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Édouard Philippe à l’X : «Face aux vertiges du monde, il faut regarder loin»

Intervenant à l’École polytechnique à l’invitation des Tribunes de l’X, l’ancien Premier ministre a appelé de ses vœux l’élaboration collective d’une stratégie à très long terme pour répondre aux quatre grands « vertiges du monde » - démographique, géopolitique, climatique et technologique – auxquels la France est confrontée.

Edouard Philippe à l'Ecole polytechnique

A trois jours du lancement de son nouveau mouvement politique baptisé « Horizons », l’ancien Premier ministre du président Emmanuel Macron, a présenté à l’X son diagnostic des grands défis auxquels la France est confrontée et a souligné la nécessité d’y répondre en regardant loin.

Enjambant les prochaines échéances électorales et dépassant l’horizon du Plan France 2030 dont Emmanuel Macron a présenté les grandes lignes le 12 octobre, le maire du Havre a appelé de ses vœux l’élaboration d’une stratégie partagée à 2040-2050 pour répondre aux « vertiges du monde », démographique, climatique, géopolitique et technologique.

« Face aux vertiges du monde, il faut regarder loin car c’est en regardant loin que l’on a moins le vertige », a exhorté Édouard Philippe qui intervenait devant les élèves et étudiants de l’École polytechnique à la sollicitation des Tribunes de l’X.

Regrettant « une forme d’abaissement, d’affaissement du débat public », il a appelé son auditoire à prendre une part active à l’élaboration de cette stratégie nationale voire européenne permettant de prendre en compte l’ensemble des transformations en cours à la fois simultanées et très rapides.

Concernant le « vertige démographique », Edouard Philippe a rappelé que la population mondiale avait presque quadruplé entre 1800 et 1970 pour atteindre 3,7 milliards d’habitants avant de doubler dans les cinquante années suivantes à 8 milliards d’habitants en 2020. « Tout indique qu’à la fin du siècle elle aura dépassé les 10 milliards », a-t-il noté soulignant que cet accroissement absolument massif de la population mondiale s’accompagne de bouleversements dans la répartition entre les grandes sphères continentales avec un net ralentissement de la dynamique démographique et un vieillissement en Europe et en Chine mais une accélération en Afrique. Elle va aussi de pair avec une urbanisation croissante et une poussée vers les littoraux.

« Le rapport démographique entre le nord et le sud de la Méditerranée est actuellement de 1 à 2 avec 500 millions d’habitants en Europe et environ un milliard en Afrique ; en 2050, le rapport sera de 1 à 5 et la population du seul Nigéria sera, en 2030 et peut-être même avant, supérieure à celle des États-Unis », a relevé Édouard Philippe.

La pression démographique se traduit par endroit par des pressions très fortes sur les ressources naturelles, sur la qualité de vie dont ceux qui les subissent cherchent à s’échapper par les migrations, a-t-il dit.

Évoquant le vertige climatique, Édouard Philippe a estimé qu’il était sans doute le mieux expliqué et le mieux pris en compte même s’il convient de prendre aussi en compte la réduction de la biodiversité qui se traduit par « une humanisation croissante du vivant ».

« La multiplication d’événements extrêmes en matière de climat, ce qu’il faut redouter s’agissant des augmentations de températures et de leurs effets, la difficulté d’accès à la ressource en eau, tous ces sujets qui ne sont pas absents du débat public peuvent littéralement donner le vertige par leur rythme et leur intensité, surtout lorsqu’ils sont combinés à la pression démographique dont ils sont à la fois l’effet et la cause », a-t-il résumé.

Edouard Philippe à l'Ecole polytechnique

En matière de géopolitique, l’ancien Premier ministre a identifié trois menaces : l’affirmation de la Chine qui conduit à une opposition quasi-inévitable avec les États-Unis et un basculement du centre de gravité du monde vers le Pacifique, entraînant une périphérisation de l’Europe à laquelle cette dernière ne semble pas vouloir répondre par une volonté de puissance affirmée que d’autres Etats comme la Russie ou la Turquie mette en œuvre au moins à l’échelle régionale.

« L’effet que cela produit sur un espace comme le nôtre est évidemment extrêmement délicat à gérer et extrêmement dangereux », a-t-il prévenu évoquant le danger pour l’Europe « d’être braquée au sens physique ».

Il y a pour lui une troisième menace géopolitique plus insidieuse mais tout aussi réelle liée à la remise en cause du modèle occidental en matière de relations internationales.

« Au fond, les piliers de notre modèle en matière géopolitique ont été un attachement assez fort au principe de la liberté démocratique comme meilleur moyen de garantir la stabilité et la prospérité et un recours au multilatéralisme permettant à des puissances devenues moyennes mais restées mondiales comme la France, le Royaume-Uni ou d’autres de continuer à exister dans le concert des Nations », a rappelé Édouard Philippe.

« Est-ce que la liberté démocratique est perçue ailleurs qu’en Europe occidentale et même en Europe comme le meilleur moyen de garantir à la fois la prospérité et la stabilité, cela n’est pas certain au regard de la fascination exercée par des régimes autoritaires éclairés ou des régimes directifs qui cantonnent la liberté à la sphère la plus privée », a-t-il estimé.

Quant au multilatéralisme, il ne cesse depuis dix ou quinze ans d’être remis en cause et fragilisé, a-t-il poursuivi attribuant son recul aussi bien à la montée d’Etats forts qui ne souhaitent plus s’embarrasser de la définition de règles communes qu’à un désengagement assez généralisé.

Quatrième « vertige du monde » évoqué par Édouard Philippe, le vertige technologique avec les conséquences de la poussée de l’intelligence artificielle sur la notion de travail et donc du modèle social, celles du développement des biotechnologies sur notre humanité et celles de l’accélération des nouvelles technologies dans leur ensemble en matière de sécurité et de souveraineté.

« Dans les sociétés que nous avons vendu à nos concitoyens comme postindustrielles et essentiellement composées de services, quel est l’espace pour le travail face au développement considérable de l’intelligence artificielle ?» s’est-il interrogé rappelant que derrière notre notion du travail s’articule aujourd’hui « une organisation de notre protection sociale, de nos cotisations et de la rémunération de nos concitoyens ».

Le développement des biotechnologies questionne « la part d’essentiel dans notre humanité qui est susceptible de pouvoir être transformée remettant en cause des notions très profondément ancrées dans nos sociétés », a-t-il relevé évoquant des concepts comme l’homme augmenté ou le transhumanisme ».

Édouard Philippe s’est enfin interrogé sur la signification des notions de sécurité et de souveraineté faisant référence au risque de propagation de cybervirus potentiellement plus dévastateurs que le coronavirus ou aux implications des processus de création monétaire liée à la blockchain sur les liens ente monnaie et souveraineté.

« Il va sans dire que, pour ma part, je réfléchis à ces sujets mais j’en garde pour la prochaine fois », a conclu le président d’Horizons, insistant sur la nécessité de prendre en compte les vertiges du monde tous ensemble.