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VAGNEUX Eugène (X1906)

Né le 10 avril 1886 à Recologne (Doubs)
Décédé le 19 octobre 1962

 

Promotion X1906
Grade le plus élevé atteint au cours de la carrière : chef d’escadron de réserve (artillerie)

Eugène Vagneux naît dans le Doubs le 10 avril 1886. A vingt ans, il réussit le concours de l’École polytechnique où il entre le 10 octobre 1907, après un an de formation militaire au 5e Régiment d’Artillerie de Besançon. Arrivé 146e à l’X, il est 48e à son passage à la première division et sort finalement 83e sur 153 élèves. Son choix se porte alors vers l’artillerie et il part se perfectionner à l’École d’Application de l’Artillerie et du Génie le 11 octobre 1909.
Il achève cette nouvelle formation un an plus tard avec le grade de lieutenant et est affecté au 9e régiment d’artillerie. Au mois de mars 1912, il démissionne cependant de ses fonctions militaires. Il est alors recruté par Gabriel Chanove [1] (X1862) pour réaliser des études sur l’industrie minière et métallurgique en Pologne russe. Deux ans plus tard, il est toutefois rappelé sous les drapeaux au moment de la mobilisation générale [2].

A l’été 1914, Vagneux est lieutenant puis capitaine de réserve au sein du 5e régiment d’artillerie. Il n’y reste cependant que peu de temps car, dès le 7 janvier 1915, il quitte le front d’Alsace pour rejoindre la 3e Direction du Ministère de la Guerre. Il est alors désigné pour mettre sur pied la mission militaire technique française en Russie [3] au sein de laquelle il devient adjoint au chef de mission, le colonel Pyot (X1889). Cette dernière a pour but principal de redresser l’outil industriel russe afin qu’il puisse assurer la production des armes et des munitions indispensables à l’effort de guerre de l’armée du tsar. Malgré quelques difficultés à se mettre en route, cette mission permet d’équiper convenablement les divisions russes dès l’automne 1916.
Au cours de l’hiver 1915-1916, outre ses activités industrielles, l’officier est également chargé de la formation des artilleurs russes à l’usage des obus explosifs, et notamment ceux à la mélinite qui sont alors fabriqués en Russie. Quelques semaines plus tard, il doit également convaincre l’État-major russe de déplacer son effort vers le Sud, ce qui débouche sur l’offensive Broussilov qui, en juin 1916, conduit les troupes impériales jusqu’en Autriche-Hongrie.
L’action de Vagneux est également d’ordre diplomatique. Ainsi, à l’été 1916, il est missionné pour démontrer à la Roumanie, devant entrer en guerre peu après [4] aux côtés de l’Entente, que la France et la Russie seraient en mesure de lui faire parvenir du matériel de guerre par chemin de fer. Quelques semaines plus tard, alors que la jeune armée roumaine se trouve en mauvaise posture face aux divisions aguerries des Allemands, la France décide de l’envoi d’une mission militaire commandée par le général Berthelot. Dans l’attente de son arrivée, Vagneux reste en place et assure la liaison entre les états-majors roumains et russes. Cette mission est peu aisée dans la mesure où il s’agit là de deux ennemis de longue date qui doivent désormais collaborer pour éviter l’envahissement de la Roumanie. Lorsque les Français arrivent au mois d’octobre, le général Berthelot demande à ce que l’expérience du polytechnicien soit mise à la disposition du 4e bureau de son état-major. Ce-dernier est alors commandé par le capitaine Champin (X1894) avec qui Vagneux collabore jusqu’à son départ, en novembre 1916. L’année suivante, outre les différentes missions qui lui sont confiées, ce dernier se trouve aux premières loges pour observer les mouvements révolutionnaires qui vont transformer la Russie pour les décennies à venir.
Suite à la volonté de Lénine de signer une paix séparée, l’officier se trouve dans l’obligation de rejoindre Kiev à la fin du mois de novembre 1917. Avec le général Tabouis, nommé pour l’occasion Haut-commissaire interallié en Ukraine [5] par Clémenceau, Vagneux, promu pour sa part chef de cabinet, tente de ramener l’Ukraine sous l’influence de l’Entente alors que s’y trouvent de nombreux soldats antigermaniques et antibolchéviques [6]. Dans leur mission, ils sont assistés par deux commissaires, un anglais et un italien, ainsi que par une partie des officiers de la mission Berthelot rendus disponibles par la capitulation de la Roumanie en décembre 1917. Dès le mois de janvier 1918, une armée ukrainienne est mise sur pied. Celle-ci, relativement hétéroclite, se compose d’une majorité de troupes russes auxquels viennent s’ajouter douze divisions d’irrédentistes ukrainiens, deux divisions yougoslaves, une division roumaine, cinq divisions tchèques et quatre divisions polonaises. La mise sur pied de cette armée permet de tenir un front solide face aux troupes allemandes et austro-hongroises mais également face à l’armée rouge. Bien que la balance des troupes soit largement défavorable à l’Ukraine, ces engagements permettent de mobiliser un important nombre de divisions de la Triplice sur le front de l’Est. Au début du mois de février, Vagneux est toutefois envoyé auprès des autorités russes avec lesquelles il négocie le passage des divisions polonaises et tchèques à travers la Russie vers Vladivostok ainsi que le rapatriement des Français venus à l’Est dans le cadre des missions militaires successives.

