- Accueil
- Actualités
- Portraits D’entrepreneuses – Roxana Rotaru : L’IA Pour Lutter Contre La Fraude Aux Assurances
Portraits d’entrepreneuses – Roxana Rotaru : l’IA pour lutter contre la fraude aux assurances
© Jérémy Barande, École polytechnique
En avril dernier, Roxana Rotaru et son associé Seif Ben Ayed intègrent la promotion 19 de l'X-UP, l’incubateur de l’École polytechnique. Une étape importante pour leur jeune start-up Hedi, créée à peine deux mois plus tôt. « Ce dispositif nous donne l’opportunité d’être accompagnés à différents niveaux, qu’il s’agisse de l’exploration du marché, de l’investissement, de la propriété intellectuelle… Nous sommes également soutenus par Bruno Martinaud, codirecteur du master spécialisé Entrepreneurs à l’X en partenariat avec HEC. Il nous a notamment aidés à développer notre réseau et à contacter de potentiels investisseurs et clients à San Francisco », explique Roxana Rotaru. « Nous avons d’ailleurs signé nos premiers clients en France et au Qatar récemment. » Une persévérance et une force de caractère qu’elle a acquises et développées au fil de ses expériences et de ses rencontres.
Pour comprendre son parcours, il faut revenir douze ans en arrière et se rendre en Roumanie. Originaire de Suceava, une petite ville du nord-est de ce pays, Roxana Rotaru est acceptée au concours d’entrée de Sciences Po Paris, en 2014. Elle découvre cette école un peu par hasard, lorsque le directeur de cet institut se rend dans plusieurs lycées roumains enseignant le français pour présenter son établissement. « Je me suis intéressée très jeune à la politique, j’ai donc saisi cette opportunité. Ma professeure de français, Madame Mocanu, m’a aidée à constituer mon dossier de candidature. J’ai passé ensuite des examens écrits et oraux à Bucarest que j’ai réussis. » Elle reçoit sa lettre d’acceptation avant même le passage de son baccalauréat qu’elle obtient avec une moyenne générale de 19,5. « La seule condition restante pour intégrer Sciences Po Paris était d’avoir mon bac. Je me suis donc donné tous les moyens nécessaires pour réussir ! », nous raconte avec enthousiasme Roxana Rotaru.
Elle débarque à Paris avec 1 000 euros en poche et une maîtrise approximative du français : un double défi financier et linguistique ! « Mes parents m’ont donné de l’argent pour mon installation, je devais trouver un logement abordable rapidement pour la rentrée, faire des démarches pour recevoir une aide financière et parler couramment français avant la fin du mois de décembre pour mes études. Tout s’est finalement bien déroulé. J’ai obtenu un logement grâce au Crous et une bourse. En plus des cours de français suivis à Sciences Po Paris, je passais beaucoup de temps avec des étudiants français, ce qui m’a beaucoup aidée à apprendre la langue », précise-t-elle. Ces obstacles lui permettent de développer une forte capacité d’adaptation.
Après un stage peu satisfaisant à l’ambassade de Roumanie en Lituanie-Lettonie, Roxana Rotaru s’oriente vers le master en Stratégies territoriales et urbaines de Sciences Po Paris, axé sur les politiques publiques favorisant le développement des villes et des territoires. Elle réalise des stages à la Caisse des Dépôts et à EDF avant d’intégrer le cabinet de conseil Sopra Steria Next, où elle travaille pour des clients tels que RTE (Réseau de Transport d’Électricité), Enedis, Veolia et SNCF. « L’énergie était un domaine qui me passionnait. J’ai travaillé sur une étude de marché consacrée à la vente de réacteurs nucléaires chez EDF ; j’ai participé à un groupe de travail international impliquant les TSO européens (Transport System Operator) dont fait partie RTE ; et enfin j’ai travaillé pour Enedis. » Elle change de secteur et contribue au développement de nouveaux outils numériques. « Chez Veolia, j’ai géré le déploiement d’un nouveau système national de facturation et l’accompagnement au changement auprès des salariés pour s’assurer de la bonne prise en main de l’outil. » Roxana Rotaru commence alors à s’intéresser aux nouvelles technologies et notamment à l’intelligence artificielle (IA). « À la SNCF, j’étais en charge de développer un service avec de l’IA facilitant l’accueil des touristes étrangers pour les Jeux olympiques d’été de 2024. »
Des expériences formatrices et utiles à son projet d’entrepreneuriat. En 2025, elle crée avec son associé Seif Ben Ayed la start-up Hedi pour détecter les fraudes à l’assurance en utilisant de l’intelligence artificielle. C’est une nouvelle fois « par hasard » que l’idée leur apparaît. « Seif, que j’ai rencontré par l’intermédiaire de mes amis de Sciences Po Paris, avait organisé une soirée fondue. Nous avons acheté en ligne l’appareil à cuisson dédié en vérifiant les avis. Le jour J, dix personnes étaient autour de la table avec du fromage, mais il n’a pas fonctionné, malgré sa note de 4,8 sur 5. La seule explication possible à nos yeux était la présence de faux avis, ce qui constitue de la fraude. » En janvier 2025, Roxana Rotaru démissionne de chez Sopra Steria Next et Seif Ben Ayed quitte son entreprise d’assurance automobile dans le but de fonder une entreprise : Hedi. Le produit : un système d’analyse proposé aux assureurs afin de vérifier l’authenticité des déclarations, dès la souscription jusqu’à la résiliation des contrats, en passant par la gestion des sinistres des personnes assurées.
