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Paul Tuffrau : un don à la BCX

Plusieurs enseignants ont donné leurs archives à la Bibliothèque. Citons notamment Laurent Schwartz et Louis Leprince-Ringuet. Pour la première fois des archives d'un enseignant en Humanités et Sciences sociales rejoignent les fonds du Centre de Ressources Historiques de la BCX. Il s'agit des papiers de Paul Tuffrau.

Paul Tuffrau a enseigné l’histoire et la littérature à l’École polytechnique de 1919 à 1958, d’abord comme répétiteur (1919-1928), puis comme professeur. Il a marqué des générations de polytechniciens.

Ancien élève de l’École normale, auteur (entre autres) d’articles et d’ouvrages sur l’École polytechnique, tels L'École polytechnique à travers l'histoire (1928) ou le Livre d’or de l’École polytechnique (1962), nous connaissions quelques-uns de ses cours, mais tous ne nous étaient pas parvenus. Grâce au don de Monsieur Henri Cambon, petit-fils de Paul Tuffrau, les 19 avril  et 14 juin 2016, nous en savons un peu plus.

Paul Tuffrau reçoit la Légion d'honneur dans la cour de l'Ecole.

Ce fonds nous renseigne donc d’abord sur la manière dont était enseignée  l’histoire et la littérature aux polytechniciens, notamment dans l’entre-deux guerres. Quelques lettres d’élèves ou anciens élèves nous indiquent aussi comment le cours était perçu par les élèves.

Pour le cours de littérature, on trouve le résultat du vote  - que les élèves appelaient le « topal Tuffrau » [dans l'argot de l'X on donne le nom de topo à "toute feuille imprimée ou manuscrite que les élèves se communiquent entre eux, soit dans un but sérieux, soit pour servir d'amusement"]- de quelques promotions pour savoir quels auteurs devaient être étudiés.

En novembre 1933, les élèves de 2e année votent pour : Le roman français depuis 1919 (132 voix), Rabelais, Péguy, Ibsen, Dostoïevski. Molière arrive dans les cinq derniers (sur 22) avec 20 voix.

L’année suivante le « topal » indique que les élèves choisissent, dans l’ordre de préférence : Rabelais, Gide, Villon, Dostoïevski, le roman contemporain.

En 1938, de nouveaux auteurs attirent l’attention des élèves. Sont élus Gide, Giraudoux, Nietzsche et Giono. Un élève a ajouté à la liste « Et Arsène Lupin ? ».

 

Dans le fonds Paul Tuffrau figurent aussi des photographies de la vie à l’École, dont certaines ont servi à illustrer l’ouvrage Livre d’or de l’École polytechnique.

 

Photos de la campagne Kès dans les années 1930

 

Après la deuxième guerre mondiale, Paul Tuffrau a le projet d’écrire un article sur les polytechniciens dans la Résistance pour le Bulletin de l’AX. Son travail d’historien nous est parvenu, notamment des fiches sur les X-Résistants, des lettres et enfin des notes prises probablement suite à des entretiens oraux avec les témoins.

Parmi ces papiers, un compte-rendu d’entretien avec Jaupart (X1941) :

 

« Fin 42, on a commencé à écouter radio anglaise »

« Quelques amphis tolérés vers printemps 1942 sur le 75 [canon largement utilisé par l’armée française en 1914-1918, encore utilisé en 1939-1940], par des anciens » (…) Astra [l’administration de l’École] avait toléré, puis a interdit au bout de 2/3 amphis. »

« Vacances de Noël [1942-1943]. Pendant ces vacances, deux [élèves] ont tenté de partir, arrêtés par la police française dans les Pyrénées orientales : Monteil et Mantoux. Relâchés. Mantoux a réussi à passer. Monteil est revenu à l’X le 1er janvier. Réaction de l’Astra  nulle pour Mantoux. (…) Puis deux départs rapprochés : cinq un jour, puis deux ou trois, 2-3 jours après. (…) »

 

Puis vient un récit succinct de la visite de Jean Bichelonne à l’X, Secrétaire d'État à la Production Industrielle dans le gouvernement de Vichy, pour décourager les départs.

 

« Puis venue de Bichelonne, en civil, mais en entrant ``Repos’’ ! : violent.

« Allure militaire : ``un certain nombre ont abandonné leur poste. J’en ai parlé au Maréchal [Pétain] qui m’a répondu’’ : "ce sont des traîtres. Je suis décidé à les châtier".

 

Jaupart fait aussi  le récit de son départ en août 1943 par l’Espagne, où il est arrêté par les carabiniers espagnols et enfermé dans des conditons difficiles, puis libéré par l’intervention des envoyés de la Croix Rouge et mis en résidence surveillée. En revanche, Courdil et Porte, X1941, sont pris par une patrouille allemande qui les a poursuivi en territoire espagnol. Ils sont envoyés en camp de concentration, d’où ils ne reviendront pas. Un troisième X41, Aulard, a pu s’échapper.

 

Un entretien avec Georges Philippe Thierry d’Argenlieu (X1939) déporté en camp de concentration, donne lieu à d’autres notes.

« 84 heures de voyage : un quart d’eau distribué près de Berlin après 56 heures. Arrivée à Auschwitz : quelques fous abattus par les SS, troupeau acheminé mi marchant, mi courant vers les miradors à 3 kilomètres, et fumée des crématoires. (…)

« Flossenbürg. SS interviennent pas. Détenus de droit commun commandent. Population normale 5000. Sont souvent 20 000. Mortalité énorme (1/10e de l’effectif en un mois). (…) Sensibilité morte. Honte d’être sous coupe de voleurs et d’assassins qui frappent à tout instant. Hantise de nourriture."