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[Série de l'été] Jeanne Hagenbach - Par le jeu alléchée

De juin à août, retrouvez, chaque mardi et jeudi, le portrait d'un chercheur de l'École polytechnique. Aujourd’hui : Le travail de Jeanne Hagenbach, chercheuse au Centre de recherche en économie et statistique, traduit les échanges entre les individus en objets mathématiques grâce à la théorie des graphes.

©Silvère Leprovost

Dans la micro-économie, il est un champ de recherche singulier, la théorie des jeux, qui analyse toute situation où des individus en interaction prennent des décisions. C’est dans ce domaine que s’est illustrée Jeanne Hagenbach, chercheuse au Centre de recherche en économie et statistique de l’X, en recevant la médaille de bronze du CNRS en 2016. Cette distinction récompense ses travaux sur la communication stratégique, une branche de l’économie où la chercheuse flirte avec la linguistique.

Comprendre comment les individus communiquent dans les jeux

« J’essaie de comprendre comment les individus communiquent dans les jeux : Qui révèle des informations à qui ? Que déduire quand on ne nous dit rien ? Quand utilise-t-on des messages vagues ? », détaille Jeanne Hagenbach. Les situations sur lesquelles elle travaille ont toutes un point commun : certains individus détiennent une information, et d’autres ne l’ont pas et en ont besoin. Alors, elle explore quand et comment cette information circule. Pour cela, la chercheuse a recouru à la théorie des graphes afin de représenter les incitations de la partie informée à mentir ou à manipuler son information. « Le cœur du problème est que les agents divulguent souvent les informations qu’ils détiennent de manière stratégique, dans le but d’influencer les décisions des autres », explique-t-elle. Ainsi, un vendeur souhaite convaincre les consommateurs de la fiabilité de son produit et un homme politique cherche à dissuader les électeurs de voter pour son adversaire… « La théorie des jeux touche à la biologie, la psychologie, la sociologie, l’économie, la politique et d’autres disciplines. On peut modéliser comment un mâle choisit une femelle pour se reproduire, comment une entreprise choisit le packaging de ses produits, pourquoi les passagers sortent du même côté du métro, et même théoriser les conflits armés », indique Jeanne Hagenbach qui a découvert ce domaine en première année de Master à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg.

Des "fables mathématiques"

Pourtant, elle n’a pas la volonté, à ses débuts, de devenir économiste, et elle compense ses quelques lacunes en mathématiques en examiner des questions de recherches créatives. Son travail, comme la microéconomie théorique en général, s’apparente parfois à l’écriture de fables mathématiques, et aboutit plus à des enseignements généraux qu’à des recommandations pratiques. « Je ne suis pas conseillère en communication. Je peux prouver, par une méthode scientifique, que ceux qui se ressemblent se parlent, mais cela ne nous indique pas directement comment faciliter la communication dans une entreprise», indique-t-elle.
Aujourd’hui, elle projette de diriger ses recherches vers de nouvelles problématiques. D’une part, elle souhaite étudier le rôle des doutes dans les conflits. Elle explorera comment la perspective d’une situation de lutte entre différentes parties exacerbe leurs différences d’opinions et d’idéologies. D’autre part, elle envisage d’approfondir les ponts entre la linguistique et la communication stratégique avec l’objectif de mieux comprendre le rôle du vocabulaire et de sa richesse. En effet, si les intérêts des individus affectent la manière dont ils communiquent, le langage revêt également une grande importance. Pourtant, les mots et leurs poids restent peu étudiés sous l’angle de la théorie des jeux. Pour le moment.

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