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Rencontre avec Alice Albizzati et Elina Berrebi (X 2006), co-fondatrices de Revaia
Elina Berrebi et Alice Albizzati © Hermance Triay
Quelles ont été les grandes étapes de vos parcours respectifs ?
Elina Berrebi (E.B.) : Depuis toute petite, j’étais fascinée par les sciences, qui étaient pour moi une manière de comprendre le monde. C’est ce chemin qui m’a menée à l’École polytechnique, un lieu fondateur, où j’ai découvert un environnement intellectuel foisonnant, mais aussi où j’ai rencontré mon associée Alice. À l’X, je me suis plongée dans la finance et l’étude de l’investissement de long terme : comment il se structure, comment il accompagne une entreprise dans la durée, comment il peut transformer un secteur. Après un Master aux États-Unis, j’ai poursuivi cette exploration au Fonds Stratégique d’Investissement (devenu Bpifrance), où j’ai découvert l’envers du décor du capital-investissement. Puis la technologie s’est imposée à moi. Chez Eurazeo, au sein de l’équipe Growth en construction, j’ai eu la chance d’accompagner des scale-up comme PeopleDoc racheté par une société de logiciel américaine. J’ai immédiatement aimé ce mélange de rigueur financière, d’audace entrepreneuriale et de vitesse d’exécution. Ce parcours, nourri par un goût profond pour la tech et les modèles d’hypercroissance, a naturellement renforcé ma complicité professionnelle avec Alice. Nous partagions le même regard sur l’Europe, sur son potentiel technologique et sur la manière dont le capital pouvait aider à révéler ses futurs leaders.
Alice Albizzati (A.A.) : Quand j’ai intégré l’École polytechnique en 2006, Elina et moi étions dans des parcours proches, avec la même curiosité pour les sciences, et les dynamiques économiques et technologiques. J’ai choisi la spécialisation en économie et physique du changement climatique. Après l’X, j’ai poursuivi mes études en Italie et au Canada, des expériences qui ont élargi mon horizon et affûté mon appétit pour les écosystèmes internationaux. J’ai ensuite évolué dans différentes sociétés d’investissement, banque publique, private equity small et mid cap, puis dans un fonds de Growth à New York. L’énergie américaine m’a profondément marquée : une ambition, une exécution rapide, une capacité à viser très vite, très grand. En revenant en Europe, j’ai décidé de m’associer avec Elina. Nos expériences complémentaires, notre façon similaire d’approcher l’investissement dans l’innovation et notre volonté d’avoir de l’impact ont posé les bases d’une collaboration devenue évidente.
Qu’avez-vous retenu de votre passage à l’École polytechnique et quel a été son impact sur vos parcours ?
E.B. : L’École m’a apporté une exigence intellectuelle et un réflexe de rigueur scientifique que j’applique au quotidien dans nos décisions d’investissement. La force du réseau polytechnicien m’a également permis de rencontrer des personnalités capables de repousser les frontières du possible, une source d’inspiration constante lorsque nous accompagnons des fondateurs qui réinventent l’économie numérique.
A.A. : À l’X, j’ai appris à raisonner avec audace, à prendre du recul sur la transformation du monde et sur le rôle que nous voulons y jouer. L’esprit d’entreprendre, l’excellence scientifique et l’engagement citoyen qui caractérisent l’École continuent de guider nos choix chez Revaia : investir dans l’innovation de façon utile, créatrices d’impact pérenne, et contribuer à faire émerger en Europe une économie responsable et ambitieuse.
En 2018, vous avez donc créé la société de gestion Revaia. Pourriez-vous nous en dire plus sur cette entreprise, sa genèse et ses activités ?
A.A. : Lorsque nous avons fondé Revaia, notre ambition était de créer une plateforme européenne capable d’accompagner durablement les scale-up technologiques au moment où elles se structurent pour devenir des leaders internationaux. Nous investissons dans les meilleures entreprises de logiciel B2B, IA et services technologiques européens, avec une approche qui allie discipline financière et accompagnement opérationnel. Aujourd’hui, nous gérons plus de 600 M€, accompagnons une vingtaine de scale-up européennes et nous appuyons sur une équipe paneuropéenne, à Paris, Berlin, Munich et Londres, ainsi qu’une présence en Amérique du Nord pour soutenir nos participations dans leur expansion mondiale. Notre rôle dépasse largement l’apport de capital : nous aidons les dirigeants à structurer leur gouvernance, attirer des talents clés, accélérer leur internationalisation et mener des opérations de consolidation, qui sont devenues un levier stratégique dans nos secteurs.