Très vite, ils se rapprochent du X Novation Center, le Centre d'Entrepreneuriat et d'Innovation de l'École polytechnique, pour bénéficier de l’accompagnement offert aux start-up sélectionnées. Leur candidature ne passe pas inaperçue, Hedi intègre la cohorte de jeunes pousses deeptech incubées à l’X. Roxana Rotaru et son associé assistent aux ateliers, sont soutenus par un mentor et font des rencontres essentielles au développement d’Hedi aboutissant ainsi à la signature de plusieurs clients. « C’est important de bien s’entourer, nous confie-t-elle. En tant que femmes, nous souffrons souvent du syndrome de l’imposteur, car on remet plus facilement en cause notre légitimité. De mon côté, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui m’ont encouragée dans mes projets professionnels et qui ont fait preuve de générosité en m’accordant du temps et en partageant avec moi leur expérience. »
Côté perso
Quel est votre animal préféré ?
Roxana Rotaru : Stella, un bouledogue français de 10 kilos ! C’est notre chief happiness officer à Hedi. Elle est à nos côtés au travail. Elle nous accompagne lorsque nous faisons notre balade régulière en forêt avec notre mentor pour discuter de notre start-up.
Stella est aux premières loges de l’aventure Hedi ! Elle est notre mascotte « officielle » et, pour nous, un membre à part entière de l’équipe avec une page LinkedIn dédiée.
Qu’aimez-vous faire de votre temps libre ?
Je suis une grande lectrice. Je lis sur le trajet pour venir à l’École polytechnique, avant de dormir… En ce moment, je m’intéresse exclusivement aux autrices contemporaines, car les femmes ont souvent été mises de côté en littérature, comme dans d’autres domaines. Mon coup de cœur est Tomorrow, and Tomorrow, and Tomorrow, publié en 2022, de Gabrielle Zevin. Il raconte l’histoire de deux amis d’enfance, Sam et Sadie, passionnés par les jeux vidéo, qui fondent ensemble leur entreprise.
Je ne peux m'empêcher d'y voir un écho avec mon propre parcours. Seif et moi nous nous connaissons depuis dix ans, bien avant Hedi. Il y a quelque chose de beau dans l'idée que certaines collaborations se construisent dans la durée, presque à bas bruit, avant d'éclore au bon moment.
Quel voyage vous a marquée ces dernières années ?
Grâce à mon entreprise, j’ai davantage l’occasion de voyager. Je me suis rendue avec mon associé à Osaka, au Japon, pour l’exposition universelle de 2025 sur le thème Concevoir la société du futur, imaginer notre vie de demain. C’était magnifique !
À l’avenir, je souhaiterais visiter le Bhoutan un pays qui mesure sa richesse au bonheur de ses habitants. Une philosophie qui me parle beaucoup.
Sinon, je retourne deux fois par an en Roumanie. Même si j’ai quitté ce pays il y a 12 ans, être chez moi, au sein de ma famille, m’apporte toujours du réconfort.
Je soutiens l'X