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Startup weekend : «Un marathon à la vitesse d'un sprinteur»

Hervé Kabla, conseiller en communication digitale, sera l’un des cinq membres du jury du Startup weekend qui se déroulera à Polytechnique les 10, 11 et 12 octobre 2014. Il explique ses critères de sélection et revient sur le métier d’entrepreneur.

La 2e édition du  Startup weekend réunira sur le campus de Polytechnique une centaine de participants qui auront pour objectif de créer des startups viables en 54h.
Déjà juré lors de la 1ère édition en mars dernier, Hervé Kabla (X84) fera à nouveau partie du jury aux cotés de : Didier Tranchier (X84), Innovation Professor et Business Angel, Jean-Michel Dalle (X88), Directeur de l'incubateur Agoranov  Omar Benguerah, Vice President, New Products chez Criteo et Laurent Vitse (X88), Associé chez E&Y.

>Quel est votre rôle dans le jury ?
Nous n'avons pas de rôle défini : chaque membre du jury vient avec sa propre expérience, ses propres critères. Cela se voit dans nos appréciations, nous ne sommes pas sensibles aux mêmes aspects d'un pitch. Dans l'appréciation que je porte, j'essaie d'être plutôt déstabilisant, d'évoquer les terrains qui n'ont pas été explorés par les équipes.

>Quelles étaient vos équipes préférées lors du 1er startup weekend?
Normalement, les choix des membres restent secrets, mais je dois avouer un faible pour Optimiam et LearningBox. D'ailleurs, ils se sont tous deux classés dans les 3 premières places. LearningBox allie un concept simple - une box - avec un sujet addictif et récurrent - l'éducation des enfants. Simplicité et addiction sont deux éléments fondamentaux d'un bon projet de startup.

>Sur quels critères effectuez-vous votre sélection parmi tous les projets?
Le critère essentiel pour moi est la viabilité du projet. Cela recouvre en réalité de nombreux aspects : simplicité et addiction évoqués plus haut. Mais aussi le fait que l'équipe a identifié un vrai besoin mal ou pas encore comblé car seul un besoin réel est capable de susciter des revenus rapides. Je teste aussi la cohésion de l'équipe, j'essaie de trouver les failles "humaines": une startup, c'est avant tout une équipe, et sans cohésion, le projet peut rapidement exploser. Je suis également sensible aux aspects marketing et communication, c'est le travers de mon métier : un site web déjà installé, un beau logo ou une page Facebook déjà configurée.

>Le critère le plus important pour remporter un prix ? Est-ce que le pitch est à ce point déterminant ?
Le plus important est la capacité à générer des revenus : serais-je prêt à sortir 10€, 50€ ou 100€ de ma poche à l'issue du pitch pour acquérir le produit ou m'inscrire au service ?
Cela peut paraître paradoxal pour un startup weekend dans une école d'ingénieur, mais je suis obnubilé par l'idée de viabilité économique d'une startup. Sans revenus, une startup crée de la frustration tant au niveau des équipes que des actionnaires. Sans parler des frais de R&D investis en pure perte.
Le pitch est donc déterminant car c'est lui qui va me convaincre - ou me dissuader. 

>Le détail qui vous séduit particulièrement ? Le détail rédhibitoire ?
Je suis particulièrement séduit par les solutions élégantes à des problèmes compliqués. Lors d’un pitch il y a 1 an en Israël, une équipe proposait un système de détection d'armes nucléaires sales par détection de neutrinos. C’est une technique élégante et toute récente, que n'importe quelle équipe de physiciens aurait pu mettre au point. L'un des membres de cette équipe est d'ailleurs un X, Jacques Goldberg.
Le détail rédhibitoire : l'hésitation. Si vous voulez convaincre, il faut à la fois savoir dérouler un discours préparé à l'avance, et faire face aux questions imprévues. Il y a une dimension d'improvisation dans tout pitch réussi.

>De quel métier une équipe ne peut-elle pas se passer ?
La fonction commerciale. Sans vente, il n'y a pas de projet. Et vendre demande du talent, malgré les préjugés que peuvent avoir certains ingénieurs.

>Le métier d’entrepreneur fait rêver : à quoi les jeunes entrepreneurs doivent-ils s’attendre dans la réalité ? Quelles sont qualités indispensables qu’il faut posséder pour monter son entreprise ?
Créer une entreprise est un projet passionnant, mais très déstabilisant, surtout si comme moi on a passé une première vie dans un groupe où tout était prémâché, de l'IT aux RH.
Au début, il faut s'attendre à passer assez peu de temps sur le projet lui-même, et beaucoup sur tout ce qui est nécessaire à son explosion : administratif, staffing, vente. On peut externaliser certaines tâches, mais cela coûte de l'argent, et au début, sans levée de fonds, on accorde une attention particulière à sa trésorerie. Il faut s'attendre à bosser comme un dingue, les nuits sont courtes.

Les qualités indispensables sont multiples : persévérance, capacité d'adaptation tant intellectuelle que pratique et souci du détail. Il faut aussi savoir sortir du cadre et avoir un coup d'avance sur les autres, c’est-à-dire les salariés, les concurrents, les clients.
Enfin, il faut savoir s'entourer et c'est peut-être la qualité essentielle : ne pas fonctionner en solitaire. Les projets les plus aboutis sont ceux dans lesquels ce sont impliqués une équipe de créateurs, même si souvent on l'histoire de retient qu'un seul nom.

>Remporter un prix lors du start-up weekend de l’X, cela peut-il lancer une carrière ?
Pour l'instant, les lauréats de la première édition (Optimiam, Mapstr, Learning Box) existent toujours. Certes ils n'ont pas encore fait les gros titres de la presse spécialisée, mais il ne faut pas être trop pressé : AirBnB n'a commencé à être connu en France que cinq ans après son lancement, et il a fallu trois ans à Facebook pour franchir l'Atlantique. Le succès prend 6 à 7 ans.

>Quel conseil donneriez-vous aux participants de la 2e édition du start-up weekend ?
Se donner à fond. Un startup weekend, c'est un marathon qu'on déroule à la vitesse d'un sprinteur. 

Biographie : Hervé Kabla (X84) est le directeur général de l’agence Be Angels, qui accompagne de nombreuses entreprises B2B et B2C dans l’élaboration de leur stratégie de communication digitale, et leur mise en œuvre sur les médias sociaux. Hervé Kabla co-préside également l’association Media Aces, et a publié le best-seller Les médias sociaux expliqués à mon boss avec Yann Gourvennec (Hub Awards 2012 du livre marketing le plus influent) et plus récemment La communication digitale expliquée à mon boss. Sur son blog Kablages il traite notamment d'internet et des médias sociaux.

> En savoir plus sur le Startup weekend de l’École polytechnique