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Série “Engagement citoyen à l’X”

Décrochage scolaire : ses méthodes font école

Elève de 1ère année à l’École polytechnique, Othman El Balghiti réalise son stage de formation humaine au sein des Apprentis d’Auteuil. Il s’emploie à réconcilier les collégiens en difficultés avec le système éducatif.

Depuis le matin, huit heures, jusqu’au soir, vingt-et-une heure passées, il est auprès d’eux. Il les accueille à l’ouverture du collège, les surveille pendant la récréation, les aide pour leurs devoirs et dîne même avec ceux qui dorment à l’internat. Othman El Balghiti, élève de première année à l’École polytechnique, vit depuis six mois au rythme d’une trentaine de collégiens décrocheurs. Il a choisi la Fondation des Apprentis d’Auteuil, qui agit auprès des jeunes et des familles, pour effectuer son stage civil de formation humaine. Au village scolaire Saint-Philippe à Meudon (Hauts-de-Seine), Othman assiste les trois éducateurs de l’équipe pédagogique. Le stagiaire s’est donné une mission : ne pas laisser un seul collégien « sur le carreau ». Les jeunes, âgés de onze à seize ans, sont arrivés au sein de l’établissement après avoir essuyé de nombreux échecs d’ordre scolaires et sociaux. L’Aide sociale à l’enfance, leur famille, les réseaux intervenants auprès de l’enfance en difficulté et dans certains cas l’Education Nationale les confient à Apprentis d’Auteuil. « Nous arrivons quand il n’y a plus personne, confie Matthieu Laurent, Adjoint de Direction. Notre rôle est d’aider ces jeunes en marge de la société pour les empêcher de basculer dans la marginalité».

Un système d’oraux basé sur celui des classes préparatoires
Pour mener à bien sa mission, Othman El Balghiti, 21 ans, s’inspire de sa propre scolarité pour guider ces jeunes fragilisés sur le chemin de la réussite. Afin de préparer les élèves au brevet des collèges, le polytechnicien a imaginé un système d’oraux fondé sur celui des classes préparatoires. Les mathématiques et le français sont ainsi enseignés sous forme de colles, exercices propres aux prépas. « Cet apprentissage permet de faire le point avec chaque élève individuellement et de repérer les lacunes, c’est une façon efficace de les faire progresser », constate Othman qui rêvait d’intégrer l’X depuis l’âge de 14 ans. Pour rapprocher le monde de la prépa, symbole de réussite, de celui de ces collégiens décrocheurs, le stagiaire a même fait entrer l’un de ses anciens professeurs de maths au sein de l’établissement éducatif Saint-Philippe. Cet enseignant du prestigieux lycée parisien Louis-le-Grand est venu transmettre la « beauté des mathématiques » à ces jeunes. « Il leur a fait découvrir son univers, celui d’un adulte qui joue avec les chiffres », raconte Othman. Les collégiens se prenant au jeu, ils ont alors animé le cours. Cette rencontre a permis de lever les préjugés. Et cela des deux côtés. « J’ai découvert qu’un des jeunes, exclu du système scolaire à plusieurs reprises, me battait en calcul mental ! », s’enthousiasme-t-il.

Une semaine de cohésion inspirée de la formation à l’X
En parallèle, le polytechnicien a lancé une autre initiative, plus proche cette fois-ci de ce qu’il a connu jusqu’à présent à l’X. Pour la classe de quatrième, Othman a mis en place une semaine de cohésion directement inspirée de la Formation Militaire Initiale de l’École polytechnique. Dans le bois de Meudon, la quinzaine de jeunes collégiens s’est ainsi initiée à la course d’orientation, au secourisme, aux sports de combat avec un ancien champion de judoka et à un atelier de débat. « C’était leur Everest, s’amuse Othman. Certains se sont vraiment dépassés et ils ont ressenti de la joie face à la difficulté ». Cette action a par la suite profité à toute la classe comme l’explique Matthieu Laurent : « Nous avons capitalisé sur la solidarité née durant cette semaine de cohésion lors d’un récent voyage dans le marais poitevin ». L’énergie et la volonté du polytechnicien se transmettent naturellement auprès des élèves et de l’équipe éducative. « Il arrive à amener le groupe dans un projet », témoigne son responsable, Matthieu Laurent, qui apprécie l’efficacité et la maturité du stagiaire. Le partenariat entre l’X et les apprentis d’Auteuil a été initié par un polytechnicien il y a déjà une dizaine d’années. « Les stagiaires de l’X sont force de proposition et ils s’attachent à faire évoluer le service dans lequel ils effectuent leur mission », constate Hubert Calonne, le Directeur du village Saint-Philippe. Cette année, dix-huit élèves polytechniciens au total ont effectué leur stage civil au sein des établissements d’Apprentis d’Auteuil dont quatre à Saint-Philippe.

Vulgariser pour mieux captiver
Cet après-midi de mars dans la salle de classe, le polytechnicien donne un cours de soutien à cinq élèves. D’une voix assurée et claire, il encourage Quentin, 13 ans, à calculer une moyenne. Othman veut « donner de la magie » à travers ses leçons. Pour cela, il s’appuie sur des supports vidéo qui parlent à son public. Il explique les trois états de la matière en les associant au rugby. « Pour captiver ces adolescents, il faut leur donner des exemples concrets et se servir du sport pour parler de physique permet de les intéresser », insiste le stagiaire qui donne également des leçons privées pendant ses jours de repos. Durant ce stage, le polytechnicien estime avoir développé l’humilité et l’intelligence comportementale. « Il faut en permanence avoir une réponse adaptée à chaque personnalité », précise-t-il. Très impliqué, le stagiaire s’investit pour trouver des solutions à apporter aux difficultés rencontrées par les collégiens. « Les élèves se rendent compte de ce qu’on peut leur apporter », poursuit-il. Ainsi, certains jeunes viennent se confier à Othman et évoquent même leurs problèmes personnels. Parfois, le stagiaire réalise que son soutien comporte des limites. D’autres fois, comme lors cette journée de mars, il observe la salle de classe. Tous les élèves, concentrés, sont en train d’écrire. « Cela ressemble à une séance de maths dans un collège classique », se réjouit–t-il.