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GenHack 4 : le pari réussi d’une intelligence collective face au défi climatique

GenHack 4 a réuni 270 étudiants en 60 équipes internationales pendant trois semaines pour utiliser l’IA afin de modéliser les îlots de chaleur urbains, alliant innovation, collaboration et endurance, avec un format long permettant un accompagnement structuré et une dynamique collective exceptionnelle.
21 mai. 2026
Chaires, Recherche, Environnement et Climat, IA et Science des données, École polytechnique

Trois semaines, plus de 270 étudiants, 60 équipes du monde entier, et un défi de taille : utiliser l’intelligence artificielle pour mieux comprendre les îlots de chaleur urbains, ces zones où la température explose sous l’effet du béton, du manque de végétation et du réchauffement climatique.

Voilà le pari du GenHack 4, un hackathon international organisé par la Chaire « Stress Test, Risk Management and Financial Steering » de l’Ecole polytechnique. À première vue, une compétition étudiante. En réalité, un concentré d’innovation, de recherche appliquée et d’endurance mentale, rythmé par les séances de brainstorming intensif et les longues heures passées à peaufiner modèles et présentations.

Lors de la cérémonie de clôture, organisée le 5 mai dernier au Millénaire de BNP Paribas à Paris, les équipes lauréates, qui avaient participé au hackathon entièrement en ligne quelques mois plus tôt, ont eu l’occasion de se rencontrer. Entre échanges autour de leurs projets, discussions passionnées et sourires, une évidence s’imposait : derrière les modèles d’intelligence artificielle et les analyses de données, GenHack 4 aura avant tout été une aventure humaine et collective.

 

« On s’est dit : pourquoi pas nous ? »

Pour beaucoup de participants, tout a commencé de manière très simple : un message partagé dans un master, un enseignant qui transmet l’information, quelques étudiants curieux… et l’envie de tenter l’expérience.

« J’ai appris l’existence du hackathon grâce à notre responsable de master, Tristan Cazenave », raconte Laurent Lin, membre de l’équipe UrbanCoolers de l’Université Paris-Dauphine PSL, lauréate du prix de la meilleure compréhension des enjeux. « Je n’avais jamais participé à un hackathon, mais le format sur plusieurs semaines me semblait accessible. Comme d’autres étudiants de notre promotion étaient motivés, nous nous sommes naturellement regroupés.»

Même déclic pour Ilona Le Drogoff, sa coéquipière : « L’idée d’utiliser nos compétences en intelligence artificielle sur un sujet aussi concret et urgent que le climat nous a immédiatement séduits. »

Du côté d’Ilyes Sais, capitaine de l’équipe PentaGen, c’est le caractère international du challenge qui a fait la différence : « Voir que le thème mêlait recherche, innovation et intelligence artificielle m’a tout de suite donné envie de participer. Et puis il y avait cette dimension internationale très stimulante. »

 

Utiliser l’IA au service de la communauté

Le sujet du GenHack 4 touchait directement à une question devenue brûlante : comment rendre les villes plus résilientes face aux vagues de chaleur ? « Le challenge consistait à utiliser l’intelligence artificielle pour prévoir et modéliser les pics de chaleur dans les villes afin d’aider à l’adaptation au changement climatique », explique Ilona Le Drogoff.

Pour Laurent Lin, le défi allait plus loin que les discours habituels sur l’écologie urbaine : « Tout le monde sait que la végétation est utile en ville, mais nous voulions comprendre précisément pourquoi et comment elle influence l’environnement urbain. »

Ilyes Sais décrit, lui, « un hackathon intense où il faut imaginer, construire et défendre une solution innovante en très peu de temps ». Le mot important ici, c’est défendre. Car au-delà du développement technique, les équipes devaient convaincre, expliquer, vulgariser et démontrer la pertinence scientifique de leurs résultats.

 

Trois semaines intenses pour transformer les idées en solutions

Contrairement aux hackathons traditionnels condensés sur un week-end, GenHack 4 s’est déroulé sur trois semaines. Un format plus long, mais pas forcément plus reposant. « Le rythme était très soutenu », reconnaît Ilyes Sais. « Le plus difficile a été la dernière ligne droite : finaliser le projet, préparer la présentation et rester concentré malgré la fatigue. »

Pour certains étudiants en alternance, il fallait surtout partager son temps entre cours, travail et hackathon. Un véritable challenge ! « On travaillait souvent après nos journées de travail ou le soir après les cours », raconte Laurent Lin. En revanche, cette durée inhabituelle a aussi permis aux équipes de prendre du recul, d’améliorer progressivement leurs approches et surtout de bénéficier d’un accompagnement régulier.

« Le format était intense, mais très structuré », souligne Ilona Le Drogoff. « Les retours hebdomadaires des organisateurs nous ont beaucoup aidés à avancer. »

 

Une compétition où les équipes s’entraident

Dans beaucoup de concours, chaque équipe garde jalousement ses idées. Pas ici.

