En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies destinés à des fins de mesure d'audience, à améliorer la performance de ce site et à vous proposer des services et contenus personnalisés. En savoir plus

X
Engagement citoyen

« Servir les autres et les aider dans les situations difficiles »

Un ancien de l’École polytechnique, présent au Bataclan le 13 novembre, apporte son témoignage sur cette soirée durant laquelle il a porté secours à plusieurs personnes. Il se dit reconnaissant envers l’X et sa formation humaine et militaire pour lui avoir permis d’avoir eu les bons automatismes.

Il est le « garçon» qui a aidé le groupe Eagles of Death Metal à s’enfuir dans un taxi le 13 novembre au soir. Les membres du groupe de rock lui ont rendu hommage sur les réseaux sociaux et dans la presse. A., lui aussi, a tenu à remercier son école, l’X, et en particulier l’enseignement en formation humaine et militaire qui lui a probablement « sauvé la vie » ce soir-là comme il l’explique. 

A., diplômé de l’École polytechnique dans les années 2000, a retenu les valeurs inculquées par l’armée lors de son stage de première année à Polytechnique. « Ne pas laisser tomber les autres » et « être franc et honnête », lui a–t-on appris pendant les trois semaines de formation humaine puis lors de son stage à la gendarmerie à Brest (Finistère). Ces vertus, il les a appliquées ce soir de novembre, par « simple reflexe » raconte-il. Dans la fosse du Bataclan, A. reconnaît immédiatement le bruit des balles. « J’ai appris à tirer au Famas pendant la formation militaire », se rappelle cet ancien, aujourd’hui cadre dans une grande entreprise.
Toujours par réflexe, après avoir vu les étincelles jaillir des canons, A. se jette au sol et rampe sous les balles. Tout en déroulant le récit de cette nuit, il se rappelle alors le parcours du combattant, souvenir du camp militaire de Barcelonnette (Alpes-de-Haute-Provence) où le polytechnicien a appris les techniques de l’armée et où, aussi, il a rencontré deux de ses futurs témoins de mariage. A. se remémore également les gendarmes de Brest avec lesquels il est depuis resté en contact. « Ils s’attendaient à voir un intello inapte physiquement et moi je ne pensais pas que l’on deviendrait copains, nous avions tous des préjugés les uns sur les autres », confie–t-il avec humilité.
De cette expérience de quatre mois est né un véritable esprit de camaraderie et une solidarité. A. en retient également des conseils précieux. Comme celui d’un sous-officier, « Si un type t’attaque avec un couteau, même si t’es armé, tu te barres ». C’est ce qu’il a fait ce soir-là en s’enfuyant, sans se relever, et en rampant jusqu’à la sortie de secours. Dans sa fuite, il aide deux personnes à se relever et à s’échapper. Dehors, au coin de la rue, A. retrouve les membres du groupe de rock. Il hèle un taxi et lui demande d’emmener les musiciens au commissariat le plus proche. Sur son compte Instagram, le batteur des Eagles of Death Metal, Julian Dorio, a écrit : « (…) maintenant, j'ai une nouvelle famille à l'étranger. A., qui a couru pour sa vie à mes côtés et avec abnégation nous a mis dans un taxi...». Peu après, A. s’engouffre dans le taxi suivant et embarque avec lui un jeune couvert d’un sang qui n’est pas le sien. Aider le groupe, « C’est ce qu’auraient fait les militaires que j’ai côtoyés », confie-t-il sobrement et dignement. Ces valeurs d’entraide, de solidarité et de loyauté, A. les a expérimentées tout au long de la formation humaine et militaire. « L’X m’a aidé à devenir adulte, estime-t-il. J’ai gardé de mes années à l’École, et de mes mois dans l’armée, l’idée de servir les autres et de faire au mieux pour les aider dans les situations difficiles. Quand la peur me tenait, ces valeurs me sont restées parce qu’on avait su me les enseigner ».

Après avoir chassé la culpabilité de n’avoir pas pu sauver d’autres vies,  A. tente aujourd’hui d’apporter son soutien au sein de l’association de victimes «  Life For Paris : 13 novembre 2015». « Cela nous permet de parler, un peu comme avec un cousin éloigné avec qui l’on a un vécu commun », raconte-t-il. A. ne veut pas oublier cette nuit du 13 novembre. Il en parle sans tabou. Pour autant, mettre ces évènements à distance lui semble nécessaire. Lors de la cérémonie d’hommage national du 27 novembre dernier, aux Invalides, A. raconte avoir aisément imaginé où aurait pu être placé son nom sur la liste des victimes affichée par liste alphabétique. « On réalise que l’on n’est pas juste un témoin mais aussi une victime », reconnaît le jeune homme d’une trentaine d’années. Mais, à travers le regard des autres posé sur lui et dont il perçoit le changement subreptice, A. ne veut pas être considéré uniquement comme un rescapé. « On m’associe forcément aux attentats, leur portée médiatique a été si forte à travers le monde », constate-il avec lucidité. « J’ai fait plein de choses dans ma vie et c’est difficile de se dire que la pire chose qui me soit arrivée soit celle qui me définit », poursuit A. qui ne peut effacer de sa mémoire les visages effarés croisés ce soir de novembre. Les hommages du groupe de rock, les remerciements écrits adressés par le Président de la République dans un courrier sont autant de témoignages de soutien lui permettant de se définir autrement que comme une victime.
A. se sent également soutenu par la communauté polytechnicienne et notamment par l’Association des Anciens (AX) qui s’est rapidement manifestée à son égard. Recevoir des remerciements « pour quelque chose qu’on préfèrerait ne pas avoir vécu laisse planer une ambivalence dans les émotions », explique-t-il, « les marques de soutien et de solidarité font, elles, toutes énormément plaisir et m’aident à reprendre pied ».