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ROQUES Pierre (x1875)

Père de l'aviation militaire française

 

Né le 28 décembre 1856 à Marseillan (Hérault)
Décédé le 26 février 1920 à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine)

 

Promotion X1875
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : général de division (génie)

Pierre Auguste Roques naît à Marseillan le 28 décembre 1856. Remarqué pour ses bons résultats scolaires, il obtient une bourse d’étude qui lui permet de préparer le concours d’entrée à l’X. A ses 19 ans, il le réussit et suit une scolarité dans la moyenne à l’École polytechnique. 188e sur 254 élèves à la sortie, il opte pour le Génie et part se perfectionner à l’École d’Application de l’Artillerie et du Génie de Fontainebleau. A son issue, le 1er octobre 1879, il est promu lieutenant et affecté au 2e régiment du génie de Montpellier.

 

Le colonial

Le 30 décembre 1880, le jeune officier embarque pour les colonies. Son premier voyage l’emmène dans le Sud de l’Algérie où, après avoir aidé à repousser des bandes rebelles qui y sévissent, il contribue à la construction du premier chemin de fer conduisant au Maroc, construit des routes et aménage des postes. Il y est promu capitaine le 13 octobre 1882 et est affecté à l’état-major particulier au début de l’année suivante. En septembre 1885, après un séjour de quelques semaines à Marseille, il est envoyé en Extrême-Orient, au Tonkin. Il y participe à l’établissement de postes, et notamment celui de la citadelle de Hué, où il est nommé chef du génie le 13 mars 1887. Le 5 juillet suivant, il est honoré de la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur. Après avoir été rapatrié à Toulon au mois d’août 1888, Pierre Roques est affecté au 1er régiment du génie de Versailles à la mi-novembre avant d’être envoyé à l’état-major particulier de l’arme quelques semaines plus tard. Il en est détaché au ministère de la Guerre où il travaille sur des questions relatives aux magasins de poudre, au casernement et à l’emploi du ciment.
Le 20 juillet 1892, il arrive au 2e régiment du génie pour prendre la tête du génie du corps expéditionnaire envoyé au Dahomey [2] pour y soumettre le roi qui a envahi le royaume voisin de Porto Novo, alors protégé par la France. Roques y prend part à différents combats, conduit de nombreux chantiers et est promu chef de bataillon le 17 décembre 1892. Malade, il est toutefois rapatrié au printemps suivant et retrouve Marseille pour un congé de convalescence. A la fin de l’année, il prend la tête d’un bataillon du 5e régiment du génie de Versailles. A la fin de l’été 1894, il sert au ministère des Colonies où il est employé à la direction de la défense puis au comité technique militaire.
C’est ensuite à Madagascar qu’il fait escale. Il y est envoyé le 22 janvier 1897 afin de remplir les fonctions de chef du génie du corps d’occupation et de mener à bien la construction du chemin de fer entre Tamatave et Tananarive. Devenu proche du général Gallieni, ce dernier le nomme directeur du service du génie et des bâtiments civils de toute la colonie l’année suivante ce qui le conduit à nouveau à réfléchir à différentes questions techniques [3]. En 1898, il est également promu lieutenant-colonel le 3 mars et Officier de la Légion d’Honneur le 29 décembre. L’officier poursuit sa carrière militaire de manière fulgurante. Dès le 12 octobre 1901 il est en effet élevé au grade de colonel puis à celui d’ingénieur en chef de 1ère classe quelques jours plus tard. Il reste à Madagascar jusqu’au mois d’octobre 1905. Les travaux ferroviaires lui prennent près de huit ans et nécessitent nombre de prouesses techniques pour franchir les accidents du terrain [4].

 

Pionnier de l'aviation militaire

En janvier 1906, Pierre Roques est nommé directeur du Génie au ministère de la Guerre [5]. Promu général de brigade le 25 mars, alors qu’il n’a pas encore cinquante ans, il suit d’un œil attentif les progrès d’une nouvelle discipline qui lui semble promise à un avenir certain : l’aviation [6]. Il est alors chargé de la développer en mettant sur pied les bases de cette arme nouvelle placée dans un premier temps sous le patronage du Génie. Le 10 juillet 1907, son action lui vaut le grade de Commandeur de la Légion d’Honneur. Promu divisionnaire le 27 octobre 1909, il devient le premier inspecteur permanent de l’aéronautique militaire. A ce poste, il s’occupe du recrutement [7] et de la formation des pilotes et de l’aménagement des infrastructures dédiées à l’aviation [8]. En 1911, son service est à l’initiative d’un concours d’aéroplanes militaires à Reims afin de juger et d’acheter les premiers avions de l’Armée Française. Si la représentation révèle des appareils prometteurs, le succès est incomplet car seuls 8 machines sur 71 sont classées et plusieurs pilotes aguerris ont trouvé la mort. Ce demi-échec coûte son poste au général Roques [9]. L’année suivante, le 29 mars 1912, l’Aviation militaire française est officiellement inaugurée et devient la première force aérienne dans le monde.
En dépit de ses succès, l’officier reçoit à nouveau un commandement actif le 9 avril 1912, date à laquelle il est mis à la tête de la 7e division d’infanterie à Paris. Le 11 juillet suivant, il est également élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d’Honneur. Avec sa nouvelle unité, il participe à différentes manœuvres au cours desquelles il se fait remarquer par ses supérieurs. De ce fait, dès le 18 août 1913, l’état-major lui confie le commandement du 12e corps d’armée à Limoges.

