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3 questions à Olivier Bérenval, auteur de science-fiction

En janvier 2018, Raphaël Granier de Cassagnac, auteur de romans et directeur de recherche CNRS au Laboratoire Leprince-Ringuet de l’École polytechnique, a organisé une visite du CERN avec une dizaine d’écrivains. Parmi les auteurs présents, Olivier Bérenval nous parle de son expérience et de sa vision de la littérature entre science et fiction.

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Vous n’êtes pas scientifique de formation, pourquoi avoir choisi un thème comme l’astrophysique ?

Je suis en effet passé par l’aide internationale au développement et la finance, avec une formation en classe préparatoire HEC. En science-fiction, la biologie, les catastrophes climatiques, etc. sont des thèmes très prisés et il y a déjà de nombreux classiques issus de cette matière tels que Le meilleur des mondes d’Huxley, Water Knife de Bacigalupi, pour ne citer que ces deux-là. J’avais envie d’un sujet plus fondamental et l’astrophysique s’intéresse à rien de moins qu’au mystère de l’origine de l’univers. Cette discipline ramène l’humanité à un petit grain de poussière dans un univers infiniment plus vaste. Dans mon premier roman « Ianos », je souhaitais conserver cet aspect humain en entremêlant l’astrophysique avec l’histoire personnelle des protagonistes,  des scientifiques confrontés à une menace cosmique : une singularité (un « trou noir ») menaçant notre système solaire.

Pour revenir à la science-fiction récente, il semblerait que l’espace redevienne un cadre pour les romans. Depuis ces dernières années, nous avons renoué avec la conquête spatiale (les télescopes Planck, James-Webb, les sondes Rosetta, Cassini...) et nous découvrons chaque jour de nouveaux éléments qui font progresser les scientifiques et repoussent les limites de nos connaissances. Cependant, pour de nombreuses questions, nous en sommes encore au stade de conjectures. C’est justement au niveau de cette frontière, pleine de possibilités, que les auteurs de science-fiction aiment s’aventurer. D’autant que les thèmes traités en littérature en lien avec notre planète, tels que le climat et la gestion des ressources, sont plutôt pessimistes... A ce titre, les intrigues spatiales sont davantage porteuses d’espoir pour les lecteurs, car c’est un nouveau « terrain de jeu » pour nous.

Comment avez-vous collecté le matériau pour écrire sur ces sujets scientifiques ?

Pour « Ianos » il m’a fallu rassembler beaucoup d’informations car je voulais que la trame soit crédible. Et étant donné que j’aborde beaucoup de thématiques différentes, un corpus de textes assez conséquent était nécessaire. Pendant cette phase de préparation, j’ai consulté les documents produits par le CERN à l’occasion de l’inauguration du LHC, ils devaient répondre aux inquiétudes du grand public quant aux possibles dysfonctionnements du collisionneur. Ils abordaient les incidents possibles (même si improbables) ainsi que leurs conséquences, tels que les minis trous noirs, les strangelets (des particules exotiques) ou l’émission de rayons cosmiques. Comme les auteurs de science-fiction adorent les catastrophes, je me suis appuyé dessus pour bâtir l’intrigue de mon roman ! Je n’en dévoile pas plus afin de préserver le suspens pour les futurs lecteurs.

Par ailleurs, j’ai aussi lu les ouvrages des astrophysiciens Max Tegmark et Aurélien Barrau (sur le thème des multivers) et du mathématicien Cédric Villani (Théorème vivant) : leurs théories sous-tendent les éléments scientifiques abordés dans le roman. Bien entendu, cela reste une œuvre de fiction, une libre interprétation sur le mode « Et si ... » propre aux romanciers. .

Tout récemment, j’ai eu l’opportunité de découvrir les installations du CERN avec d’autres auteurs de fiction et de rencontrer des scientifiques. Cette visite ayant eu lieu bien après la sortie de mon livre (dont l’intrigue commence au CERN), je ne m’en suis donc pas inspiré. Cependant, cela m’a permis de vérifier que je n’avais pas écrit d’ « énormités » et également de rencontrer des chercheurs passionnants et très pédagogues ! Avec mes camarades auteurs de science-fiction, nous craignions de passer pour des « fantaisistes », mais les scientifiques font très bien la part des choses entre la science et la fiction, et ils n’y sont pas du tout hostiles, bien au contraire !

Mon nouveau roman « Nemrod » est très différent : c’est un space-opera plein d’action, dans un futur lointain,  avec une vision plus « ludique » de la science et de ses applications possibles.

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans l’écriture ?

La plupart des auteurs de science-fiction sont des fans du genre, ce qui est mon cas, et je me suis donc naturellement tourné vers cet univers. J’ai décidé de me lancer à un moment de ma vie où j’avais envie d’écrire mes propres histoires. Lorsque j’abordais des sujets scientifiques, il m’a fallu du temps et du travail pour aboutir à un résultat satisfaisant à mes yeux. Pour moi, l’écriture n’est pas seulement une démarche de documentation, c’est aussi une démarche active qui doit provoquer un questionnement. Je voulais approfondir le sujet en proposant des alternatives et un regard critique, sachant que certaines hypothèses comme les multivers, la théorie des cordes, etc. font toujours débat entre les scientifiques (car il n’y a pas de « preuve » de leur existence).

On observe actuellement un vrai regain pour la science-fiction, en particulier avec les technologies émergentes qui vont bouleverser nos vies à court et moyen terme, et ceci inquiète le public (les thèmes du moment : les intelligences artificielles, la conscience augmentée comme dans la série « Altered Carbon »). La science n’apportant pas encore de réponses complètes et satisfaisantes, la fiction, notamment la dystopie,  permet de combler ces absences d’explications et de proposer aux lecteurs un miroir des futurs possibles.