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Des ambitions supplémentaires pour l’École polytechnique

Le Président de l’École polytechnique, Jacques Biot, revient sur les principales recommandations du rapport rédigé par Bernard Attali à propos de l’X et sur la lecture qu’en a fait le Ministre de la Défense le 6 juin dernier. Interview.

Comment accueillez-vous le rapport de Bernard Attali ?

Très favorablement puisque ce rapport, qui répond à une mission confiée par le gouvernement fin 2014, ouvre la porte à des ambitions supplémentaires pour l’École polytechnique. Le Ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a reconnu les progrès réalisés par l’École depuis le changement de gouvernance qu’il avait lui-même impulsés il y a deux ans, et a ouvert la porte à l’étude de ces ambitions additionnelles.

Le rapport Attali propose de regrouper toutes les écoles d’ingénieurs du plateau, ainsi que certaines qui n’y sont pas, dans une nouvelle "École polytechnique de Paris", au sein de l’Université Paris-Saclay. Que pensez-vous de cette approche ?

Nous partageons, avec mes collègues des autres écoles d’ingénieurs, l’analyse selon laquelle les écoles françaises sont trop fragmentées face à la compétition internationale. L’X et l’ENSTA, qui sont placées sous la même tutelle ministérielle, ont initié une opération exemplaire, qui a été officialisée par la signature le 6 juin dernier, en présence du Ministre, de la convention portant association de l’ENSTA à l’X.

Les autres écoles sont sous des tutelles ministérielles distinctes de la nôtre. Par ailleurs, certaines sont membres d’autres communautés d’universités et d’établissements (ComUE). Il est donc évident qu’un tel projet devra être discuté avec ces écoles et avec leurs tutelles respectives.

En matière de rapprochement, la question de l’exécution doit également être préparée avec soin. Dans le cas de l’association de l’ENSTA, l’option d’une fusion a été écartée au bénéfice du schéma d’association qui est respectueux des valeurs et de la personnalité de chaque établissement, et qui laisse le temps nécessaire à la recherche des synergies dans un cadre concerté.

En quoi ce projet est-il différent de celui de ParisTech ?

Le rapport Attali recommande de tourner la page de ParisTech.
ParisTech regroupait uniquement des grandes écoles d’ingénieurs dispersées sur des territoires différents. Le gouvernement a fait le choix de privilégier une politique de site.

Comment l’X se place-t-elle par rapport à  l’international ?

Nous avons progressé dans tous les classements depuis deux ans. L'X est devenue 5ème université la plus internationale dans le classement du Times Higher Education. Je rappelle que l’École est aussi 4e du classement mondial des meilleures universités pour la formation de chefs d’entreprises du Fortune 500 selon le THE. En recherche, l’École est classée premier établissement français (et 66e mondial) au palmarès du classement de Leiden pour l’impact de ses publications.

Nous avons identifié, et concrétisé par des accords dans de nombreux cas, la quinzaine de partenaires stratégiques avec lesquels nous entendons renforcer nos liens. Et nous avons engagé cette année un effort spécifique vers l’Afrique, notamment au Maroc, en Tunisie, et en Côte d’Ivoire et bientôt au Sénégal.

L’École compte déjà 30% d'étudiants internationaux, tous cycles confondus, et 40% d’enseignants internationaux. Sur le cycle polytechnicien nous avons augmenté de 100 à 112 les effectifs internationaux en 2014, et le cru 2015 s’annonce encore plus élevé, à niveau d’excellence maintenu.

Le rapport suggère une « formation par alternance » et un « accès post-bac ». Comment l’X cherche-t-elle aujourd’hui à diversifier son recrutement ?

Après dix ans de présidence (non-exécutive) de l’École des mines d’Alès, pionnière en ce domaine, le sujet de la formation par alternance me tient particulièrement à cœur. L’association de l’ENSTA à l’X devrait nous permettre d’aller plus loin et plus vite en ce sens.

L’accès post-bac et le projet d’internat d’excellence sont des sujets sur lequel nous réfléchissons déjà à l’X depuis quelques temps. Un tel projet ne pourrait pas être porté seulement par l’X et devrait se faire avec d’autres écoles de Paris Saclay.

Il convient d’étudier attentivement ces concepts afin de ne pas déstabiliser le marché actuel de l’enseignement supérieur français dans le domaine scientifique et technique. J’ai d’ores et déjà resserré les liens avec les proviseurs des lycées à classes préparatoires pour traiter ces questions en étroite collaboration avec eux.

Une des recommandations du rapport est de multiplier par trois les recrutements par la voie universitaire. Quelle est votre réaction ?

L’X recrute aujourd’hui 18 universitaires par an au sein des élèves français. L’objectif inscrit dans le COP s’élève à une trentaine par an. Un accroissement supplémentaire, auquel l’École polytechnique est ouverte, est conditionné par la mobilisation des universités pour former et nous adresser de bons candidats.
Rappelons toutefois qu’au sein des élèves internationaux, une soixantaine, soit plus de la moitié, sont d’origine universitaire.

Autre proposition : la suppression de la solde des élèves. Quel est votre avis ?

Sur ce sujet, le Ministre de la Défense s’est dit « circonspect ». La question me semble avoir été réglée pour l’essentiel par la parution, le 23 mai 2015, du décret prévoyant, à partir de la promotion 2015, le remboursement de la pantoufle, pour les élèves qui ne n’entreront pas dans le service public.

Qu’en est-il de l’identité militaire de l’École ?

Lors de son discours du 6 juin dernier, Jean-Yves Le Drian a précisé que le lien entre l’X et le ministère de la Défense était « pleinement réaffirmé par ce rapport ». Le Ministre soutient donc le maintien de ce statut.

Concernant les financements, le Ministre s’est exprimé en faveur  d’un objectif de levée de fonds qui soit « fortement réévalué pour les cinq ans à venir ». Comment réagissez-vous ?

Nous entendons cette ambition. Nous sommes actuellement dans la phase silencieuse de la prochaine campagne de levée de fonds. Dans ce contexte, les dons affluent de manière supérieure aux prévisions et je remercie vivement tous les donateurs, particuliers et entreprises, qui concourent ainsi à notre succès. La campagne est menée de manière très professionnelle, à l’anglo-saxonne, et les objectifs seront fixés sur une base ambitieuse mais réaliste.

Quelles vont être les suites apportées à ce rapport ?

Le Ministre de la Défense nous a demandé de préparer d’ici la fin de l’année, en lien avec le Conseil d’administration, et sous le pilotage d’un comité présidé par son Directeur de cabinet, une révision du plan stratégique pluriannuel de l’X, qui tienne compte de ces orientations. Nous avions déjà prévu depuis plusieurs mois un séminaire stratégique qui s’est déroulé précisément à la fin de ce mois de juin.

Le premier comité de pilotage se réunit début juillet, trois groupes de travail sont constitués, et nous présenterons les moyens de mettre en œuvre les ambitions supplémentaires à l’occasion de la venue du Ministre, lors d’une séance élargie du conseil d’administration de l’École mi-décembre 2015.

> Le rapport de Bernard Attali – École polytechnique

> Lire "Les nouvelles ambitions du ministre de la Défense pour l’X"