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Rencontre avec Patrick de Nonneville (X 1994), Grand donateur de la Fondation de l'X

Diplômé de la promotion X 1994, Patrick de Nonneville a été trader avant de co-fonder en 2014 October, une FinTech européenne spécialisée dans le prêt aux petites et moyennes entreprises. Rencontre avec un Grand donateur de la Fondation de l’École polytechnique engagé en faveur de son Alma Mater.

Pourriez-vous revenir sur votre parcours avant et depuis votre sortie de l’École polytechnique ?

Très tôt, j’ai voulu travailler sur les marchés financiers. En stage de 3ème, j’ai eu la chance d’aller au Palais Brogniart, sur le Second Marché. J’ai adoré qu’au bout de quelques jours, on laisse un gamin de 15 ans avec son carnet d’ordres participer à la cotation. Le métier était en train de devenir technique, une formation d’ingénieur serait utile. Donc prépa, puis avec de la chance à nouveau, l’X. Je suis sorti sans faire d’école d’application pour devenir trader, rapidement à Londres. Fin 2014, j’ai tourné la page Goldman Sachs, où j’avais eu la chance (encore) de devenir Partner. J’avais l’impression que la vague technologique qui avait déjà remplacé les traders du Second Marché par des machines allait s’accélérer : c’est là que les choses les plus intéressantes allaient se passer. D’où la FinTech, comme investisseur d’abord, puis dans l’aventure October.

October, la start-up que vous avez co-fondée, figure dans le Next40, l’indice des entreprises les plus prometteuses de la French Tech. Pourriez-vous nous en dire plus sur cette société, sa genèse et ses activités ?

October part d’une évolution réglementaire : en 2014, le prêt aux entreprises qui relevait du monopole bancaire devient soudain accessible à tous grâce au financement participatif. Mais l’ambition d’October va cependant bien au-delà : nous souhaitions réinventer le financement des entreprises via la tech, la donnée, et des processus tournés vers le client, à l’échelle européenne. Ne sachant presque rien lorsque nous nous sommes lancés, il nous fallait une semaine pour donner un accord (contre deux mois en moyenne pour une banque). Aujourd’hui 80 % de nos clients reçoivent une réponse instantanée, et pour 10 % d’entre eux, il suffit d’une connexion à leur compte bancaire pour obtenir leur prêt. Nous avons prêté 700 millions d’euros dans 5 pays, dont 200 millions en 2021 seulement, financés par des particuliers et des institutions comme Allianz ou le Fonds Européen d’Investissement. Nous n’avions pas prévu que notre technologie puisse intéresser les banques et d’autres acteurs financiers mais aujourd’hui nous la leur vendons. Cette activité SaaS, Software as a Service, lancée en 2021, représente déjà 15 % de notre revenu et nous équipons par exemple Bpifrance et Qonto. Nous allons la développer fortement.

Quel regard portez-vous sur vos années passées à l’X ? Avez-vous gardé un souvenir particulier ?

Un Ancien (Christian Fournier, X 1964) m’avait dit son regret de ne pas avoir assez profité de son temps à l’X. J’en ai donc profité intensément, pendant mon année mili, ma section, les binets sans oublier (étonnamment) les études. Le voyage section à Cuba, où nous avons pu nous entraîner avec des escrimeurs qui revenaient des championnats du monde, fut particulièrement extraordinaire. J’ai également passé 3 mois fantastiques à l’université de Jinan, en Chine, pour écrire un papier sur les équations discrètes stochastiques rétrogrades, que je ne sais plus comprendre aujourd’hui. Mais comme pour beaucoup, le plus bel apport de ces trois années sont les amitiés d’une vie qui s’y sont liées. Elles me sont chères tant personnellement que professionnellement, puisque c’est par exemple mon camarade Romain Lavault qui m’a présenté Olivier Goy, avec qui j’ai la chance (toujours !) de construire October.

Alors que les transformations de l’économie et de la société s’accélèrent, quel rôle doit selon vous jouer l’X pour accompagner ces évolutions ?

Un des grands changements enclenchés ces dernières années est le réalignement des idéologies : d’un clivage « gauche-droite » centré sur le rôle de la redistribution, nous sommes passés à des oppositions « local/fermé » contre « global/ouvert ». Dans le domaine de l’éducation supérieure aussi, les deux approches posent des problèmes. S’il n’y a plus beaucoup de gens pour prôner une hautaine isolation, l’ouverture totale conduit à des situations ubuesques comme à Imperial College (meilleur diplôme d’ingénieur au Royaume-Uni), où 45 % des dernières promotions viennent de 3 lycées chinois - dont les étudiants boursiers rentreront chez eux sans contribuer au pays qui les a formés. L’X, par son histoire, a un rôle à jouer dans la création d’un modèle curieux, ouvert sur le monde mais fidèle à une mission de contribution à un pays.

Vous faites partie des Grands donateurs de la Fondation de l’X. Pourquoi avoir choisi de rester engagé en faveur de votre École ?

Par gratitude, mais surtout par adhésion au projet d’évolution de l’École. Sur certains sujets, il y avait un grand besoin… Ma promotion (1994) a été seulement la seconde à pouvoir faire une école d’application à l’étranger et nous avons été les premiers à pouvoir suivre une petite classe (pas même un cours) en anglais ! Rencontrer Jacques Biot dans le cadre de la première campagne de levée de fonds m’a convaincu que le temps du changement était vraiment arrivé, et que la communauté des Anciens avait un rôle à jouer en lui fournissant de la liberté stratégique, sur le financement du recrutement des enseignants et le développement de nouveaux programmes par exemple. J’apprécie que contrairement aux universités américaines, cela soit sans contrepartie. Soutenir l’École n’augmente pas les chances d’y placer nos rejetons et l’X reste méritocratique.

En 2019, vous avez soutenu l’opération de promotion de vos camarades de la X 2014. Pourquoi était-ce important pour vous ?

Il est crucial que les promotions sortantes s’impliquent dans le développement de l’École. Cette reconnaissance de la chance que nous avons de bénéficier d’une éducation extraordinaire est très saine. Mais le choix de soutenir l’X, au lieu d’une ONG luttant contre la faim par exemple, pose une question morale. Est-il juste de consacrer des ressources à des gens qui sont déjà privilégiés ? Ou, d’ailleurs, de travailler dans la finance ou la tech, au lieu de servir directement une cause ? « Doing Good Better » de William MacAskill m’a permis de comprendre qu’en se consacrant à ce qu’on fait le mieux, on crée plus de ressources, qui peuvent avoir bien plus d’impact que si vous étiez allé directement creuser des puits au Mozambique. Mais encore faut-il effectivement avoir l’état d’esprit de donner, de s’engager. Encourager cette culture du don est donc important.