nivelle est promu général de division et se retrouve à la tête du 3e corps d’armées quelques jours plus tard. Avec ce dernier, il occupe d’abord un secteur voisin du front britannique dans la région de Péronne. Au début du mois d’avril 1916, l’officier est envoyé à Verdun avec son unité. Il y est alors chargé de la reprise d’une partie du terrain perdu, notamment dans les environs de Douaumont, ce qu’il réussit en collaboration avec le général Mangin. A la fin du mois d’avril, le général Joffre, admiratif de ses qualités offensives, offre à Nivelle le commandement de la IIe armée à Verdun en remplacement du général Pétain. Au mois de mai, il échoue dans une nouvelle tentative de reprise du fort de Douaumont. Quelques jours plus tard, il perd également le fort de Vaux et doit faire face à d’intenses offensives allemandes. Le 23 juin, l’officier émet son ordre du jour marquant un tournant dans la bataille de Verdun. « L’heure est décisive. Vous ne les laisserez pas passer, mes camarades, le pays vous demande encore cet effort suprême. L’armée de Verdun ne se laissera pas intimider par les obus et cette infanterie allemande dont elle brise l’effort depuis quatre mois. Elle saura conserver sa gloire intacte. » Au lendemain des dernières tentatives allemandes repoussées au début du mois de juillet, la défense de Verdun est assurée. Le 13 septembre, lorsqu’il est élevé à la dignité de Grand Officier [7] de la Légion d’Honneur, sa citation rend hommage à son action dans ce secteur. « Commande depuis quatre mois une armée qui a résisté victorieusement aux attaques sans cesse renouvelées de l’ennemi et a supporté héroïquement les plus dures épreuves. A affirmé dans ce commandement, avec les plus brillantes qualités de chef, une énergie et une force de caractère qui ont puissamment influé sur le développement des opérations engagées sur le front. Après avoir enrayé l’avance de l’ennemi sur un objectif devenu l’enjeu moral de la guerre, a repris l’offensive pied à pied et, par des attaques répétées, est parvenu à dominer l’adversaire sur le terrain même que ce dernier avait choisi pour un effort décisif. » Par la suite, il poursuit les contre-attaques tout au long de l’automne. Reprenant peu à peu le terrain perdu depuis le mois de février, il finit par reprendre les forts de Douaumont (le 24 octobre) puis de Vaux (2 novembre). Nivelle apparaît alors comme le vainqueur de Verdun.


Le général Joffre et Nivelle en tournée d’inspection sur le front de Verdun en 1916.
[photographie de presse] / Agence Meurisse - Source : Gallica / Bnf
D.R.

 

Du GQG à la disgrâce

Auréolé de ce succès, et en dépit de son manque d’expérience en comparaison à des généraux tels que Pétain, Foch ou Castelnau, Nivelle est choisi pour prendre le commandement des armées du nord et du nord-est, autrement dit la tête de l’ensemble des troupes françaises, en succession du général Joffre. Dès le 12 décembre 1916, il se retrouve propulsé au Grand Quartier Général de Chantilly où il développe alors un projet d’offensive générale sur le front de l’ouest en collaboration avec les Britanniques [8]. Pour celle-ci, il pense appliquer la méthode qui lui a donné la victoire à Verdun, à savoir une action combinée de l’artillerie et de l’infanterie. Le 16 avril 1917, Nivelle lance sa vaste opération au Chemin des Dames. Hélas, cette dernière est loin de donner les résultats escomptés [9] et entraine la perte de près de 120 000 soldats alliés [10]. Dès le 15 mai, le général est contraint de céder son commandement à Pétain.
Après une période de mise en disponibilité [11] et un passage devant une commission d’enquête, l’officier est finalement affecté en Afrique du Nord où il prend le commandement des troupes françaises [12] en décembre 1917. Ses missions consistent alors principalement à l’instruction des recrues africaines amenées à servir sur les différents champs de bataille, à s’occuper du retour des blessés puis, au lendemain de l’armistice, à régler la question de la démobilisation des troupes. En parallèle, il doit également mettre un terme à un certain nombre d’insurrections qui se déclenchent dans le Sahara.
Ce n’est qu’à la fin du mois de janvier 1920 que Nivelle est à nouveau investit de fonctions militaires en Métropole. Le 30, il est en effet nommé membre du Conseil Supérieur de la Guerre puis inspecteur du gouvernement militaire de Paris et des 14e et 15 corps d’armée coloniale. Le 28 décembre il est également élevé à la dignité de Grand’Croix de la Légion d’Honneur. L’année suivante, il est nommé président de la commission interalliée de Berlin. Lorsqu’il atteint la limite d’âge, en octobre 1921, il est maintenu en activité sans limite de durée.
Il décède finalement à son domicile parisien le 22 mars 1924. Il bénéficie alors de funérailles nationales et, en 1931, sa dépouille est transférée dans le caveau des gouverneurs aux Invalides.

 


Sources et bibliographie

• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote LH/1993/18.
• ROLLAND Denis, Nivelle, L’inconnu du Chemin des Dames, Imago, 2012, 360 pages.
• Service Historique de la Défense, Dossier individuel, Cote 9Yd651.
 


Notes

[1] Il est 102e sur 267 élèves au moment du passage dans la 1ère division et 80e sur 258 à sa sortie.
[2] A l’issue de celle-ci, il est 85e des 132 élèves de sa promotion.
[3] Nivelle y est nommé chef du 1er bureau.
[4] Ce dernier constitue l’artillerie de la 41e DI.
[5] Il constitue l’artillerie du 7e corps d’armée.
[6] Il s’agit de l’une des brigades composant la 14e DI.
[7] Auparavant, il a été nommé Chevalier le 9 juillet 1895, Officier le 31 décembre 1912 et Commandeur le 9 mai 1915.
[8] Parlant couramment anglais, Nivelle fait forte impression sur ces derniers. Lloyd George, premier ministre britannique, décide alors de placer l’ensemble de ses armées sous son commandement et de lui offrir leur concours pour la grande offensive à venir.
[9] Les raisons de l’échec sont multiples, et il faut notamment mentionner le renforcement considérable des défenses allemandes suite à la capture d’un sergent du 3e régiment de zouaves portant sur lui une partie des plans de l’attaque.
[10] Tués, blessés et disparus confondus. Ces lourdes pertes sont l’un des déclencheurs des vagues de mutineries qui frappent l’armée française à partir du mois de mai 1917.
[11] Le gouvernement lui promet dans un premier temps le commandement d’un nouveau groupe d’armées mais celui-ci ne sera finalement jamais créé.
[12] Il s’agit du 19e corps d’armée chargé de la défense de toute l’Afrique du Nord, depuis la frontière libyenne jusqu’au Sénégal.