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Le cours de design des technologies innovantes s’inspire de l’esprit des makers

Un cours de l'X propose aux élèves de développer leur créativité. En inventant des objets, notamment au sein du fab-lab du bâtiment entrepreneuriat et innovation, les futurs ingénieurs travaillent sur un projet pratique et collectif à l’image de ce qui se fait dans les universités américaines.

Une imprimante 3D, du carton et de la colle en guise d’outils de travail remplacent les stylos, cahiers et ordinateurs. Le bruit des perceuses recouvre celui des discussions animées des étudiants. Des élèves, assis par terre pour assembler deux pièces en plastique, côtoient un groupe qui découpe l’intérieur d’une imprimante à l’aide d’une scie. La traditionnelle salle de cours s’est transformée en espace de création où le désordre semble être une source d’inspiration. Le cours de « design des technologies innovantes » se déroule au sein du Fab lab du nouveau bâtiment innovation et entrepreneuriat de l’École polytechnique. Il s’adresse à une vingtaine d’élèves de 3ème année du cycle ingénieur qui suivent le parcours innovation technologique.

A l’origine de cette formation proposée depuis trois ans à l’X se trouve un professeur. « Je me suis inspiré des cours que j’ai suivi au MIT (Massachusetts Institute of Technology) lorsque j’étais étudiant et j’ai adapté le format pour les élèves polytechniciens », raconte Charles Baroud, Professeur associé au département de mécanique de Polytechnique. « Toutes les universités américaines proposent ce type de cours à leurs étudiants », poursuit l’enseignant qui précise que la conception d’ingénieur aux Etats-Unis diffère de celle que l’on a en France. « Outre-Atlantique, un ingénieur c’est quelqu’un qui invente, alors qu’ici la fonction est davantage associée aux connaissances théoriques », indique Charles Baroud.
Le but du cours est justement de développer la créativité des élèves pour les inciter à inventer. « Les futurs ingénieurs doivent apporter une solution technologique à un problème auquel il n’y a pas une réponse unique », souligne le professeur. Pour mettre en pratique cet objectif, les élèves ont pour consigne de "dé-constuire" un objet technologique pour le détourner de sa fonction initiale. Cette année, ils doivent créer - à partir d’une imprimante à jet d’encre - une machine servant à séparer deux sortes de grains, des grains de riz et des grains de café.

Une première expérience concrète de la création
Par équipe de quatre, les étudiants expérimentent tout en collaborant. Chaque groupe a un projet différent. Celui de Livia Soussou, élève de la promotion 2013, a choisi d’utiliser un système de vibration pour faire converger le riz d’un côté, et le café de l’autre. Pour cela, ils ont récupéré le moteur de l’imprimante. « C’est un projet concret, libre et associant plusieurs disciplines comme la physique et la mécanique. Cela nous permet de faire appel à notre imagination, ça change ! », se réjouit Livia pour qui ce cours représente une première expérience de l’innovation et de la création.   
A une table d’écart, Paul Lascombes et Théodore Dassonville testent leur machine. Les deux élèves ont disposé les grains sur une feuille de papier et l’utilisent pour bloquer les grains de café - plus épais que les grains de riz - au moment où celle-ci s’enroule dans l’imprimante, et ainsi séparer les deux sortes de grains. « Ce cours est très appliqué, on est actif et cela nous permet d’expérimenter par nous-mêmes », estime Paul. Pour Théodore, ce travail d’équipe « pousse à créer, à faire de l’innovation autrement et cela dans une approche low-cost puisque le matériel autorisé est limité à une simple imprimante, des fixations comme par exemple du scotch et un budget inférieur à 25 euros ».

Une pédagogie innovante basée sur l’expérimentation active
Toutes les machines inventées par les élèves sont « potentiellement brevetables » précise Charles Baroud. « Ce cours s’apparente à un processus de découverte, un peu comme une expérience réalisée en laboratoire », compare le professeur par ailleurs spécialiste de la microfluidique dont l’objet est la manipulation des fluides.
Son cours, qui propose une pédagogie innovante, trouve ses racines dans l’influence des « makers ». Ce mouvement, né aux États-Unis au début des années 2000 dans la veine de l’esprit start-up, s’invite désormais dans le monde de l’enseignement. Créer des objets, des systèmes ou des idées: cet apprentissage tente de faire évoluer l’enseignement sur un mode plus actif et créatif.
Après cinq séances pour mettre au point leurs machines, les élèves présenteront fin novembre leur projet devant un jury. « On juge la démarche plus que l’objet final », observe Charles Baroud convaincu que les expériences réalisées pendant ce cours peuvent servir des questions d’ordre social. Car en plus de créer une machine, les étudiants réalisent des exercices sur des sujets tels que l’innovation frugale – qui consiste à répondre à un besoin de façon simple, efficace et en utilisant un minimum de moyens – pour les enfants en bas-âge dans les pays pauvres. Une démarche de création à bas-coût qui s’inscrit une fois de plus dans l’esprit du mouvement des makers.