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3 Questions à Bruno Cattan, nouveau Directeur de l’Entrepreneuriat et de l’Innovation de l’X

Bruno Cattan, (X1993 et diplômé de Télécom Paris en 1998), détaille sa feuille de route, explique l’apport de son parcours pour mener à bien cette nouvelle mission et souligne les opportunités liées au déploiement de l’Institut Polytechnique de Paris.

Portrait de Bruno Cattan, DEI de l'Ecole polytechnique

Bruno Cattan, X1993 et diplômé de Télécom Paris en 1998, est le nouveau Directeur de l’Entrepreneuriat et de l’Innovation de l’École polytechnique depuis le 7 juin. 

Il a débuté sa carrière dans les télécommunications pour accompagner la naissance de l’Internet mobile, chez Motorola, Nokia Networks, puis au sein de la start-up Mobileway. 

En 2005, il intègre le groupe Canal+ en tant que Responsable Nouvelles Technologies. En 2009, il devient Directeur Technique du Passage au Tout-Numérique au sein du même groupe. Il est ensuite promu Directeur Technique & Digital et membre du Comité de Direction de Canal+ International en 2011. A ce poste, il conduit entre autres la transformation digitale des offres, services et infrastructures de l’opérateur.

En 2016, Bruno Cattan rejoint l’opérateur satellitaire Eutelsat en tant que Directeur des Nouvelles Applications, pour accompagner le développement des services à valeur ajoutée.

Bruno Cattan est également diplômé de l’Institut Multimédias et de l’Executive Mastère Spécialisé Trajectoires Dirigeants de Science Po. Il est Vice-Président de l’association Telecom Paris Alumni.

Dixit : Quelle est votre feuille de route en tant que nouveau Directeur de l’Entrepreneuriat et de l’Innovation à l’X ?

Bruno Cattan : Ma mission est d’accompagner l’entrepreneuriat et l’innovation au sein de l’X et d’accélérer leur développement dans le cadre de l’Institut Polytechnique de Paris. Les enquêtes 1er emploi des étudiants du Cycle ingénieur ou des MSc&T montrent que 3% seulement des premiers et 6% des seconds se lancent dans l’entrepreneuriat pendant ou à l’issue de leur cursus. Il y a certainement une marge de progression même si, nous le savons, nos étudiants sont très courtisés par les grandes entreprises et pour une très large majorité d’entre eux recrutés avant même la fin de leurs études.

Avec le Drahi-X Novation Center, nous disposons à l’école d’un lieu dédié à l’entrepreneuriat et l’innovation, et véritablement unique dans l’écosystème. Ma mission consiste bien sûr à en assurer le management, mais aussi à définir et piloter l’évolution des programmes d’accompagnement et des moyens d’accueil pour répondre au mieux aux besoins des start-up dans les domaines d’intérêt de l’Institut Polytechnique de Paris : les Deeptech, l’IA, les Biotech … sans oublier la Défense bien sûr !

Au-delà du Drahi-X Novation Center, l’entrepreneuriat et l’innovation constituent sont un des piliers de l’école aux côtés de la formation et de la recherche. Un enjeu fort vise à renforcer les liens qui ont été déjà tissés entre ces trois pôles pour promouvoir une culture de l’entrepreneuriat et de l’innovation au sein de l’École dans son ensemble.

J’attache aussi beaucoup d’importance la mise en réseau des incubateurs de l’Institut Polytechnique de Paris, regroupés sous la marque commune des Novation Center.  Cela passera par de la fertilisation croisée entre nos réseaux de partenaires, des échanges sur nos meilleures pratiques, et pourquoi pas à terme une forme de spécialisation des incubateurs d’IP Paris ? On pourrait, par exemple, imaginer que les start-up du numérique soient accompagnées au sein du Telecom Paris Novation Center alors que celles de la DeepTech, de la Défense, ou des Biotech auraient davantage vocation à être accompagnées au sein du Drahi-X Novation Center, du fait de la proximité des laboratoires dans ces mêmes domaines.

IP Paris est une chance pour nos incubateurs ! L’effet volume, aussi bien en termes de nombre de start-up incubées par an que de levées de fonds, renforcera leur positionnement unique dans l’écosystème de la FrenchTech, ainsi que la puissance de notre marque Novation Center et sa visibilité au sein du plateau de Saclay et au-delà.

Le développement de l’Innovation Park d’IP Paris fait enfin partie de ma feuille de route. Porté par l’établissement public d’aménagement (EPA) Paris-Saclay, ce parc d’activités, d’innovation et de recherche favorisera le resserrement des liens entre recherche publique et R&D privée, permettra la constitution d’un bassin d’employabilité des doctorants et l’amplification des financements de projets et de thèses et encouragera le développement d’un écosystème entrepreneurial à l’échelle d’IP Paris.

Quelles leçons de vos expériences antérieures allez-vous mobiliser pour mener à bien ces missions ?

