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Un prix Nobel au chevet de la planète

Alors que s’achève la semaine de la finance responsable, coïncidant cette année avec la semaine du développement durable de l’X, le moment est opportun pour revenir sur les principaux points soulevés lors du colloque « Réflexions » du 7 juin dernier par le prix Nobel d’économie Jean Tirole.

Le prix Nobel Jean Tirole au chevet de la planète

Nous avons 10 ans pour agir

Nous sommes dans une situation d’urgence. Il ne nous reste que 20 ans avant d’avoir épuisé le budget carbone qui permettrait de maintenir la hausse moyenne des températures sous les 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle. Pour le dire autrement, nous avons 20 ans pour ramener à zéro nos émissions nettes de gaz à effet de serre, et en pratique 10 ans pour imaginer, tester, mettre au point et commencer le déploiement des solutions appropriées.

Le prix du carbone doit s’imposer à tous

Les grandes exhortations ne fonctionnent pas. En revanche, les incitations sur la base d’un prix du carbone fonctionnent si elles sont justes et s’appliquent à tous. En Angleterre, une taxe carbone très modeste a permis de réduire fortement les émissions. Le charbon a été remplacé par du gaz naturel, qui émet deux fois moins de CO2. Une taxe assez faible peut avoir des effets positifs considérables. Mais il faut alors que tout le monde, sans exception, y soit soumis, sans quoi le consentement des populations ne sera pas obtenu. Il convient bien sûr d’accompagner cette mesure d’une compensation forfaitaire, laquelle doit s’articuler avec l’impôt sur le revenu : il faudra compenser les perdants, surtout lorsque ceux-ci seront parmi les moins favorisés au départ.

Le prix du carbone donne de la visibilité à court terme

Cette taxe, qu’il conviendrait plutôt de qualifier de prix, permet d’agréger toutes les informations, de simplifier un problème extrêmement complexe : qu’est-ce qui est réellement vertueux sur le plan de l’émission de gaz à effet de serre ? Avec le prix, tout sera internalisé, chacun paiera exactement ce qu’il coûte à la société en terme d’empreinte carbone. Si nous voulons sauver la planète, il faudra faire des efforts. Et plus nous tarderons, plus il faudra faire d’efforts. Réduire son empreinte carbone à bas coût sera l’objectif premier des grandes entreprises, dessinant l’esquisse d’un cercle vertueux à la finalisation duquel les politiques publiques devront inciter.

Le prix du carbone donne de la visibilité à long terme

La taxe carbone est indispensable pour apporter de la crédibilité aux projets bas carbone des nouveaux entrepreneurs. Connaître la rentabilité à 5, 10, 15, 20 voire 30 ans permet de sécuriser les investissements. Les autorités doivent s’engager à long terme sur un prix stable. De plus, le prix du carbone présente la vertu de ne pas choisir les gagnants : on ne peut prédire quelles seront les technologies gagnantes. Le succès, la courbe d’apprentissage des technologies actuellement explorées restent incertains. Il faut, grâce à un prix du carbone stable, dessiner une perspective afin que les entrepreneurs puissent obtenir avec sérénité les financements nécessaires qui assureront les bénéfices de demain dans une économie bas carbone.

Le PIB n’est pas l’alpha et l’oméga des économistes.

Les économistes n’ont strictement aucun mandat qui leur permettrait de décider des choix de société. Les scientifiques spécialistes du climat demandent de limiter le réchauffement à 1,5°C. C’est un choix sociétal, qui s’appuie sur un consensus scientifique. Il convient ensuite de faire les efforts correspondants, quel que soit leur impact sur la croissance du PIB. Le véritable enjeu, c’est la préservation de l’habitabilité de la planète.