 

Le général Roques dans la Grande Guerre

Lorsque la guerre éclate, le général Roques est toujours à la tête de cette unité rattachée alors à la IVe armée du général Langle de Cary. Dès le mois d’août, il est envoyé en Meuse puis en direction de la Belgique, où il se confronte pour la première fois aux forces allemandes au cours de la bataille des Ardennes. Alors contraint à la retraite, il finit par se reprendre au début du mois de septembre, lors de la bataille de la Marne, au cours de laquelle il mène quelques contre-attaques victorieuses. A la fin de l’année, on le retrouve en Champagne où il combat du côté de Souain.
Dès le 6 janvier 1915, Roques change d’affectation et est nommé commandant de la Ière armée en remplacement du général Dubail. Un peu moins d’une semaine plus tard, il est élevé à la dignité de Grand’Croix de la Légion d’Honneur. Ses nouvelles fonctions le mettent en charge d’un vaste secteur entre la Meuse et la Meurthe et Moselle. Il y est notamment confronté à la première bataille de la Woëvre [10] qui se déroule au sud-est de Verdun au cours du printemps 1915.


Le général Roques, vis-à-vis du Président Poincaré sur un véhicule de voie de 60 dans la zone de la Ière armée.
Source : La Jaune et la Rouge, N°119, septembre 1958, p. 40.

 

Ministre de la Guerre

Le 16 mars 1916, le général Roques est appelé par Aristide Briand au poste de ministre de la Guerre, en succession au général Gallieni qui vient démissionner [11]. Dans cette fonction, il poursuit l’œuvre de son prédécesseur et se révèle être un excellent diplomate, tant avec le Grand Quartier Général qu’avec les politiques. Au mois de novembre, il est envoyé en mission d’inspection en Italie puis à Salonique et dans les Balkans. A son retour en France, le 12 décembre, il est toutefois contraint de céder son ministère au général Lyautey.


Le général Joffre et le général Roques le 27 mars 1916, jour de la conférence des alliés.
[photographie de presse] / Agence Rol - Source : Gallica / Bnf

D.R.
 

D’abord mis en disponibilité, il est nommé commandant de la IVe armée le 31 décembre 1916 et retourne au front en Argonne et en Champagne. Il n’occupe toutefois ce poste que peu de temps car, dès le 26 mars 1917, il est nommé inspecteur général des travaux du génie de la zone des armées. Sa disgrâce auprès des décideurs de l’armée française, et notamment du général Pétain, semble alors se confirmer. A partir du 11 juillet, il ajoute à sa fonction celle de président de la Commission centrale du Génie. Le 27 décembre, il reçoit le titre général d’inspecteur général des travaux et organisations aux armées, du contrôle des travaux, installations, communications, organisations offensives et défensives dans la zone des armées des différents théâtres d’opérations. Par la suite ses prérogatives seront même étendues au front britannique.
Au lendemain de l’Armistice, le 23 novembre 1918, il est nommé président du Comité technique du Génie. A la fin de l’année, le 28 décembre, il est placé dans la 2e section en raison de son âge mais il est toutefois maintenu à son poste.
Après une dernière mission au Luxembourg, au début de l’année suivante, il est définitivement placé dans la section de réserve le 24 et se retire alors à Saint-Cloud. Le 26 février 1920 il y décède d’une anémie pernicieuse, probablement liée à ses séjours prolongés dans les colonies. Inhumé dans un premier temps à Marseillan, son corps est transféré aux Invalide.

 


Sources et bibliographie

• Archives de l’École polytechnique, Dossier VI2A2 (1875).
• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote LH/2382/14.
La Jaune et la Rouge, N°119, septembre 1958.
• Service Historique de la Défense, Dossier individuel, Cote 9 Yd 491.
 


Notes

[1] Remerciements : Jean-Noël Grandhomme, Alain Savignol.
[2] Il s’agit de l’actuel Bénin.
[3] Ses réalisations lui vaudront d’être nommé ingénieur en chef de 2e classe des travaux publics des colonies le 13 novembre 1899.
[4] Pour construire les 150 kilomètres de voies il aura fallu percer cinq tunnels et construire trente et un ponts.
[5] Il succède à ce poste au général Joffre, son ami depuis leur rencontre à l’École polytechnique.
[6] Passionné par l’aviation, le général Roques vole lui même à bord des premiers avions.
[7] En 1910, le général Roques lance un appel à candidature dans tous les Corps d’Armée pour trouver des pilotes et des mécaniciens.
[8] Sous sa direction, les « établissements aéronautiques » deviendront « escadrilles », et les « aéroplanes » sont dénommé « avions », en hommage à l’ingénieur Clément Ader.
[9] Source : [En ligne]
www.hydroretro.net/etudegh/grand_concours_d_aviation_militaire__reims_1911.pdf
[10] Les plus illustre combats sont sans nul doute ceux qui se sont déroulés sur la crête des Eparges, au cours desquels se sont notamment illustrés Maurice Genevoix et Ernst Jünger.
[11] Ce dernier décède des suites d'une opération chirurgicale le 26 mai suivant.