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Décès du mathématicien tunisien Abbas Bahri

Abbas Bahri, inventeur de méthodes nouvelles en calcul des variations, est décédé à l’âge de 61 ans le 10 janvier 2016 à New York, aux États-Unis. Le mathématicien avait enseigné à l’École polytechnique comme maître de conférences. Le polytechnicien Olivier Rey (X1983), mathématicien et philosophe, qui fut son élève, lui rend hommage.

Texte d'Olivier Rey, mathématicien et philosophe :

Abbas Bahri était trois fois grand : par la taille, par sa vision mathématique, par sa personnalité. J'ai eu la chance qu'il fût mon premier enseignant en analyse à l'École polytechnique, alors qu'il n'avait que vingt-neuf ans. Il avait une façon de s'engager dans les mathématiques, de les vivre, d'y être chez lui et d'inciter à le suivre qui faisait que tout le monde, dans la classe, était saisi. Même ceux qui, a priori, n'étaient pas trop enclins à s'embarquer dans une telle aventure sentaient qu'il se passait quelque chose, et ne pouvaient lui marchander leur admiration et leur respect.
C'est en grande partie à son aura que je dois de m'être engagé en mathématiques. La principale source d'inspiration de ma thèse, je l'ai trouvée dans un article extraordinaire, "On a Nonliear Elliptic Equation Involving the Critical Sobolev Exponent: the Effect of the Topology of the Domain", qu'il venait d'écrire avec Jean-Michel Coron, élève comme lui de Haïm Brezis. C'est en continuant de développer les méthodes topologiques qui apparaissent dans cet article qu'il a démontré peu après un magnifique résultat, l'existence d'une infinité d'orbites périodiques pour des problèmes hamiltoniens — comme celui, fameux,  des trois corps — ce qui lui valut d'être le premier lauréat du prix Fermat, en 1989.
Puisqu'il est question de reconnaissance publique : je suis persuadé qu'il aurait pu recevoir beaucoup plus d'honneurs et de prix que ce ne fut le cas, pour peu qu'il se fût soucié de sa carrière.
Mais son intérêt était ailleurs. Dans les idées mathématiques qui l'habitaient, et dans sa générosité à les faire partager. Une générosité exceptionnelle dont tous ses étudiants et tous ceux qui ont travaillé avec lui peuvent témoigner.
Établi aux États-Unis, mais profondément attaché à son pays d'origine, il est retourné chaque année en Tunisie pour y enseigner. Quand il s'est heurté à des difficultés institutionnelles, c'est dans sa propre maison de Carthage, avec un tableau installé dans le salon, qu'il invitait les étudiants à suivre ses cours. Que ce fût là, à l'université, dans des séminaires ou des colloques, il commençait ses exposés doucement, calmement. Et puis, au fur et à mesure que les arguments s'enchaînaient, il s'animait, prenait feu, et ce n'était plus tant lui qui parlait que les mathématiques qui parlaient à travers lui, se frayaient un chemin vers l'expression. Parce qu'il n'y avait aucune place en lui pour la médiocrité, tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître vraiment se sentaient devenir meilleurs à son contact, intellectuellement et humainement.
Le Centre de mathématiques de l'École polytechnique peut s'enorgueillir de l'avoir compté pendant huit ans parmi ses membres.
 


Le mathématicien tunisien Abbas Bahri est décédé le 10 janvier 2016, des suites d’une longue maladie. Il était âgé de 61 ans et père de quatre enfants. Il a enseigné comme maître de conférences à l'École polytechnique dès 1984.
Abbas Bahri était professeur à l'Universite Rutgers aux Etats-Unis depuis 1987. Il avait remporté conjointement avec Kenneth Alan Ribert, en 1989, le Prix Fermat de l'Institut de mathématiques de Toulouse, pour son Introduction de méthodes nouvelles en calcul des variations. La même année, il avait également remporté le Prix Langevin de l'Académie des sciences de Paris.