Au début du mois d’avril 1918, après un long voyage retour jusqu’en France, l’officier est affecté provisoirement au commandement d’un centre d’instruction d’artillerie. Cela ne dure toutefois qu’un temps. Dès juin, il est désigné pour faire partie de l’état-major du général Janin qui doit prendre la tête d’une armée interalliée [7] dans le but de secourir les troupes tchèques attaquées par l’armée rouge au cours de leur voyage vers Vladivostok. Atteint par la grippe espagnole, Vagneux ne rejoint le quartier général de l’armée de Sibérie qu’au début l’année 1919. Il est alors chargé d’une mission d’inspection de plusieurs mois qui le fait parcourir l’ensemble de ce front. Au mois de janvier, il reçoit officiellement son ordre de démobilisation. Il ne quitte cependant son poste que deux mois plus tard, une fois que des officiers parlant le russe arrivent auprès du général Janin pour l’assister. Il s’en retourne alors vers la métropole et, après diverses péripéties, arrive à Paris le 12 mai 1919 [8].
La majeure partie de son temps est alors consacrée à sa carrière professionnelle qui le conduit aux quatre coins du monde. A son retour en France, il retrouve Marcel Champin avec qui il avait lié connaissance pendant la guerre et qui lui avait proposé le poste de directeur-général de la Société Cotonnière russo-française qu’il accepte. Il effectue alors différents stages dans des industries textiles en France mais ne peut rejoindre Moscou. Il s’installe ainsi dans Caucase où il met sur pied un important négoce de coton. Il y est toutefois surpris quelques mois plus tard, en avril 1920, par une offensive de l’armée rouge en direction de la Pologne qui entraine avec elle les républiques caucasiennes dans la guerre contre les bolchéviques. Il se retrouve alors prisonnier de ces derniers à Bakou pendant une centaine de jours. Il est finalement libéré le 6 juillet en échange d’une rançon.
Par la suite, sa carrière professionnelle est moins documentée. On sait toutefois qu’elle l’a conduit à travers le monde entier, aussi bien en Amérique qu’en Asie ou encore au Moyen Orient.
Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le commandant Vagneux est une nouvelle fois rappelé à l’activité. Il est cette fois affecté au dépôt d’artillerie N°27 puis, quelques mois plus tard, au centre d’organisation d’artillerie de Vannes. En avril 1940, il est notamment chargé par le GQG français d’analyser la Campagne de Pologne.

Il décède finalement le 19 octobre 1962 à l’âge de 76 ans.

 


Sources et bibliographie

• Archives de l’École polytechnique, Dossier X1A (1906).
• Archives départementales du Doubs, Registres matricules, 1R809.
• VAGNEUX Eugène, Mes expériences à travers le monde.
 


Notes

[1] Ce dernier est alors propriétaire de la Gewerkschaft Renard qui, en 1912, produit, entre autres, plus d’un millions de tonnes de charbon par an.
[2] Travaillant alors essentiellement en Russie, Vagneux devance l’appel à la mobilisation afin de pouvoir traverser l’Allemagne pour rejoindre son régiment.
[3] Cette dernière est essentiellement composée de techniciens militaires et industriels. Parmi ces derniers, on retrouve plusieurs polytechniciens.
[4] La Roumanie mobilise ses troupes le 16 août et déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie le 27.
[5] Ce pays a entre temps été reconnu comme état indépendant.
[6] Il s’agit principalement de déserteurs tchécoslovaques favorables à l’Entente mais aussi de combattants russes désireux de remettre la famille impériale sur le trône.
[7] Celle-ci est essentiellement composée de troupes de Tchèques et de Russes Blancs de l’amiral Koltchak mais on y trouve également des fortes canadiennes, américaines, japonaises ainsi que quelques unités françaises.
[8] Par la suite Eugène Vagneux effectue encore plusieurs stages volontaires au sein de différentes unités d’artillerie. Le 17 juin 1933, il est d’ailleurs nommé chef d’escadron de réserve.