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Entretien avec Gérard Berry, médaillé d'or du CNRS

Président du Conseil de l’Enseignement et de la Recherche de l’École polytechnique (CER), titulaire de la première chaire dans le domaine informatique au Collège de France, Gérard Berry (X1967) a reçu la médaille d’or 2014 du CNRS le 24 septembre 2014.

Quand est née votre passion pour l’informatique ?

Dès mon arrivée à l’École polytechnique en 1967. En première année, j’ai découvert mes premiers ordinateurs : un antique S.E.T.I. P.B. 250 et un vieux calculateur IBM. Ces deux machines permettaient simplement de faire du calcul scientifique, chacune avec son langage rudimentaire. Pendant toute ma scolarité, j’ai essayé d’améliorer ces langages pour les rendre plus intuitifs et plus riches. Il fallait tout apprendre et tout inventer à l’époque car l’informatique était un sujet neuf et explosif. Il l’est toujours d’ailleurs puisque l’arrivée des téléphones portables, par exemple, a encore une fois totalement changé notre façon d’écrire les programmes informatiques.

Vous avez poursuivi cette passion aux Mines que vous intégrez après l’École polytechnique.

C’est Pierre Laffitte, alors sous-directeur de l'École nationale supérieure des mines de Paris, qui m’a conseillé de faire de la recherche en informatique. J’ai ainsi travaillé avec une équipe de chercheurs sur un langage original qui s’appelait TIF (Traitement et Information de Fichier), une sorte de précurseur d’Excel, malheureusement sans lendemain. J’ai également longtemps travaillé à l’Inria sur les mathématiques de la programmation, avant de migrer à Sophia-Antipolis.

Dans les années 80, vous avez développé le langage Esterel : pourquoi est-il considéré comme une avancée scientifique majeure récompensée aujourd’hui par la médaille d’or du CNRS ?

Nous avons développé le langage Esterel en collaboration avec des chercheurs de l’Inria et du CNRS. C'est un langage original de programmation synchrone particulièrement bien adapté à l’informatique embarquée*. Avec Esterel, il s’agissait de créer un langage permettant aux programmes d’être en constante interaction avec leur environnement, tout en étant soumis à des contraintes de temps réel. La réelle avancée scientifique a été de prétendre que l’ordinateur avait un temps de réflexe nul, ce qui a permis de développer un style et des formalisations mathématiques originales. En 2001, grâce au succès d’Esterel, la société Esterel Technologies a été créée. J’y ai occupé le poste de directeur scientifique de 2001 à 2009.

Quelles sont les applications du langage Esterel dans notre quotidien ?

Ce langage a eu de multiples applications dans notre vie quotidienne : il a été utilisé par exemple pour piloter des fusées, des avions comme le Dassault Rafale, pour concevoir des circuits électroniques ou même pour la composition musicale ! Il est une des bases de SCADE 6 d’Esterel Technologies, maintenant utilisé dans de nombreux projets industriels où l’informatique est critique et doit être certifiée.

Vous travaillez actuellement sur un projet au nom orignal : HipHop. Pouvez-vous nous expliquer votre démarche ?

Nous vivons dans un monde cyber-physique. Aujourd’hui, plus de 90% des ordinateurs sont dans les objets, eux-mêmes connectés sur les réseaux. Le web offre aussi de plus en plus de services, c’est-à-dire des programmes informatiques avec lesquels il est possible de communiquer par échanges de données à distance. L’enjeu est de réussir à faire dialoguer harmonieusement ces objets et services en orchestrant leur comportement. Pour y arriver, nous développons un langage général appelé Hop, doté d’une couche nommée HipHop chargée de l’orchestration. HipHop, c’est en réalité un Esterel rendu plus dynamique.

En 2007, un poste de professeur au Collège de France vous est proposé. Qu’est-ce que cela a changé dans votre carrière ?

Cela a été un véritable tournant dans ma vie professionnelle. Je travaillais depuis 9 ans dans l’industrie et j’avais très envie d’enseigner. En 2008, élu sur la chaire annuelle « Innovation technologique Liliane Bettencourt », j’animais donc mon premier cours au Collège de France intitulé « Pourquoi et comment le monde devient numérique », qui a eu beaucoup de succès. Je voulais surtout faire comprendre la puissance de l’informatique. En 2010, j’ai tenu la chaire « Informatique et sciences numériques » créée par l'Inria et le Collège de France, avec un cours intitulé « Penser, modéliser et maîtriser le calcul informatique ». En 2012, j’ai ensuite été nommé responsable de la première chaire permanente du Collège de France en informatique. Cette année, je commence par un cours sur « la révolution informatique dans les sciences », suivi d'une série de cours « Prouver les programmes : pourquoi, quand, comment ».

Que représente pour vous la remise de la médaille d’or du CNRS, considérée comme la plus haute distinction scientifique française ?

C’est un honneur évidemment. J’espère que cette récompense me permettra de faire entendre plus facilement mon combat pour une plus grande reconnaissance de l’informatique. En France, nous sommes souvent consommateurs d’informatique au lieu d’être créateurs. Pourquoi ? Parce que l’informatique n’est pas considérée comme une matière à part entière. C’est une absurdité qui coûte cher à notre pays. L’informatique, ce n’est pas simplement apprendre à se servir d’un ordinateur, c’est bien plus que cela. Mon combat actuel est donc l’enseignement de l’informatique en France dès le primaire. La médaille d’or du CNRS m’aidera, je l’espère, à réaliser ce défi.

*les logiciels qui se trouvent à l'intérieur des équipements pour les commander et les contrôler

Pour plus d'informations :

> Lire le communiqué de presse du CNRS

> Page personnelle de Gérard Berry sur le site du Collège de France