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Série “Engagement citoyen à l’X”

Ses voyages forment la jeunesse

Simon Chazel, élève de 1ère année à l’École polytechnique, réalise son stage de formation humaine au sein de l’association « L’enfant @ l’hôpital » créée en 1986. Il parcourt la France pour rendre visite à des jeunes handicapés et à des collégiens en difficultés.

Le lundi est une journée particulière pour les enfants de l’Institut d’Education Motrice de Richebourg dans les Yvelines. « Une récréation durant laquelle ils apprennent beaucoup », considère l’institutrice Anaïs Lebioda. Depuis cinq mois, six filles et garçons reçoivent la visite de Simon Chazel. Ce stagiaire polytechnicien de 19 ans prend le train depuis la gare Montparnasse à Paris. Une heure plus tard, il arrive sur le quai de Tacoignières-Richebourg où Anaïs l’attend dans sa voiture. Après quelques minutes de route, ils atteignent le parc entourant cette structure spécialisée pour les jeunes souffrant de handicap moteur et mental. Sur le chemin de terre menant au centre, Simon lève la tête. Il aperçoit deux silhouettes depuis la fenêtre. « Ce sont Audrey et Olivia qui guettent notre arrivée », explique-t-il avec un sourire dans la voix. Aux yeux des enfants, Simon incarne la figure du voyageur. Après Richebourg le lundi, il se rend à Nantes le mardi, à Dijon le jeudi et enfin à Paris le vendredi. Dans la salle de classe, Il leur parle de pirates, de perroquets, de grottes et d’une île « Kho Lanta » dont le nom leur est familier grâce aux plages de sables blanc immortalisées dans l’émission télévisée éponyme. Tel un magicien au milieu des enfants, Simon ouvre sa mallette dont il sort son ordinateur. Audrey, Olivia, Farès, Léa, Laura et Mamadou attendent le début de l’histoire avec impatience. Laura, 11 ans, s’amuse à questionner Simon et en profite pour perturber la classe. L’enfant, pourtant fluette, pousse avec énergie son fauteuil roulant et s’installe près de Farès. Assises l’une à côté de l’autre, Audrey et Olivia étouffent des rires.

Faire le lien entre le centre d’éducation et le monde extérieur

Comme lors de chaque séance, Simon lit à haute voix les aventures de Claire et Maximilien, deux jeunes globe-trotteurs de vingt-trois ans partis faire un tour du monde. Avant leur départ, les voyageurs sont venus rendre visite aux six enfants. « Ce sont des « vraies » personnes, pas juste des héros de livres ou de films, et ils viennent jusque dans leur classe pour les voir, pour eux c’est incroyable, constate l’institutrice, ravie de leur enseigner la géographie autrement qu’avec les cartes du monde affichées sur les murs de la classe. Ils font aussi des mathématiques en calculant le nombre de kilomètres parcourus par les voyageurs, cela rend le cours plus vivant ». Cette correspondance avec le couple de jeunes voyageurs est rendue possible grâce à la plateforme web Kolibri, une méthode développée par l’association « L’enfant @ l’hôpital » au sein de laquelle Simon effectue son stage de formation humaine de première année. Chaque visite de l’élève polytechnicien est ainsi rythmée par un échange de mails et de photos avec les deux explorateurs parcourant le monde. « Claire et Maximilien sont en ce moment en Thaïlande et ils vous ont écrit un conte », lance Simon aux enfants. Les regards attentifs des filles et des garçons se posent sur le jeune professeur alors transformé, sous leurs yeux, en globe-trotteur. En racontant l’histoire, Simon devient le voyageur. Grâce à la lecture de « L’île aux singes », Il fait le lien entre l’Institut d’Education et le monde extérieur. Pour certains enfants n’ayant jamais quitté l’environnement du centre, cette ouverture transporte la salle de classe dans un ailleurs alors rendu accessible.

Ce stage, Simon trouve qu’il lui ressemble. Inspiré par son voyage aux Etats-Unis effectué avec son lycée lorsqu’il avait une quinzaine d’années, le jeune polytechnicien découvre aujourd’hui un autre univers. Celui du handicap. De l’exclusion aussi. Simon a vaincu son appréhension des débuts, une peur liée à l’inconnu. « Je n’étais pas très à l’aise lors de la première leçon, je ne savais pas comment m’adresser à eux », se souvient t-il. Depuis, Simon a appris à s’adapter à chaque enfant. Léa souffre d’un handicap qui l’empêche de s’exprimer à l’oral. « Aujourd’hui, je lui parle normalement même si elle ne peut pas, raconte Simon. Je sens qu’elle est contente de me voir à son regard et à sa façon de me solliciter en me touchant le bras ». Dépasser les frontières géographiques mais aussi sociales, le jeune stagiaire l’a expérimenté depuis plusieurs mois. A Dijon notamment où il se rend chaque jeudi dans une Classe d’Intégration Scolaire (CLIS). Ses élèves, âgés de seize ou dix-sept ans, sont à peine plus jeunes que lui. Certains n’ont jamais quitté la banlieue dijonnaise. « Quand je leur parle d’autres pays, je vois qu’ils s’intéressent vraiment », témoigne Simon qui admet avoir dépassé ses préjugés face à ces adolescents qui, derrière leurs provocations, cachent une volonté de s’en sortir. Le jeune polytechnicien les a impressionnés en leur racontant son périple pour venir jusqu’à eux. « Ils n’en revenaient pas que je me lève à 5 heures du matin et que je prenne le train depuis Paris pour les voir spécialement eux », se rappelle Simon.

Donner le meilleur à ceux qui en ont le plus besoin 

A Richebourg avec les enfants, le stagiaire retrouve le même engouement. « Ils sont toujours enjoués et jamais blasés. Ils posent des questions sur tout, parfois même sur des sujets aussi techniques que la reproduction des abeilles », s’étonne Simon. Pendant le cours, il reste attentif à chaque enfant. Un sourire pour Laura qui fait le clown, une réponse à Olivia qui s’interroge sur le sens du mot « snorkelling » ou un regard vers Farès, le plus timide. Simon apprécie cette relation privilégiée instaurée au fil des semaines avec le petit groupe d’enfants. « Grâce à cette proximité, je note les progrès des uns et des autres. Laura lit de mieux en mieux ». Le stagiaire apprécie l’importance des responsabilités qui lui sont confiées par l’association ainsi que l’autonomie dont il dispose.
« Les enfants et les jeunes m’apprennent beaucoup, c’est un échange », estime Simon qui a pu développer lors de ce stage ses qualités à l’oral et sa confiance en lui. Geneviève Bour, Secrétaire Générale de l’association « L’enfant @ l’hôpital », souligne l’implication du polytechnicien dans son travail. « Les stagiaires comme Simon sont des modèles auxquels les jeunes s’identifient, ils ont valeur d’exemple, et nous voulons donner le meilleur à ceux qui en ont le plus besoin », insiste la Secrétaire Générale de cette association qui compte à sa tête plusieurs anciens stagiaires polytechniciens tels que son Président, Alexis Demassiet (X 2003). Aller dans les lieux où personne ne va résume le leitmotiv de l’association. Jusqu’au mois d’avril, Simon continuera à parcourir les quelques cinq cents kilomètres par semaine à travers la France. Il poursuivra sa mission de conteur d’histoires et espère montrer la route à ces jeunes à qui il a ouvert les frontières de la connaissance.