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Covid-19 : Des tests groupés pour un déconfinement plus rapide

Le coût économique et social du confinement imposé par la lutte contre la pandémie de Covid-19 plaide pour une sortie rapide. Olivier Gossner et Christian Gollier, respectivement économistes à l’Ecole polytechnique et à la Toulouse School of Economics plaident pour des dépistages groupés pour répondre à la pénurie relative de tests.

Covid-16, des tests groupés pour un déconfinement plus rapide

Le dépistage groupé du Covid-19 peut permettre une sortie plus rapide du confinement qu’une stratégie individuelle plus longue au regard de la disponibilité des tests. Les pandémies se développent par vague et celles qui suivent la première sont généralement plus létales. Le XXe siècle a connu trois pandémies grippales : la grippe espagnole de 1918-1919, la grippe asiatique de 1957 et la grippe H3N2 dite de Hong Kong de 1968, pour lesquelles cette règle s’est à chaque fois vérifiée. Il en a été de même au XXIe siècle avec la grippe porcine de 2009. Ce constat pose la question de la durée du confinement évidemment indispensable pour étaler la courbe de l’épidémie et réduire la tension sur les systèmes de soin, notent les auteurs. Mais le coût social, économique et financier de cette stratégie est extraordinairement élevé, ajoutent-ils. De récentes estimations officielles en France montrent que les mesures de confinement se traduisent par une baisse de 33% de la production en valeur. Cette estimation implique que chaque mois de confinement représente 2,5% de perte de PIB annuel. Cela n’est pas soutenable très longtemps et les gouvernements vont devoir développer des stratégies de sorties très rapidement.

Un principe simple

Si l’on estime que 2% de la population est contagieux, un dépistage massif permettrait de remettre 98% de la population au travail. La production de tests est estimée à 84.000 par semaine en France. Elle est pour l’instant très limitée et des mois seraient nécessaires pour atteindre une capacité de dépistage au niveau des enjeux de sortie de confinement. Aussi les auteurs proposent-ils une stratégie de court terme pour accélérer cette sortie. Les biologistes utilisent depuis longtemps des stratégies de tests groupés pour gérer des problématiques de dépistage de masse. Le principe en est simple : il s’agit d’utiliser chaque test disponible pour détecter la présence du virus dans un groupe de n échantillons individuels. Si aucun individu n’est infecté, le test sera négatif et les n individus pourront donc être simultanément remis au travail, et ceci avec un seul test. La taille optimale des groupes à tester est égale à l’inverse du taux de prévalence dans la population. Si 2% de la population est infectée, il est optimal de tester des groupes de 50 personnes, avec une probabilité de libération de ces 50 personnes égale à 36%. En moyenne, chaque test permet donc de libérer 18 personnes ! Cette procédure de dépistage pourrait être mise en œuvre au sein de groupes présentant une forte corrélation d’infection, par exemple au sein d’un même immeuble ou d’une même entreprise, en mettant en place des tests réguliers pour chaque groupe.

Interrogations éthiques

Les auteurs reconnaissent que cette proposition peut soulever des interrogations éthiques. Par exemple, elle implique que certaines personnes testées, celles appartenant aux groupes testés positif, devront restées en confinement alors qu’elles ne sont pas infectées. Cet argument ne leur semble pas recevable. Ils estiment en effet qu’il faut comparer leur solution avec les stratégies alternatives, celle du statu quo du confinement de masse ou celle du lent déconfinement fondé sur le dépistage individuel. Dans cette seconde option en particulier, 18 fois plus de citoyens pourront être remis au travail. Il va aussi être déterminant de repérer rapidement les personnes ayant développé les anticorps qui les rendent immunes au coronavirus, soulignent-ils. Ces personnes pourraient jouer un rôle crucial dans les activités les plus exposées à l’infection, comme en milieu médical et dans le secteur de la distribution alimentaire par exemple. Là aussi, des tests sérologiques existent, mais en bien trop faible quantité pour répondre à ce besoin. Il existe une stratégie de groupage des échantillons qui permet de démultiplier le nombre de personnes immunes détectées compte tenu de notre capacité limitée de tests sérologiques. La production de tests COVID-19 est confrontée à un goulot d'étranglement. La production de tests est actuellement bien en deçà de ce qui est nécessaire pour les stratégies de tests de masse qui permettraient de contrôler la pandémie et le retour de la population confinée sur ses lieux de travail. Une utilisation adéquate des tests groupés peut permettre d’économiser de nombreux tests et accélérer la reprise de l’activité.