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1894-ANDRE, Louis (Nuits-Saint-Georges 1838 - Dijon 1913)

X1857
Commandant de 1894 à 1896

 

Contexte historique

1894 : Assassinat du Président Sadi Carnot (X1857); Arrestation du Capitaine Dreyfus (X1878)
1895 : Protectorat sur Madagascar; Les frères Lumière déposent le brevet du cinématographe (naissance du cinéma)
1896 : Madagascar devient colonie française

  Admis en 1857 à l'Ecole polytechnique (promotion à laquelle appartient le futur Président de la République Sadi Carnot, le petit-fils du « grand » Carnot, Lazare), Louis André est nommé sous-lieutenant d'artillerie, élève à l'Ecole d'application de Metz. Sa compétence en matière d’artillerie est reconnue, de même que ses compétences scientifiques. André prend une part active à l'établissement des nouvelles méthodes de tir, aux études relatives à la mélinite, et à la confection des cartouches du nouveau fusil dit Lebel. Il fait partie des premiers théoriciens qui se sont occupés de l'aviation : il a publié, en 1865, un opuscule intitulé : « De la navigation aérienne et de l'aviation ». Il a été le collaborateur d’Emile Littré, pour la mécanique et les sciences militaires. Lors de la guerre de 1870, il est affecté à la Garde impériale.

En 1876, il épouse une cantatrice, Marguerite Chapuy, fait inhabituel dans le milieu militaire. En 1893, il reçoit les étoiles de général de brigade, puis est nommé commandant de l'Ecole polytechnique de 1894 à 1896. Il célèbre, à ce titre, le centenaire de l’Ecole créée par la Convention[1]. Il est l’un des rares officiers de haut rang à être républicain et libre-penseur, dans une armée dominée, à l’époque, par des convictions religieuses et, souvent, monarchistes, proches de la rébellion ouvertement proclamée contre la République, et d’un antisémitisme très marqué. Promu général de division en 1899, il est appelé en 1900 par le président du Conseil, Pierre Waldeck-Rousseau, qui lui confie le portefeuille de ministre de la Guerre. L’affaire Dreyfus divise alors profondément l’armée et la nation, depuis la dégradation du capitaine Alfred Dreyfus intervenue en 1894, six ans plus tôt. Le gouvernement de Waldeck-Rousseau est appelé, non sans malveillance, « ministère Dreyfus ». En accord avec Pierre Waldeck-Rousseau, le ministre de la Guerre ne se livre à aucune épuration, se contentant de déplacer 3 officiers membres de l’état-major, sur les 80 que compte ce dernier. Mais l’état-major, qui a pris l’habitude de faire s’incliner le pouvoir civil, regimbe et le ministre doit faire acte d’autorité. Il retire à l’état-major la faculté de décider seul, par cooptation, des promotions d’officier, met fin à l’exigence d’une dot importante pour les épouses d’officier, sous forme de rentes excluant les revenus du travail, disposition qui contribuait à faire de l’armée un milieu fermé. Il améliore la solde des officiers et défend pied à pied un budget militaire qui sera, sous son ministère, supérieur aux précédents et aux suivants. Il propose, en 1903, de réaliser une enquête « personnelle » - ce dernier qualificatif étant destiné à ne pas froisser la justice – sur les pièces qui ont servi à condamner le capitaine Dreyfus. Eparpillées dans tous les bureaux du ministère, ces pièces retrouvées, sur son ordre, par l’un de ses officiers d’ordonnance, Antoine Targe (X 1885), et l’interrogatoire que mène personnellement le ministre d’un archiviste complice des faussaires, Félix Gribelin, établissent sans doute possible l’innocence du capitaine Dreyfus. Le ministre fait rapport de son enquête au président du Conseil le 19 octobre 1903, mais doit attendre plus d’un mois, malgré ses demandes pressantes réitérées à chaque conseil des ministres, pour voir la demande de révision qu’il préconisait être transmise au ministère de la justice, ce qui est fait le 22 novembre 1903. Le garde des Sceaux attendra le jour de Noël 1903 pour saisir officiellement la Cour de cassation. L’enquête du ministre de la Guerre avait duré un peu plus de six mois, du 7 avril 1903 au 19 octobre 1903. La Cour de cassation conclura, le 12 juillet 1906, à la réhabilitation d’Alfred Dreyfus.

Le portrait d’André est peint la même année, en 1903, par le peintre Gabriel Ferrier. Le tableau est conservé au musée d’Orsay.

Gabriel Ferrier "Portrait de M. le Général André, ministre de la guerre”, 1904, Collection particulière, cliché d’Aleksander Rabczuk

L’année suivante, en 1904, on accuse André d'avoir organisé un recueil de renseignements occultes. André jugeait la République en danger et s’efforçait de promouvoir les officiers républicains jusque-là freinés dans leur carrière. Certains avaient été « punis » de manière délibérée de leur dreyfusisme. Hubert Lévy-Lambert, X 1853, cite notamment[2] “le colonel Georges Picquart, chef de la section de statistiques, emprisonné et chassé de l’armée[3], le commandant Ferdinand Forzinetti, directeur de la prison du Cherche-Midi, révoqué pour avoir témoigné de son intime conviction de l'innocence de Dreyfus, le colonel Jouaust (X 1858), mis à la retraite après avoir osé voter pour Dreyfus à Rennes, ou le général Messimy, poussé à la démission. ” C’est l’affaire dite "des fiches". Le général André avait sollicité l’aide de la franc-maçonnerie, laquelle disposait de loges dans toutes les villes de garnison, pour compléter les renseignements qui lui parvenaient de la part des préfets et de la hiérarchie militaire. Pour André, la valeur militaire primait et l’opinion des francs-maçons n’était pas suivie aveuglément par le ministre pour décider d’une promotion. Cependant, le caractère caché des informations francs-maçonnes choque l’opinion. André, dont la longévité au ministère de la Guerre était exceptionnelle pour l’époque (plus de 4 ans), doit remettre sa démission. Il a pour successeur Maurice Berteaux. Il meurt à Dijon en 1913. Distinctions obtenues : Légion d'honneur (chevalier (24/VI/1871), officier (29/XII/1891), commandeur (20/VII/1903). Médaille militaire : 30 mars 1903. Médaille commémorative de la guerre de 1870-1871. Officier de l'Instruction publique : 7 mai 1895. Commandeur de l'Ordre de Saint-Alexandre Nevski.

 


[1] La cérémonie d’ouverture eut lieu le 21 décembre 1794. Voir Science and Polity in France, the Revolutionary and Napoleonic Years, Princeton University Press, 2004, de Charles C. Gillispie (extrait disponible sur le site de la SABIX). L’Ecole n’est devenue militaire qu’en 1804, sur décision de Napoléon Ier.

[3] Louis André se battra, en vain, pour faire réintégrer Georges Picquart dans l’armée.

 

 

 


Actualité polytechnicienne durant cette période

Le centenaire de l’Ecole polytechnique donne lieu à de nombreuses festivités. Louis André, en tant que général commandant l'École polytechnique, joue un rôle important dans l'organisation de certains de ces événements.

Le tableau du centenaire par...


© Photos Collections École polytechnique-Palaiseau (France)

 

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