En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies destinés à améliorer la performance de ce site et à vous proposer des services et contenus personnalisés.

X

Le journal des kessiers de 1883 à 1895 : un don à la BCX

Un regard dans la vie des promotions de 1882 à 1894.

Ce journal est parvenu aux archives de la Bibliothèque après être probablement passé de caissiers en caissiers depuis 1883, peut-être jusqu’aux années 1950. C’est ce qui explique son mauvais état, qui nécessite un travail de restauration, assuré par le Centre de Ressources Historiques de la Bibliothèque.

Monsieur Delwasse (X1986), l’a remis à la Bibliothèque le 8 septembre 2015.

 

Ce journal n’était au départ destiné qu’aux caissiers se succédant d’une promotion à l’autre. Il n’était pas fait pour être lu par les autres élèves (par opposition au Petit Crapal, journal manuscrit des élèves ayant existé des années 1890 aux années 1930, et qui circulait de casert en casert, n’existant qu’un seul exemplaire).

 

Ce journal consigne les faits marquants de la vie de la promotion, avec comme objectif premier de transmettre aux caissiers de la promotion suivante des conseils (ce qu’il convient de faire, ce qu’il convient de ne pas faire, de faire autrement…) tirés de l’expérience d’une année.

 

On peut y lire un emploi  relativement étendu de l’argot de l’X, consultable ici, par exemple « constantes », « topo », « ombres », etc.

 

Extraits (transcriptions du journal manuscrit) :

 

Mars 1895 -Mars 1896 (promotion 1894). Caissiers : Eugène Louis Fernand Louvet et Auguste Prosper Jean Saint-Guilhem.

Affaire Duruy. 10 avril 1895

« Pendant l'amphi Duruy [Georges Duruy, professeur d’histoire et de littérature] plusieurs anciens étaient montés dans une tribune de constantes [Constantes : les auditeurs externes sont appelés constantes car ne portant pas l’uniforme, ils n’ont pas de tangentes]  et y faisaient tant de chambard qu'ils attirèrent l'attention du pitaine ». (…)

« Le major des anciens dut aller présenter des excuses au nom de sa promo au dit Duruy : puis il nous communiqua cette affaire. Nous fumes aussitôt passer les topos [du major] racontant cette affaire demandant quelle punition il y avait lieu d'infliger pour cette conduite grossière envers un prof qui n'était même pas un antique. » (…)

Le « blâme a donc été voté par 283 voix [sur 375 voix exprimées]. Les promos ont été indulgentes, car il impacte avant tout de conserver chez les cocons le respect des profs qui fait une des grandes forces de l'X. »

 

Visite du président de la République Félix Faure (mai 1895)

« Felix Faure, le nouveau sident de la République devant venir visiter l'X, nous ne savons qui eut l'idée bizarre de demander au pitaine de service une liste des fils à papa de la promo, fils de géné, colo, intendants généraux, etc. Quelques gobeurs s'inscrivirent immédiatement mais une salle ayant lancé un topo de protestation contre cette exhibition contraire à nos principes d'égalité, nous avons pris le topo à notre compte et nous avons fait voter d'urgence qu'aucune liste ne serait remise. (...)

Nous n'avons pas voulu qu'on fasse ici comme à Saint-Cyr où l'on a présenté à F. Faure une quarantaine de cyrards tous fils de géné, colo, mandants comme par hasard. Nous conseillons à nos successeurs d'agir toujours de même car de pareils procédés sont absolument contraires aux traditions de l'X. »

 

Mars 1894-Mars 1895. Caissiers : Charles Desvignes et Edouard Georges Piedanna

Séance des ombres [séance de théâtre d'ombres où des silhouettes des officiers et enseignants défilent en ombres chinoises pendant qu'on met dans leur bouche des discours comiques]

21 mars 1894.

Hier a eu lieu la séance des ombres dans l'amphi de physique. La fête a été très jolie. Le général y assistait entouré de tout l'état-major. Beaucoup de répétiteurs et professeurs avaient accepté notre invitation. Nos anciens Helbronner et Alexandre, nos cocons Velpry et Le Masne se sont particulièrement distingués comme dessinateurs et comme machinistes. Le géné a accordé la levée des puniss.

La lumière électrique venue à manquer pendant un moment, nous avons du avoir recours à l'orchestre. Pour que pareil fait ne se reproduise nous conseillons à nos successeurs d'exiger que le garçon de physique tienne toute prête une lampe oxydrique en cas d'accident. Nous recommandons aussi de veiller à ce qu'aucune constante [les auditeurs externes n'ayant pas, à cette époque, le statut d'élève de l'X] ne pénètre dans la salle.

 

Fêtes du Centenaire (17-18-19 Mai 1894)

« Malgré les appréhensions de certains types les fêtes ont pleinement réussi.

