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[Série de l'été] Michaël Foessel - Libre est la nuit

De juin à août, retrouvez, chaque mardi et jeudi, le portrait d'un chercheur de l'École polytechnique. Aujourd’hui : Michaël Foessel, philosophe et enseignant-chercheur, a initié une convention entre l'École polytechnique et l'Université Paris-Nanterre pour permettre aux élèves du cycle ingénieur de poursuivre une licence de philosophie.


©Silvère Leprovost

Sur le campus de l’École polytechnique, Michaël Fœssel aime particulièrement les sous-sols. Leurs murs, recouverts de graffitis et tags d’élèves, lui évoquent les fresques de street art de Berlin. « C’est l’endroit le plus étonnant de l’École », considère le philosophe, professeur à l’X depuis 2013, qui passe trois mois par an dans la capitale allemande. Une ville qu’il a découverte dès l’adolescence, un an avant la chute du Mur, et dont l’esprit de liberté fait écho au sien. Pour l’enseignant-chercheur, « la philosophie et les sciences sociales rendent plus lucides, donc plus libres, ceux qui s’y confrontent ».

Pour plus de reconnaissance des sciences humaines

Il milite ainsi pour qu’en France, les sciences humaines soient davantage reconnues dans le monde professionnel,  comme en Allemagne ou aux États-Unis où un doctorat en philosophie offre de nombreuses perspectives professionnelles. Dans ce sens, Michaël Fœssel a initié cette année une convention entre l’École polytechnique et l’Université Paris-Nanterre pour permettre à une trentaine d’élèves du cycle ingénieur de poursuivre une licence de philosophie en parallèle de leur cursus à l’X.

« Cette intelligence humaine est nécessaire pour prendre des décisions d’ordre politique, et c’est justement l’une des forces de l’École de donner de l’importance aux sciences sociales, considère le Professeur. J’essaie de montrer aux élèves la profondeur historique de concepts considérés comme nouveaux ou faussement évidents, et leur révéler ainsi la complexité des problématiques soulevées par ces notions », poursuit celui qui fut un élève indiscipliné d’une ZEP à Mulhouse, avant de découvrir, à 16 ans, le philosophe Paul Ricœur. Il passe ensuite par l’École normale supérieure et soutient une thèse sur Emmanuel Kant et la question du monde.

Entre enseignement et recherche

Si l’enseignement est pour lui un gage de liberté individuelle, Michaël Fœssel reste proche du monde de la recherche. Avec les équipes du laboratoire d’humanités et sciences sociales de l’X, il anime un séminaire sur l’éthique de la recherche proposant de confronter les résultats, problèmes et méthodes de différents champs des sciences humaines et sociales. Le philosophe retrouve cette interdisciplinarité dans la revue « Esprit » dont il est un membre actif, et où des historiens, sociologues, politistes et écrivains mêlent leurs points de vue ; ainsi que dans ses ouvrages où il reprend des thèmes poétiques et littéraires, tels que la « consolation » ou la « nuit », pour les observer sous le prisme de la philosophie politique.

Son dernier livre La Nuit explore ce temps durant  lequel la surveillance sociale est réduite. « Il y a une tendance préoccupante à vouloir organiser la nuit selon les critères du jour. Ce n’est pas la symbolique de la nuit qui importe, mais les expériences concrètes qu’elle accueille, remarque Michaël Fœssel. Sous prétexte de sécurité ou de croissance, l’État et le marché s’emparent ce que la nuit a d’inquiétant, d’imprévisible. Au nom de la transparence, on met toutes choses en lumière. Mais là où tout est donné à voir, il n’y a plus grand-chose à vivre ».

Le philosophe évoque une fois de plus Berlin, où selon lui, « il existe une culture de la nuit qui n’est pas conçue comme le prolongement du jour, mais comme une manière de voir autrement ».

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Retrouvez tous les portraits de chercheurs de notre série de l'été, ici.