Bruno Cattan : Depuis le début de ma carrière j’ai toujours travaillé sur des problématiques d’innovation ou de transformation dans des environnements où les évolutions technologiques sont allées très vite. De façon assez paradoxale, c’est mon expérience au sein du Groupe Canal+ qui a été la plus structurante dans ce domaine, alors que c’est une société au sein de laquelle la technologie pourrait n’être perçue que comme un moyen. 

A mon arrivée, j’y ai été amené à relancer un processus d’innovation technologique à un moment où le virage des nouvelles technologies n’était pas appréhendé comme un enjeu stratégique. Pour nous accompagner, nous avions constitué un Advisory Board for Technology. Les membres du Board – tous des experts reconnus dans l’innovation, la technologie, l’économie du digital, la prospective – nous disent : ‘vous êtes en train de rater un truc qui s’appelle Internet’. C’était 2005, et au regard des transformations intervenues depuis, c’était il y a très longtemps… Alors nous réfléchissons avec l’équipe. Refaire le site web ? oui bien sûr. Développer la relation client et la vente en ligne ? Pourquoi pas. Mettre des petites vidéos en ligne pour diffuser nos bandes-annonces comme sur le tout nouveau site Youtube ? Essayons. Et si nous devions aller plus loin ? Si nous devions rêver un peu ? Et si Internet devenait demain une plateforme de distribution de télévision ? C’est sur ce dernier que notre Advisory Bord nous rappelle à l’ordre : ‘c’est de la science-fiction !’. Face à ce défi, nous montons une expérimentation de télévision par internet dès 2007. Sans aucune communication auprès des clients, 10.000 abonnés s’inscrivent en moins de deux semaines et l’expérimentation est un succès massif ! Très rapidement l’idée est prise au sérieux, et Canal+ lance ses premières offres de TV par Internet dès 2008, avec l’ancêtre de ce qui est devenu depuis myCanal. Rappelez-vous que Netflix n’était pas encore arrivé à l’époque !

Au-delà de l’anecdote, cette expérience m’a appris qu’il pouvait y avoir beaucoup de conservatisme y compris parmi les sachants, et qu’en matière d’innovation il faut toujours oser et vouloir dépasser le cadre dans lequel nos schémas mentaux nous enferment. Ce que l’on attend des entrepreneurs innovants, c’est qu’ils viennent avec des idées qui bousculent ; et quand ils ne nous bousculent pas assez, il faut les bousculer pour qu’ils aillent au bout de leur idée. C’est un peu ce qui nous est arrivé !

Autre expérience, autre enseignement avec le passage au tout numérique que j’ai piloté entre 2009 et 2011. Les utilisateurs de la télévision analogique constituaient une population peu technophile, voire technophobe ! Les faire passer à la TNT, avec son décodeur et sa deuxième télécommande, a demandé à beaucoup de pédagogie, de force de conviction et d’accompagnement. Ce que j’en ai retiré ? On peut avoir la meilleure idée du monde mais si on ne sait pas communiquer, si on ne prend pas le temps d’expliquer, ça ne marchera pas.

Enfin j’ai accompagné la transformation de Canal+ à l’international pendant cinq ans : une expérience avec une dimension multiculturelle très forte, avec des problématiques locales très diverses qui impliquaient en permanence de se décentrer par rapport à la vision de la « métropole ». Si je mets cela en perspective par rapport aux enjeux de promotion et d’accompagnement de l’innovation, cela implique d’essayer de toujours regarder ce qui se passe ailleurs. Il ne faut pas hésiter à recopier, quitte à l’adapter, ce qui se fait ailleurs si c’est une bonne idée. L’innovation, ce n’est pas forcément l’invention. Innover c’est parfois juste déplacer un peu le regard, sortir du cadre pour apporter une valeur supplémentaire.

Comment appréhendez-vous les liens entre la recherche à l’X et au sein d’IP Paris et la promotion de l’entrepreneuriat et l’innovation ?

Bruno Cattan : La recherche et l’innovation peuvent et doivent se rencontrer plus souvent. L’un des axes de rencontre est celui du développement de la recherche partenariale et de la promotion des technologies transférables : c’est le rôle dévolu au SR2PI au sein de l’École.

De notre côté, à la Direction Entrepreneuriat & Innovation, notre objectif est de renforcer les passerelles entre les start-up, les grandes entreprises « excubées » au sein du Drahi-X Novation Center, et les labos de l’X et des centres de compétences interdisciplinaires de IP Paris : c’est donc en lien étroit avec les chercheurs et les services de valorisation que je compte conduire ma mission. De façon tout à fait concrète, nous accueillerons prochainement au sein du Drahi-X Novation Center les équipes du CIEDS ainsi qu’un nouveau laboratoire de l’école pour les Biotech. Et nous réfléchissons aussi avec le département de chimie à la mise en œuvre d’un laboratoire dédié pour les startups.

Enfin, promouvoir l’entrepreneuriat et l’innovation passera aussi par une visibilité accrue de l’activité de la DEI et du Drahi-X Novation Center auprès de nos étudiants : nous nous y attèlerons dès la rentrée 2021 !