En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies destinés à des fins de mesure d'audience, à améliorer la performance de ce site et à vous proposer des services et contenus personnalisés. En savoir plus

X
Série “Engagement citoyen à l’X”

En immersion à Fleury-Mérogis

Julie Poullet, élève de 1ère année à l’École polytechnique, effectue son stage de formation humaine dans le plus grand centre pénitentiaire d’Europe. Elle donne des cours de soutien scolaire aux détenus et apporte son aide sur un projet de déménagement.

Depuis cinq mois, lorsqu’elle se réveille le matin, Julie Poullet aperçoit la prison de Fleury-Mérogis depuis sa fenêtre. Logée dans une unité de vie située en face de la maison d’arrêt, la jeune femme de vingt ans traverse chaque jour les deux cents mètres qui séparent les deux bâtiments pour rejoindre la prison. Julie a choisi d’effectuer son stage de formation humaine de 1ère année du cycle ingénieur polytechnicien auprès des détenus.

A l’intérieur de son bureau, situé dans un préfabriqué installé devant l’entrée de la maison d’arrêt, l’élève dessine le plan des lieux sur l’ardoise blanche. Elle inscrit les abréviations « D1 », « D2 », « D3 », « D4 » et « D5 » correspondant aux noms des bâtiments, et les place en suivant les cinq points du pentagone selon la forme géométrique de la prison. Avec son index, Julie indique les « tripales », nom donné aux bâtiments du fait de leur construction en hélice à trois pales. A côté du polygone à cinq sommets, elle crayonne deux cercles : un pour la maison d’arrêt des femmes et un autre pour le Centre des mineurs (CJD). Grâce à ses schémas, et dans un langage carcéral parfaitement maîtrisé, la stagiaire se remémore son arrivée à Fleury. « Deux semaines d’immersion en tant que surveillante en uniforme, mais sans clés », indique la jeune femme qui intervenait en doublure d’un autre surveillant dans la maison d’arrêt des hommes. Une expérience que Julie souhaite même réitérer d’ici la fin de son stage : elle espère ainsi proposer des améliorations sur l’organisation de ce poste.

Approfondir la réflexion sur le système carcéral

Suite à cette immersion, deux missions lui ont été confiées. L’une d’elle consiste à assister le projet de transfert des mineurs du CDJ vers la maison d’arrêt des hommes. Cette mission s’est achevée au mois de février. « Le déménagement des effectifs depuis le Centre des mineurs au D4 s’est bien déroulé », confie Julie qui précise que trois cent cinquante personnes ont été transférées. Là encore, la jeune femme souhaite approfondir le sujet. Elle a ainsi demandé à aller plus loin sur la question des détenus mineurs en assistant à une réunion consacrée aux quartiers réservés aux jeunes mineurs en Ile-de-France.

En parallèle de cette première mission, la stagiaire consacre son temps au centre scolaire de la maison d’arrêt. Elle y donne entre quinze à dix-huit heures de cours par semaine. « Leçon d’informatique dans la tripale D1 », « Préparation à la licence maths-info en D2 » et « Cours pour les niveaux bac pro et bac STMG (sciences et technologies du management et de la gestion) en D3 ». Au total, Julie Poullet enseigne à une vingtaine de détenus âgés de 19 à 25 ans. Chaque cours se déroule par groupe de trois élèves maximum. Un tutorat différent de celui que la polytechnicienne avait effectué jusqu’à présent durant ses années de lycées et de prépa avec des collégiens. « Ici, l’autorité n’est pas acquise, j’ai dû apprendre à gérer des petits groupes relativement dissipés », précise-t-elle. La jeune femme au caractère énergique et volontaire a su s’imposer pour se faire respecter. Elle n’hésite pas à « renvoyer de son cours » les perturbateurs, explique-t-elle.

Une expérience pour « se mettre en difficulté »

Avec sa personnalité franche et directe, Julie a su également instaurer au fil du temps un dialogue avec les détenus. Progressivement, ils se confient à elle et racontent les raisons de leur détention. « Ceux qui se livrent ont généralement écopé de petites peines mais, quoi qu’il en soit, je ne veux pas savoir et je n’ai pas à les juger », estime la stagiaire qui apprécie cet échange et ce contact avec les détenus. « On représente le lien avec l’extérieur », poursuit –t-elle. Au quartier d’isolement, ce lien est d’autant plus renforcé que l’enseignant reste seul avec le détenu. « Ils sont heureux de notre visite, nous sommes les seules personnes qu’ils voient », raconte la jeune femme. Elle se souvient de certains parcours de vie. Comme cet homme ayant passé quarante années en détention. « A soixante ans, et après « une vie dans la prison » comme il disait, ce détenu voulait se rapprocher de sa fille qu’il avait rarement vue, il avait une vraie réflexion sur son parcours ». Du jour au lendemain, l’homme a été transféré dans un autre centre pénitentiaire. « J’étais triste de le voir partir », livre à froid la jeune femme. Julie reconnaît avoir choisi ce stage dans l’univers carcéral justement pour « se mettre en difficulté ». Elle a relevé le défi en menant à bien les deux missions qui lui ont été confiées et qui lui ont permis d’aborder « plusieurs facettes du milieu pénitentiaire ».

Hyperactive et dotée d’une capacité d’énergie impressionnante, cette perfectionniste estime avoir développé lors de ce stage des compétences telles que la patience et l’adaptabilité. « Il faut en permanence s’adapter », constate-elle. L’élève polytechnicienne s’est rapidement intégrée au sein des équipes. Dans la plus grande prison d’Europe, la jeune stagiaire a su convaincre la Directrice du Centre des mineurs (CDJ), Evelyne Le Cloirec. « Julie est très curieuse, énergique et soucieuse d’apporter son aide. Son travail sur le projet de transfert a été précieux, estime la Directrice. Elle a aussi un très bon contact avec tout le monde ». Au sein du bâtiment D4, les surveillants saluent d’un sourire la stagiaire. La veille, ils passaient la soirée tous ensemble au foyer. Si, au début de son stage, il pouvait lui arriver de se sentir isolée, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Grâce au sport, Julie a rapidement crée un lien avec ses collègues en s’inscrivant dès son arrivée au gymnase. Elle avait fait de même lors d’un voyage humanitaire en Argentine par le biais du foot. Julie a justement choisi l’École polytechnique pour le sport où elle pratiquera le handball six heures par semaine dès le mois d’avril lors de son retour sur le campus de l’X.