E.B. : Après une année 2025 structurante - closing de notre deuxième fonds, sortie significative avec Hublo, expansion européenne - nous ouvrons un nouveau chapitre. Notre priorité est le lancement de Revaia Growth III, qui prolongera notre stratégie Growth existante. Nous élargirons également notre plateforme avec de nouvelles stratégies thématiques, notamment dans la transition énergétique, des axes où l’innovation et les besoins en capital s’accélèrent fortement. Enfin, plusieurs sociétés de notre premier fonds atteignent une maturité avancée, laissant présager de nouvelles opérations de liquidité en 2026. L’avenir de Revaia est clair : une plateforme paneuropéenne renforcée, davantage de capacités d’investissement et un positionnement élargi pour accompagner les entreprises innovantes qui façonneront l’économie de demain.
Vous êtes toutes deux donatrices de la Fondation à titre personnel. Vous avez également choisi de vous engager pour Polytechnique à travers un mécénat de Revaia. Quel est le moteur de votre engagement ?
A.A. : Nous avions envie de soutenir l’écosystème qui nous a formées et qui joue un rôle clé dans la compétitivité de l’Europe. L’X forme des ingénieurs capables d’aborder les grands défis industriels et scientifiques, de l’IA à l’énergie. Contribuer à cet environnement, c’est investir dans les talents et la recherche qui permettront à l’Europe de rester souveraine sur ses technologies clés.
Le mécénat de votre entreprise permet de financer le projet de recherche « Changement climatique et numérique » qui vise à analyser et à anticiper l’impact des data centers sur la consommation énergétique et les émissions de CO2 à l’échelle mondiale, avec l’objectif de concilier développement numérique et développement durable. Pourquoi soutenir spécifiquement ce projet ?
E.B. : Ce projet se situe au cœur d’un enjeu structurant : faire en sorte que la révolution numérique, et en particulier l’essor fulgurant de l’IA, ne se construise pas au détriment du climat. À l’heure où les data centers représentent déjà près de 1,5 % de la consommation électrique mondiale et pourraient doubler d’ici 2030, il devient essentiel de disposer de données scientifiques précises pour anticiper leur impact réel. Le projet mené par le centre Energy4Climate apporte cette rigueur et cette vision : une approche interdisciplinaire, des analyses fines de la thermosensibilité et de l’empreinte carbone des infrastructures, et des pistes concrètes d’optimisation comme la répartition intelligente des charges de calcul. Soutenir cette recherche, c’est contribuer à éclairer des décisions stratégiques pour les entreprises comme pour les pouvoirs publics, et donner les moyens à l’innovation numérique de se développer dans un cadre véritablement soutenable.
Quel message souhaitez-vous transmettre à travers ce mécénat ?
A.A. : Ce mécénat porte un message de souveraineté. L’Europe doit rester capable de définir ses propres standards technologiques, notamment dans l’IA et les infrastructures numériques, qui deviennent des enjeux géopolitiques majeurs. Soutenir l’X, c’est renforcer cette capacité d’influence : investir dans les lieux où s’inventent les technologies stratégiques de demain et affirmer que l’Europe a les moyens de rester une puissance d’innovation, et pas seulement un marché.
E.B. : Notre meilleur avantage stratégique, c’est la science et les talents. Si nous voulons que l’Europe reste en tête des grandes transitions - climat, énergie, numérique - nous devons soutenir celles et ceux qui poussent la recherche plus loin et imaginent les solutions de rupture. En finançant ces travaux à l’interface du numérique et du climat, nous encourageons une innovation exigeante et durable, et nous donnons aux ingénieurs de demain les moyens de façonner un modèle européen ambitieux et soutenable.
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