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X

SANGNIER Marc (X1895)

Pionnier de la démocratie chrétienne

 

Né le 3 avril 1873 à Paris
Décédé le 28 mai 1950 à Paris

 

Promotion X1895
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : chef de bataillon (génie)

Fils d’un avocat parisien, Marc Sangnier voit le jour dans une famille aisée et pieuse le 3 avril 1873. Très tôt, il laisse transparaître un intérêt pour les sciences. Déjà au cours de ses études au collège Stanislas [2], il s’intéresse aux questions sociales. Malgré cela, il s’inscrit tout de même en classe de mathématiques spéciales afin de préparer le concours d’entrée à l’École polytechnique. Il échoue à sa première tentative et initie alors la création d’un lieu de réflexion politique, économique et sociale : la Crypte [3]. A la fin de l’année 1894, il est cependant appelé au 1er régiment du génie de Versailles où il fait ses classes pendant une année [4]. A ses 22 ans, il est admis à l’X et, comme cela est d’usage, contracte un engagement volontaire de trois ans dans l’artillerie. Deux ans plus tard, en 1897, il est dernier de sa promotion de 222 élèves et ne demande pas de service pour se consacrer à une carrière civile [5]. Il est toutefois nommé sous-lieutenant de réserve au 6e bataillon du 1er régiment du génie de Toul [6]. Bien que le rôle d’officier lui convienne mieux que celui de simple troupier qu’il a vécu trois ans auparavant, il ne s’accommode que difficilement à sa nouvelle situation et, au bout de quelques mois, il est chargé de l’éducation morale des soldats de son bataillon. Il démissionne tout de même de l’armée à l’issue de son année de service obligatoire.
Dès le mois de janvier 1899, Marc Sangnier prend la direction du Sillon [7], une revue philosophique à laquelle il donne une teneur militante et qui prête rapidement son nom à un mouvement d’éducation « populaire, démocratique et religieuse ». Ayant hérité du talent d’orateur de son père et de son grand-père [8], le polytechnicien use du verbe pour diffuser ses idées humanistes et chrétiennes, notamment chez les plus jeunes générations [9]. Dans un premier temps, ses réussites lui valent le soutien des autorités religieuses de France et même la bénédiction du pape Pie X en 1904. Toutefois, le Sillon entre rapidement en concurrence avec l’ACJF [10] et se heurte à l’extrême gauche puis, au lendemain de la loi de séparation de l’Église et de l’État, à l’Action Française. Le 25 août 1910, les dirigeants du mouvement sont sommés de se soumettre aux autorités épiscopales par une lettre d’avertissement du Vatican et abandonnent l’action religieuse pour l’action politique. Ils créent alors un nouvel organe de diffusion, un quotidien intitulé La Démocratie, et, en 1912, un nouveau mouvement : la Ligue de la Jeune-République. Ce dernier prône un équilibre social et un renouveau du monde politique. En 1913, il sent toutefois la guerre prochaine lorsqu’il déclare [11] dans son journal : « Si je suis pacifiste, si je veux la paix, je croix à la guerre. Un vrai pacifiste doit se sentir le cœur et les reins assez solides pour accepter virilement le plus effroyable déchaînement de guerres. »


Marc Sangnier lors du congrès national du Sillon de 1909
Collection particulière / Droits réservés

 

La Grande Guerre

Ses prémonitions s’étant avérées exactes, Marc Sangnier est mobilisé le 3 août 1914, et se retrouve lieutenant à la compagnie 8/3 du 8e bataillon territorial du génie à l’âge de 40 ans [12]. Au début du conflit, cette unité est affectée à la place de Langres (Haute-Marne), où elle sert dans différentes fortifications disposées autour de la ville, et notamment au fort de Dampierre. A la fin du mois de janvier 1915, la compagnie quitte l’arrière pour le front de la Xe armée. Le 24, elle arrive à Aubigny, dans la région d’Arras, où elle est mise à la disposition du 33e corps d’armée [13]. Avec ce dernier, le lieutenant Sangnier découvre la dure vie des tranchées en conduisant différents travaux en première ligne [14]. Il gagne également ses galons de capitaine [15] à la fin du mois de mars 1915 et prend le commandement de sa compagnie [16]. Il la conduit alors à travers la seconde bataille de l’Artois au mois de mai puis mène divers aménagements défensifs dans ce secteur.
Le 25 juin 1916 il est cité à l’ordre du régiment. Le lendemain, il est envoyé en mission spéciale en Italie auprès de la Croix-Rouge. Sous couvert de celle-ci, il sollicite également une entrevue au Vatican avec Benoit XV à la demande d’Aristide Briand, ministre des Affaires Étrangères. Le 19 août, il est ainsi reçu par le pape avec qui évoque notamment les problèmes politiques liés à la Grande Guerre.
Le 10 janvier 1917, Sangnier est transféré au dépôt du 1er régiment du génie, puis à celui du 7e le 15 mars suivant. Il participe alors à l’instruction des jeunes appelés de la classe 1918 avant de s’en retourner au front à partir du mois de mai. Lors de l’épreuve de la guerre, au delà de ses idées humanistes, Sangnier s’avère être un fervent patriote. Au cours d’une permission, il dira ainsi des Allemands que « nous avons peut-être le devoir d’en tuer beaucoup, [mais que] nous n’avons pas le droit d’en haïr un seul. »
A partir de 1918, on lui confie une tâche bien plus proche de ses aspirations : l’entretien du moral des troupes. Ainsi, il met sur pied différentes « animations » telles que des conférences ou des projections. Ce rôle lui permet de se déplacer sur l’ensemble du front et de rencontrer nombre de soldats avec qui il évoque leurs soucis. En parallèle, il faut également souligner le fait que sa maison familiale est devenue un hôpital placé sous la direction de sa mère.
A l’issue du conflit, il est titulaire de la Croix de Guerre [17] et du grade de Chevalier de la Légion d’Honneur [18]. Le 26 décembre 1918 il est également promu au grade de chef de bataillon.