Le 17 Carnot est venu à l'École il a passé la revue écouté et prononcé des laïus découvert la plaque destinée à perpétuer le souvenir des antiques morts au champ d'honneur. Pendant la cérémonie officielle les familles étaient aux fenêtres dans les salles, les caserts et enfin dans la cour.

Un buffet  avait été installé dans les salles de jeu. Après le départ de Carnot les antiques ont fait visiter l'École à leur famille; d'autres ont jeté les matelas par les fenêtres, lancé des bombes [bombes à eau ou jodot, selon l’argot de l’X] etc ; en un clin d'oeil tout était bahuté et les jeunes filles elles-mêmes s'en mêlaient. Pendant ce temps la musique du 1er Génie jouait des airs de danse, une farandole s'est organisée le géné en tête et a parcouru la cour et les corri jusqu'à ce que sonnat la retraite à 6h.

(...)

Le 18 la séance des ombres (...) a donné lieu à des incidents; les antiques au nombre de 1250 environ ont envahi l'amphi de sorte que nous avons du faire deux séances.

(...)

Le 19 la fête du Trocadéro réussit au delà de toute espérance. (...) Le sympathique antique Mr Carnal Président de la République assistait à la représentation. »

 

Mort de Carnot 24 juin

« Grand fut notre étonnement le lundi matin lorsque en descendant du casert on apprit la mauvaise nouvelle. Personne ne voulait y croire et ce n'est qu'après avoir lu les journaux que nous fumes convaincus de la triste vérité. Ce fut comme un mauvais rêve. Tout le monde était abasourdi (...) »

 

Mars 1891 à Mars 1892 (promotion 1890). Alexandre Poirson et René Debize

Affaire Laurent

10 janvier 1892

« Un répétiteur, Laurent [Hermann Laurent X1860, Répétiteur titulaire d'analyse à l'X (1866-1904)], avait la funeste habitude de coter d'une manière complètement ridicule, il n'y avait que des notes très basses ou des notes très élevées. Sa moyenne était de 3 points inférieure à celle des autres colleurs. D'ailleurs, Laurent faisait passer des colles complètement au hasard, donnant des notes ridiculement basses à des crotaux qui savaient leur cours. La promo s'émut et le major alla demander à Merca [Mercadier, directeur des études] de faire la morale à Laurent. Il fut même question de ne pas passer chez lui aux exams de février ; mais sa conduite ayant été meilleure la promo ne jugea pas qu'elle devait refuser d'être examinée par lui. »

Réduction dans les théâtres

« Depuis le moment de la rentrée, nous nous sommes mis en rapport avec un certain nombre de directeurs de théâtres : nous avons, en général, obtenu une réduction de moitié du prix. »

 

Code X

2 février 1892

« Sur notre proposition, notre promotion a adopté un certain nombre de changements, qui devront être soumis au vote des deux promotions qui nous succéderont. Ces changements sont les suivants :

(...)

2° Par 144 contre 22, l'article suivant a été adopté « Au théâtre, porte toujours des gants blancs et ne mets pas ta tangente au vestiaire ».

3° De même par 161 voix contre 6, l'article suivant a été adopté « Si tu sors en chapeau, n'oublie pas de mettre des gants blancs ».

 

 

Mars 1887-Mars 1888 Promotion 1886. Caissiers : Georges Hippolyte Bunoust et Marcel Reynier

Couronne à la statue de Strasbourg [juillet 1887]

 

« Depuis quelques années il est d'usage de porter chaque année une couronne à la statue de Strasbourg, le 14 juillet [Il s’agit d’une référence à la perte de l’Alsace-Lorraine]. Nous avons été prévenus que les manifestants de la gare de Lyon (pour le départ de Boulanger à Clermont) [il s’agit du général Boulanger, non renouvelé à son poste de ministre de la Guerre en mai 1887 pour avoir mis en place un réseau d’espionnage en Alsace - alors allemande - ce qui provoque un incident diplomatique entre la France et l’Empire allemand.  L’ « exclusion » de Boulanger est le début du « boulangisme ». Les manifestants mentionnés ici font référence aux manifestants qui  tentent d'empêcher le départ de son train le 8 juillet en gare de Lyon vers Clermont-Ferrand, sa nouvelle affectation] avaient organisé un nouveau chambrant place de la Concorde. Pour que des X en uniforme ne se trouvent pas au milieu d'un tas d'imbéciles et de braillards avec qui ils se seraient certainement disputés, on porta la couronne le 13 juillet. (...)

On peut espérer qu'à l'avenir nous n'aurons pas à redouter  des manifestations grotesques de la part de la Ligue des patriotes et autres. Il faudra de nouveau porter la couronne le 14. En tous cas il faut  toujours s'abstenir de se mêler au cortège des sociétés de gymnastique qui se rendent place de la Concorde. »