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PELLE Maurice (X1882)

Organisateur de l'Armée Française

 

Né le 18 avril 1863 à Douai (Nord)
Décédé le 15 mars 1924 [1] à Toulon (Var)

Promotion X1882
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : général de division (artillerie)

Maurice Pellé voit le jour à Douai le 18 avril 1863 dans une famille de polytechniciens. Son père, Charles Henri Joseph [2] (X1845), officier supérieur dans l’artillerie, et ses deux frères Maxime Charles Joseph [3] (X1880) et Charles François Joseph [4] (X1885) ont en effet suivi cette voie. A ses vingt ans, après des études secondaires suivies dans des établissements de Grenoble, Tarbes, Orléans puis Paris, Maurice entre à l’X où il suit une brillante formation. Troisième d’une promotion de 243 élèves, il opte pour le corps de l’Artillerie alors que les portes des carrières civiles les plus prestigieuses lui sont ouvertes. Après deux années de perfectionnement à l’École d’Application de Fontainebleau [5], il est affecté au 12e régiment d’artillerie avec le grade de lieutenant. Au cours de ses premières années de carrière, ses affectations changent régulièrement. Le 28 décembre 1889, il est notamment nommé instructeur à l’Ecole de Fontainebleau après avoir suivi, pendant un an, les cours de l’École d’Application de Cavalerie [6] de Saumur.
En avril 1892, après avoir exercé à nouveau des commandements actifs, il est promu capitaine et nommé adjoint à la direction de Nice. L’année suivante, il occupe toujours ces fonctions lorsqu’il est admis à l’École Supérieure de Guerre d’où il sort breveté d’état-major deux ans plus tard [7]. Il est alors stagiaire au sein de l’état-major de l’Armée puis sert en tant qu’officier d’ordonnance puis de rédacteur auprès du ministre de la Guerre à partir de juin 1896.

En 1900, il nommé adjoint du colonel Joffre et devient le chef de son état-major lors de l’installation de la base navale de Diego-Suarez à Madagascar.  Ses qualités d’organisateur sont alors grandement appréciées par ses supérieurs, et notamment par Joffre qui ne manquera pas de s’en souvenir au moment du déclenchement de la Grande Guerre. Le 13 juillet 1903, il est honoré par la France qui le nomme Chevalier de la Légion d’Honneur. Il est alors chef d’escadron d’artillerie [8] breveté hors cadres à la disposition du ministre des Colonies. Peu après, il retrouve des commandements opérationnels, d’abord au 15e régiment d’artillerie de Douai, puis au sein d’états-majors de grandes unités. En 1907, il devient officier d’inspection permanente des écoles militaires ce qui le conduit sur différents théâtres d’opérations où il est promu lieutenant-colonel le 25 décembre 1908.

 

Attaché militaire en Allemagne

Entre 1909 et 1912, Pellé est envoyé en Allemagne avec la fonction d’attaché militaire de l’ambassadeur Jules Cambon. Parfait germaniste, il se familiarise rapidement avec les coutumes de ce pays et, surtout, aux spécificités de son armée. Proche de la cour de Guillaume II et des principaux généraux de l’armée impériale, il rédige de nombreux rapports sur des sujets militaires comme politiques. Dans ces derniers, il alerte à plusieurs reprises le gouvernement français des volontés belliqueuses de l’Allemagne comme par exemple au lendemain de l’incident d’Agadir.
A la fin de l’année 1912, le colonel [9] Pellé prend brièvement le commandement du 8e régiment d’artillerie de Nancy avant d’être envoyé au Maroc en tant que chef d’état-major du Résident Général Lyautey. Il y commande les troupes auxiliaires marocaines en cours de formation.

 

"Dans l'ombre de Joffre" [10]

