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Le Brexit se joue à l’X

Le 14 janvier dernier, une vingtaine d’étudiants de l’École polytechnique se sont glissés dans la peau de chefs d’État et de gouvernement pour imaginer le Conseil européen exceptionnel qui se tiendra les 18 et 19 février 2016. Lors de ce « sommet », ils ont débattu à propos du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, appelé le Brexit.

Ils ont vécu l’expérience de l’intérieur. Jeudi 14 janvier 2016, vingt-deux élèves polytechniciens sont entrés dans la matrice de l’Union européenne. Avec un objectif, comprendre les négociations qui vont se jouer les 18 et 19 février prochains lors du Conseil européen consacré au sujet du retrait du Royaume-Uni de l’UE, communément appelé le Brexit.

Cette simulation grandeur nature du Conseil européen était proposée dans le cadre du cours introductif aux enjeux de l’Union européenne dispensé aux élèves de deuxième année du cycle ingénieur. Aux commandes de cette expérience se trouvaient deux professeurs associés au département d’Humanités et Sciences Sociales de l’École polytechnique, Adrien Fauve, docteur en science politique associé au Centre de recherches internationales (CERI), et Samuel B.H. Faure, doctorant à SciencesPo, associé au CERI et à l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire (IRSEM). « L’idée est d’amener les étudiants à être acteurs de leur apprentissage », explique Adrien Fauve, également ingénieur au sein du projet d’innovation pédagogique Forccast. Pour incarner au mieux leur rôle, les élèves ont travaillé leurs personnages pendant une semaine avant de participer à la simulation de Conseil européen. « Nous les avons encouragés à avoir des échanges informels en amont du sommet européen lors de réunions de travail mais aussi via un groupe Facebook fermé, et sur Twitter, avec un hashtag dédié « #BreX2016 », précise le doctorant Samuel B.H. Faure. Toutes ces actions concrètes visent à personnifier des processus politiques qui apparaissent froids et technocratiques, et finalement assez éloignés de la réalité du terrain ».

Développer le savoir-faire et le savoir-être
Jeudi 14 janvier, les vingt-deux élèves avaient endossé leurs habits de chefs d’État et de gouvernement. Costumes foncés et cravates pour les hommes, tailleurs pour les femmes. Yassine Kadiri, élève de deuxième année, a interprété le rôle de la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini. « C’est interactif et cela permet de mettre en pratique les connaissances acquises durant les neuf séances précédentes de cours théorique », estime Yassine Kadiri. Car pour pratiquer un tel exercice, il est nécessaire de connaître au préalable les règles du jeu, les acteurs et les processus. D’autant que les enjeux du Brexit sont complexes : croissance, politique monétaire, crise des réfugiés, sécurité, etc. Ces questions mobilisent les connaissances abordées pendant le cours tels que le droit européen,  les statistiques ou encore les instruments de gestion des flux migratoires. « Grâce à cette pédagogie active, les élèves développent leur savoir, mais aussi et surtout leur savoir-faire et leur savoir-être, précise Adrien Fauve. Ils acquièrent ainsi des compétences comportementales indispensables dans leur future vie professionnelle ». Pour Yassine Kadiri, cet exercice était l’occasion de prendre de l’aisance à l’oral pour réussir à s’imposer dans les négociations. « J’avais un rôle de modérateur durant lequel j’attribuais la parole et pour gérer le temps, j’ai dû apprendre à couper la parole quand il le fallait et à ménager les susceptibilités des petits pays tels que l’Estonie qui se plaignait de n’avoir pas assez participé, se rappelle l’élève. Il y a toujours une personne derrière un chef d’Etat avec une manière de penser et d’interagir qui lui est propre et dont il faut tenir compte lors des négociations ».

Incarner la réalité des relations politiques
C’est justement tout le but de cette mise en scène, faire comprendre aux étudiants la dimension sociologique du politique. « Les relations sociales comptent pour comprendre un Conseil européen », relève Samuel B.H. Faure. Le 14 janvier dernier, le Chancelier allemand est arrivé en retard lors de la simulation. Selon le doctorant, ce délai a donné au Chancelier un avantage comparatif « improbable » face à ses homologues puisqu’il a pu s’exprimer après le Premier ministre britannique en chamboulant, de fait, l’ordre protocolaire. « Si l’on se limite au cadre formel d’un Conseil européen, on perd une partie de l’histoire », souligne Samuel B.H. Faure en insistant sur le fait qu’un Conseil européen ne se réduit pas à un bargaining d’une durée de trois heures ou de deux jours. Pour comprendre les négociations, « il est indispensable de les replacer dans l’histoire plus longue et continuelle des relations politiques et diplomatiques, et ainsi prendre du recul par rapport au temps médiatique », poursuit-il. Pour Adrien Fauve, en apprenant  aux étudiants à se repérer dans la complexité des discours médiatiques et scientifiques, « cette expérience participe au renouvellement des formes de débat démocratique ». Cet exercice a permis à Yassine Kadiri de sortir des clichés et des préjugés sur l’UE et ainsi de « comprendre la complexité des enjeux et d’arriver à une représentation plus réaliste » de l’institution. Ce cours lui a même donné envie de poursuivre cet exercice et de participer à l’association « X on the MUN » de l’École polytechnique qui organise des simulations d'une assemblée de l'ONU. « J’ai choisi l’X justement pour cette ouverture vers les autres disciplines où l’on ne fait pas qu’apprendre les matières scientifiques », insiste l’élève.

A l’issue de cette simulation, les étudiants sont arrivés à un compromis. Peut-être un signe pour le vrai Conseil européen qui se tiendra, lui, les 18 et 19 février prochains.