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Une bourse ERC sur le rôle des interactions sociales dans la démographie

Pauline Rossi, professeur d’économie au Centre de recherche en économie et statistique est lauréate d’un financement européen ERC Starting Grant qui lui permettra de monter une équipe de recherche autour du rôle des interactions sociales dans la dynamique des populations.

Les questions de démographie constituent un enjeu politique partout dans le monde. En Asie ou en Europe, le nombre moyen d’enfants par femme est inférieur à deux et continue de baisser, ce qui crée, entre autres, des tensions sur les systèmes de retraite. A l’inverse en Afrique, la baisse observée de la fécondité est moins rapide que le prévoyaient les Nations Unies. « Pourquoi les modèles ont-ils échoué à prédire cette trajectoire ? » s’interroge Pauline Rossi. Cette économiste, professeur au Centre de recherche en économie et statistique (CREST*), vient de recevoir une bourse européenne ERC Starting Grant pour le projet P3OPLE  (Peers and Possible Partners : Exploring the Origins of Population Long-term Equilibria) autour de ces thématiques.

Dans ses travaux précédents, elle a étudié les incitations économiques pouvant pousser les personnes à avoir des enfants ou non. En particulier, elle a récemment décrit dans quelle mesure la mise en place de système de retraite en Namibie, en Afrique australe, a contribué à la baisse de la fécondité. « Avec ce nouveau projet, je compte analyser à la fois le rôle des normes sociales, sur ce qui constitue une « bonne » famille notamment, et le rôle des contraintes sur la formation des couples, par exemple s’il y a plus d’hommes que de femmes dans une génération » explique Pauline Rossi.

Interactions sociales et déséquilibres

Les normes sociales et le manque de coordination entre personnes pourraient expliquer pourquoi la fécondité reste élevée alors que les conditions de développement favorisent sa baisse : les gens continuent à avoir beaucoup d’enfants pour imiter les autres bien que cela ne soit pas économiquement favorable. « Peut-être que si on révélait aux gens ce que pensent vraiment les autres, ils constateraient qu’avoir une famille plus petite est en fait bien accepté socialement. Est-ce que ça faciliterait le changement ? C’est une des hypothèses que je compte tester avec ce projet grâce à un travail que j’ai déjà amorcé avec trois collègues au Burkina Faso » détaille la chercheuse. Parmi les autres effets qui vont être explorés se trouve celui de l’arrivée de familles immigrées avec un nombre moyen d’enfants élevé dans des pays où la fécondité est plus faible. Par exemple, comment l’arrivée de réfugiés syriens en Turquie et en Allemagne change-t-elle la fécondité des familles turques et allemandes ?  

Le second axe du projet examine les contraintes sur la formation des couples, en particulier la question des hommes qui n’ont pas d’enfants. Le phénomène est encore peu étudié et pourrait avoir des causes multiples. En Chine, par exemple, la politique de l’enfant unique et la préférence sociale pour avoir un garçon a conduit aujourd’hui à un grand déséquilibre dans la répartition des sexes. La pratique de la polygamie dans certaines régions d’Afrique et de la monogamie en série (divorces et remariages) en Occident peut avoir pour effet d’exclure certains hommes du mariage. « Ces questions peuvent avoir des conséquences sociales importantes » explique Pauline Rossi.

Modélisation et collecte de données

Ces recherches s’appuient donc à la fois sur des modèles économiques qui permettent de quantifier des liens de causalité, combinés à des travaux de terrains afin de collecter des données. Ces dernières manquent aujourd’hui par exemple sur des questions de normes sociales et de préférences personnelles sur la famille ou encore sur la fécondité des hommes. « La raison en est que les données ont surtout été récoltées dans l’objectif de mesurer et prédire la croissance de la population, d’où le focus sur le nombre moyen d’enfant par femme. Mais la moyenne ne permet pas de connaître toute la distribution, notamment combien de personnes n’ont pas d’enfants » souligne Pauline Rossi. Le travail sur le terrain est également essentiel afin d’éviter les erreurs d’interprétation. C’est pourquoi la chercheuse collabore avec des chercheurs français mais aussi étrangers afin de connaître le contexte dans des pays comme la Chine ou la Turquie.

Grâce à ce financement ERC, Pauline Rossi va donc avoir l’occasion de recruter une équipe pour l’aider dans ces recherches qui, elle l’espère, pourront stimuler d’autres questionnements scientifiques et contribuer aux débats et à la décision publique.

À propos de Pauline Rossi

Les recherches de Pauline Rossi portent sur la microéconomie appliquée, l'économie du développement et l'économie de la famille. En 2016, elle a reçu la mention spéciale de l'AFSE (Association française de Science économique) pour sa thèse « Les déterminants des choix de fécondité en Afrique : préférences de genre, stratégies d'assurance et rivalités reproductives » effectuée à l’Ecole d’économie de Paris. Elle a été professeur à l’Université d’Amsterdam avant d’être nommée au CREST en 2021.

>Plus d’information sur son site personnel

A propos des bourses ERC

Attribuées par le Conseil européen de la recherche (ERC), les Starting Grants visent à soutenir les chercheurs et chercheuses en début de carrière qui ont déjà fourni un excellent travail et qui sont prêts à travailler de manière indépendante en tant que chefs d'équipe de recherche.

>Plus d’information sur le site de l’ERC

*CREST : une unité mixte de recherche CNRS, École polytechnique - Institut Polytechnique de Paris, ENSAE Paris - Institut Polytechnique de Paris, GENES