A la mobilisation, Maurice Pellé commande une brigade de tirailleurs de la division de marche marocaine. Rapidement, il est cependant appelé au Grand Quartier Général (GQG) aux côtés du général Joffre. Dès le 21 d’août 1914, il est nommé 2e Aide Major général du théâtre des opérations du Nord et du Nord-est et est chargé de la logistique et du personnel. Au mois d’octobre, alors qu’il vient d’être promu général de brigade, il décrit ainsi ses fonctions : « Nous sommes deux auprès du général Joffre : l’un s’occupe spécialement des opérations, c’est le général de Castelnau ; l’autre qui fait le reste, c’est moi. Ce reste comprend le recomplètement et le ravitaillement de l’Armée, en particulier l’équipement en artillerie lourde ; puis l’avancement d’une armée de 1 800 000 hommes. »
Le 26 mars suivant, il est nommé Major Général par intérim et poursuit les mêmes missions. Le 28 octobre 1915 il est promu Commandeur de la Légion d’Honneur en raison de la qualité de ses services [11]. A la fin de l’année, ses prérogatives sont encore accrues lorsqu’il est officiellement investit des fonctions de Major Général de la direction supérieure de la guerre et des théâtres d’opérations extérieures. Il ajoute alors à ses charges la gestion des théâtres d’opérations extérieures, et notamment le front d’Orient. A côté de cela, il s’attèle également à des missions à vocation diplomatique. Ainsi, il s’occupe par exemple de l’organisation des conférences interalliées ainsi que de la mise sur pied des missions à l’étranger.
En 1917, suite à la disgrâce de Joffre, le général Pellé est lui aussi contraint de quitter le GQG. Le 4 janvier 1917, il retourne au front après avoir obtenu le commandement de la 153e division d’infanterie. Au sein de celle-ci, il retrouve notamment les troupes marocaines qu’il a lui même formé à la veille de la guerre.  En avril, il les conduit au Chemin des Dames où, il obtient le grade de général de division à titre définitif [12]. Au début du mois de mai, il prend la tête du Ve corps d’armée et participe alors aux attaques dans l’Oise, sur la Marne et en Argonne.

 

Le diplomate

Ce n’est qu’en janvier 1919 que Maurice Pellé quitte son commandement pour jouer un rôle majeur dans la création de l’armée de la jeune république Tchécoslovaque [13]. En effet, sa mise sur pied est urgente car l’existence de ce nouvel État est menacée de toutes parts. La France envoie alors une mission militaire à Prague avec le général à sa tête. Dès le mois de juin, ce dernier se voit confier les rennes de la nouvelle force militaire afin de contrer notamment l’invasion des Hongrois menée par Bela Kun.  Le 11 janvier 1920 il est fait Grand-Officier de la Légion d’Honneur.
A la fin de l’année suivante, on retrouve le général au poste d’ambassadeur de France à Constantinople [14]. Il quitte alors l’uniforme pour endosser le costume de diplomate. En 1923, il participe notamment aux discutions définissant les nouvelles frontières de la Turquie qui aboutissent à la signature du Traité de Lausanne, le 24 juillet.
A la fin de l’année, l’officier décide de se retirer temporairement pour se reposer en France. Après deux séjours à l’hôpital, il décède finalement des suites d’une leucémie le 15 mars 1924 [15]. Le jour même, il est élevé à la dignité de Grand’Croix de la Légion d’Honneur.
Outre ses états de service militaires et politiques, Maurice Pellé a également fait preuve de talents d’artiste tout au long de sa carrière. Ainsi, il a réalisé plusieurs carnets de croquis au cours de ses différents voyages, qui sont aujourd’hui autant de témoignages de sa carrière remarquable.
 

>Retrouvez l'exposition virtuelle qui lui est consacrée

 


Sources et bibliographie

• Archives de l’École polytechnique , Dossier X1A (1882) et fonds privé Maurice Pellé (1882).
Dans l’ombre de Joffre, Le général Pellé, militaire, diplomate et artiste, Catalogue de l’exposition réalisée par le Mémorial de Verdun, 15 février - 3 septembre 2012.
• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote LH/2084/16.
• GRANDHOMME Jean-Noël, SANDIFORD-PELLE Isabelle, SAVIGNOL Alain, La guerre ne tardera pas, Correspondance de Maurice Pellé, attaché militaire de France à Berlin de 1909 à 1912, Armand Colin, 2014, 288 p.
• MATTATIA Ronald, « Le général Maurice Pellé », Bulletin SABIX, n°43, mai 2009.
• Service Historique de la Défense, Dossier individuel, Cote 13Yd672.
 


Notes

[1] Certains documents mentionnent son décès le lendemain, 16 mars 1924.
[2] Charles Pellé finit sa carrière comme général de brigade, directeur de l’Ecole polytechnique.
[3] Ce dernier fait carrière dans le corps des Mines.
[4] Cadet de Maurice, il est pour sa part admis dans le corps des Ponts et Chaussées avant de se lancer dans une carrière industrielle.
[5] Il est 1er de sa promotion de 89 élèves en 1886.
[6] Pellé en sort 2e sur 25 en 1889.
[7] Il est alors second de sa promotion et obtient la mention « très bien ».
[8] Il a été promu le 2 avril 1902.
[9] Il est promu le 8 octobre 1911.
[10] Titre emprunté à l’exposition qui s’est tenue au Mémorial de Verdun en 2012.
[11] Il a entre temps été fait Officier le 10 juillet 1913.
[12] Le 18 avril 1917.
[13] Cette dernière a été proclamée en octobre 1918.
[14] Officiellement, il est nommé Haut-commissaire de la République française en Orient.
[15] Le 22 mars, il bénéficie d’obsèques solennelles aux Invalides.