 

L'"éveilleur d'âmes" [19]

Une fois démobilisé, Marc Sangnier reprend sa place au sein de son mouvement et tente de lui donner un second souffle. Afin de donner plus d’écho à son action, il décide de se représenter [20] aux élections législatives au sein du « bloc national ». Le 16 novembre 1919 il est élu mais, rapidement, il voit ses rêves d’unité politique s’éloigner. Cela ne l’empêche toutefois pas de faire voter différentes lois visant à réformer le paysage politique et à développer certaines mesures sociales en France. Au niveau international, il prône également la réconciliation franco-allemande ainsi que la fin de l’occupation de la Ruhr par les troupes de l’Entente. Trop radical pour adhérer à un groupement politique existant, il fonde, avec des députés partageant ses vues, le parti démocrate populaire en 1924. La même année, il n’est toutefois pas réélu et abandonne toutes visées politiques en 1932.
Il décide alors de se consacrer exclusivement à l’éducation pacifiste. Dans ce but, il anime différentes réunions, fonde un nouveau journal, L’Éveil des Peuples, et crée des structures concrètes telles que des centres de rencontre et d’hébergement de réfugiés. En 1929, il a également ouvert la première auberge de jeunesse française et fondé la Ligue française pour les Auberges de Jeunesse qu’il préside jusqu’à son décès. Le 30 janvier 1939, son action est saluée par sa promotion au grade d’Officier de la Légion d’Honneur par le ministre de l’Éducation Nationale.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Marc Sangnier aide la résistance en mettant à sa disposition son imprimerie [21]. A la Libération, alors qu’il est président d’honneur du Mouvement Républicain Populaire [22], il est une nouvelle fois élu à l’Assemblée Nationale et conserve son mandat jusqu’à sa mort.
Marc Sangnier décède finalement à son domicile du VIIe arrondissement de Paris le 31 mai 1950. De sa riche carrière, il a laissé derrière lui de nombreux ouvrages parmi lesquels on peut notamment citer des titres tels que La Lutte pour la Démocratie (1908), Conférences aux soldats sur le Front (1918) ou encore Le Combat pour la Paix (1937).


En 1960, la Poste émet un timbre commémorant les 10 ans de la disparition de Marc Sangnier.
Collection particulière / Droits réservés

 


Sources et bibliographie

• Archives de l’École polytechnique, Dossier X1A (1895).
• Archives de Paris, Registres matricules, D.4R1 751.
• Dossier personnel de bénéficiaire de la Légion d’Honneur en ligne dans la base Leonore, cote LH/2441/42.
• LEFÈVRE Denis, Marc Sangnier, L'aventure du catholicisme social, Mame, 2008, 330 pages.
• Service Historique de la défense, JMO de la Compagnie 8/3T du génie, 26N1321/3.

 


Notes

[1] Remerciements : Emmanuel Dubail.
[2] Dans cet établissement tenu par des prêtres, il obtient son baccalauréat en sciences et en lettres et remporte un premier prix de philosophie au concours général de 1891.
[3] Ce nom est tiré du fait que les premières « réunions » de Sangnier aient eu lieu dans une salle du sous-sol du collège Stanislas. Ce mouvement naît dans le contexte du ralliement des catholiques à la République prôné par le pape Léon XIII.
[4] Peu habitué au monde de la caserne, son expérience militaire lui laisse un goût amer.
[5] En parallèle à sa formation à l’X, Marc Sangnier a également obtenu une licence en droit en 1898.
[6] Par la suite, il effectue différentes périodes d’exercices au 20e bataillon du génie puis à Versailles en 1900, 1902 et 1904.
[7] A l’origine, ce périodique est fondé par Paul Renaudin en 1894.
[8] Ce dernier n’est autre que Charles Lachaud, avocat du général Bazaine et de Gustave Courbet.
[9] Son objectif est alors de sortir de l’opposition entre les catholiques monarchistes et les anticléricaux républicains.
[10] Fondée en 1886, l’Association Catholique de la Jeunesse Française s’oppose au libéralisme et au socialisme et demande des réformes sociales.
[11] 20 juillet 1913.
[12] La Démocratie suspend alors sa parution.
[13] La compagnie passe sous les ordres du 10e CA le 4 mars suivant.
[14] Il participe notamment à des travaux de mines.
[15] Il est alors nommé capitaine à titre temporaire. Son grade est confirmé définitivement le 28 juillet 1915.
[16] A partir du 31 mars 1915, c’est vraisemblablement lui qui est chargé de la rédaction du JMO de son unité.
[17] Sa citation rend hommage à ses aptitudes militaires. « Officier d’une compétence technique et d’un courage éprouvé, qui a dirigé avec le plus grand zèle pendant dix-huit mois des organisations défensives sur les premières lignes en divers points du front. »
[18] Il obtient ce dernier en date du 10 juillet 1918. Il est alors « capitaine territorial » au 7e régiment du génie d’après son dossier individuel de légionnaire.
[19] MAGNE Raymond, Notre Marc, Souvenirs sur Marc Sangnier, 24 pages.
[20] En 1914, il a déjà été candidat, mais sans succès, dans la circonscription de Vanves (Hauts-de-Seine).
[21] Cela lui vaudra plusieurs semaines d’emprisonnement.
[22] Ce mouvement créé en 1944 est l’héritier du Parti Démocrate Populaire.