Manon Blanc, l’informatique en passion

Après des études scientifiques où elle s’est passionnée pour l’informatique, Manon Blanc a effectué un doctorat au Laboratoire d’informatique de l’École polytechnique (LIX*). Elle a reçu notamment le prix doctorant STIC du plateau de Saclay et le prix Jeunes Talents l’Oréal-UNESCO en 2025. Interview.
19 jan. 2026
Recherche, Portraits, Prix et Distinctions, Sciences fondamentales, LIX

Comment vous êtes-vous engagée dans des études scientifiques ?

Je n’ai pas eu de révélation soudaine ! Mon intérêt pour essayer de comprendre comment les choses fonctionnent remonte à mon enfance. J’aimais bien les sciences et j’ai suivi la voie scientifique au lycée (la filière S à l’époque, avec spécialité mathématiques en Terminale). Pendant longtemps, je me suis demandé : « Pourquoi pas médecine ? » Finalement, je me suis rendu compte que les maths me plaisaient beaucoup. Je n’avais pas de proches travaillant dans la recherche. Mais je me suis renseignée, notamment via mes profs, et j’ai vu que c’était possible d’en faire un métier.

Vous avez finalement choisi l’informatique.

Oui, j’ai eu mes premiers cours d’informatique en classe préparatoire, lorsque je suis partie d’Angoulême pour Bordeaux. Jusqu’au lycée, on n’utilisait l’informatique que comme outil, pour tracer des courbes, pour traiter des données ou du son, etc. J’ai découvert que c’était en fait une discipline à part entière. J’ai appris à coder, mais l’informatique est plus que cela, c’est un formalisme fondamental qui offre un point de vue très différent des maths.  J’aime la résolution de problème : comprendre ce qui est en jeu, ce qui marche et ce qui ne marche pas, trouver où il y a un blocage. Cela m’a convaincue de faire de la recherche. Après ma prépa, j’ai été acceptée sur dossier pour étudier à l’Ecole normale supérieure de Cachan (aujourd’hui devenue ENS Paris-Saclay). Puis j’ai continué en master et ensuite en thèse d’informatique avec Olivier Bournez (LIX) et Nathalie Aubrun (Laboratoire interdisciplinaire des sciences du numérique de l’université Paris-Saclay).

Sur quoi portaient vos travaux de thèse ?

Mes questions de recherche sont de nature fondamentale. En informatique, on cherche notamment à classifier les problèmes. Il s’agit par exemple de déterminer si un problème peut être résolus ou non : c’est la question de la calculabilité. Ensuite, pour les problèmes qui peuvent être résolu, il s’agit de savoir combien de temps de calcul et combien de mémoire informatique sont requis : on parle alors de la complexité du problème. Cette classification nécessite des cadres théoriques. Calculabilité et complexité ont été bien étudiées lorsque les problèmes peuvent être représentés par des nombres entiers, mais beaucoup moins lorsque ce sont les nombres réels, qui peuvent avoir un nombre de chiffres infini après la virgule. Comment faire avec des quantités qui ont des représentations infinies ? Pour décrire ces classes de complexité, j’utilise des équations différentielles, contrairement aux modèles comme les machines de Türing qui servent à décrire les cas discrets (avec des nombres entiers). J’ai en particulier obtenu une bonne caractérisation de la mémoire dont on a besoin. 

Et maintenant ?

Je suis désormais en postdoctorat à l’université IT de Copenhague. Ma nouvelle équipe travaille plutôt sur la complexité des communications, c’est-à-dire des échanges d’informations.  C’est un autre aspect du domaine de la complexité où j’arrive avec mon expertise sur la complexité avec les nombres réels. Dans un futur proche, je vais également commencer à postuler pour obtenir un poste de permanent, en France ou en Europe. J’ai vraiment envie de continuer dans la recherche académique car j’y trouve beaucoup de plaisir et d’intérêt, y compris lorsqu’il s’agit d’enseigner aux étudiants, ce que j’ai eu l’occasion de faire à l’École polytechnique et à l’Université Paris-Saclay.

Que diriez-vous aux jeunes, en particulier aux jeunes femmes, qui hésiteraient à se lancer dans la recherche ?

C’est vrai que j’étais l’une des seules femmes de ma promotion de master en informatique. Je n’ai pas eu de problèmes particuliers, mais je peux comprendre que ce soit difficile de trouver sa place. Ce sont des biais sexistes qui jouent bien avant le lycée, et contre lesquels il faut se battre. Par ailleurs, pour se lancer dans la recherche, je dirais qu’il faut d’abord s’amuser. Ça peut paraître facile à dire, mais c’est important. Une thèse dure trois ans et si on n’aime pas son sujet, ça peut être éprouvant. C’est normal qu’il y ait des moments où on ne trouve rien en recherche. Mais il y a aussi beaucoup de bons côtés, par exemple les rencontres qu’on y fait et qui sont très enrichissantes.

 

*LIX : une unité mixte de recherche CNRS, École polytechnique, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France

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