L’un des souvenirs les plus marquants pour Laurent Lin reste justement cette atmosphère collaborative inattendue : « Les organisateurs avaient mis en place de courtes vidéos où chaque équipe partageait ses avancées. J’ai été agréablement surpris de voir des participants donner des pistes aux autres. »

Même constat chez les membres de PentaGen, récompensés pour leur esprit d’équipe et leur dynamique collective. Leur équipe rassemblait des étudiants issus d’universités et de pays différents : Université Paris-Saclay, Sorbonne, University of Bologna, University College London ou encore University of Trento. « Chacun avait une manière différente de réfléchir et de résoudre les problèmes. Cette diversité a clairement renforcé notre dynamique », explique Ilyes Sais. Au sein de l’équipe, l’organisation oscillait entre autonomie et coordination réfléchie. « Mon rôle était surtout de répartir les tâches tout en laissant chacun avancer librement », précise-t-il.

Laurent Lin résume l’état d’esprit du hackathon en une formule simple: « Cooperation is king. »

 

Une délibération très attendue

Puis vient l’instant que toutes les équipes attendent : l’annonce des résultats. Pour UrbanCoolers, le souvenir reste encore très vif. « Entendre le nom de notre équipe parmi les gagnants face à soixante équipes du monde entier a été une immense surprise », confie Ilona Le Drogoff.

L’équipe gagnante a conduit une analyse très précise des biais des méthodes de ré-échelonnage de température, en allant au-delà de biais du uniquement par la présence de biomasse autour des stations météo. Les étudiants ont introduit d’autres mesures, comme la vitesse du vent, et repris très efficacement des mesures proposées par d’autres équipes, comme la distance à la mer. Ils ont su conjuguer collaboration en restant très transparents sur leurs avancées, et se sont différentiés par une grande finesse d’analyse.

Chez PentaGen aussi, l’émotion était forte : « Nous avons compris à un moment que notre travail était solide et pouvait réellement rivaliser avec les meilleurs projets », raconte Ilyes Sais. « Même sans remporter le titre de "grand gagnant" , recevoir le prix de l’esprit d’équipe nous a rendus très fiers. »

 

Plus qu’un concours étudiant

Antoine Bezat, responsable des méthodologies et modèles de stress tests chez BNP Paribas

Pour les organisateurs, GenHack dépasse largement le simple cadre d’une compétition académique. « Le GenHack favorise la rencontre rapide entre les idées académiques et des enjeux très concrets. Il offre aux étudiants l’opportunité d’expérimenter des méthodes innovantes sur des problématiques utiles à la collectivité. Pour BNP Paribas, c’est également une aventure humaine et fédératrice, qui mobilise les équipes autour d’un projet original, ouvert et stimulant », explique Antoine Bezat, responsable des méthodologies et modèles de stress tests chez BNP Paribas. « Chaque année, nous sommes impressionnés par les résultats obtenus par les étudiants. »

Charles-Albert Lehalle, professeur à l’École polytechnique et porteur de la Chaire

Même analyse pour Charles-Albert Lehalle, professeur à l’École polytechnique et porteur de la Chaire: « Ce type de challenge attire l’attention de la jeune génération sur des sur des problèmes importants : cette année, la difficulté d’obtenir des bases de données fines sur la température, ainsi que l’effet de bouclier thermique urbain. Les 270 étudiants ayant participé au challenge ont également pris conscience que la finance de marché, ce ne sont pas que des prix abstraits : bien estimer les risques extrêmes est essentiel, en particulier pour les portefeuilles de crédit, car il s’agit de risques peu diversifiables. Cela peut faire naître des vocations. ». Et parfois, les résultats dépassent même les attentes initiales. «Certaines analyses réalisées pendant le hackathon donneront lieu à un article scientifique collaboratif sur les facteurs influent les erreurs de ré-échantillonnage des cartes de température», révèle-t-il. Une manière de rappeler qu’ici, les idées ne restent pas enfermées dans une salle de cours.

« Il faut foncer »

Quand on demande aux lauréats quel conseil ils donneraient aux futurs participants, les réponses sont unanimes : il faut tenter l’aventure. « Faites confiance à votre équipe et rester concentré jusqu’au bout », conseille Ilyes Sais.« Peu importe le résultat final, l’expérience est extrêmement formatrice et stimulante », ajoute Laurent Lin. Et Ilona Le Drogoff conclut: « Foncez et tentez l’aventure sans hésiter ! N’ayez surtout pas peur de tester des approches créatives. »

Après GenHack 4, les étudiants repartent avec bien plus qu’un prix ou une ligne supplémentaire sur leur CV. Ils gardent surtout l’expérience rare d’avoir travaillé ensemble sur des problèmes bien réels — ceux auxquels les villes de demain devront faire face dans les années à venir.
 

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