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Portrait d’Inass El Hajj, postdoctorante en chimie des nanomatériaux carbonés
Inass El Hajj, chercheuse postdoctorante au LPICM. © Jérémy Barande
1. Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours scientifique ?
Je m’appelle Inass El Hajj. D’origine libanaise, j’ai suivi une formation en chimie générale, avec une spécialisation en chimie moléculaire et inorganique. Mon intérêt pour la recherche s’est affirmé lors d’un stage de cinq mois à l’Université Aix-Marseille, consacré aux nanotubes de TiO2 pour des applications biomédicales, marquant ma première immersion dans le domaine des nanomatériaux et dans la recherche en France.
J’ai ensuite réalisé un doctorat à l’Institut Jean Lamour, au sein d’une équipe spécialisée dans les matériaux carbonés. En 2022, j’ai entamé un premier post-doctorat à l’Université Gustave Eiffel en collaboration avec l’École polytechnique et l’Université Paris-Est Créteil et financé par labex MMCD, portant sur la synthèse du graphène en phase liquide et son application à la protection de l’aluminium contre la corrosion en milieu marin. Je poursuis actuellement ces travaux dans le cadre d’un second post-doctorat soutenu par la Chaire Énergies Durables au sein de LPICM-Ecole polytechnique, consacré à la protection de l’acier inoxydable en milieu marin.
2. Pourquoi avoir choisi de travailler sur le graphène et les nanomatériaux carbonés ?
Le graphène est un matériau fascinant depuis sa découverte en 2004. Le monofeuillet de graphène existe sous forme d’une couche d’atomes de carbone arrangés sous forme d’un réseau hexagonal de nid d’abeille. Il constitue l’unité de base du graphite, qui est formé de plusieurs feuillets empilés selon une structure bien définie. Cette organisation atomique confère au graphène des propriétés exceptionnelles : il est un excellent conducteur électrique et thermique, très résistant mécaniquement, flexible et transparent, tout en possédant des propriétés chimiques remarquables.
Dès mon premier stage, j’ai été attirée par le monde du nanométrique et ensuite par le carbone, un élément fondamental, à la base de la vie et omniprésent dans notre environnement. Travailler sur les matériaux carbonés représentait pour moi une opportunité unique d’explorer un champ scientifique vaste, à la fois fondamental et riche en applications.
3. Pourquoi s’intéresser spécifiquement au milieu marin ?
Le milieu marin est particulièrement agressif pour les métaux, en raison de la présence de sel et spécifiquement les ions chlorure, qui accélèrent fortement les phénomènes de corrosion. Des matériaux comme l’aluminium ou l’acier inoxydable, pourtant largement utilisés, peuvent être endommagés dans ces conditions.
L’objectif de mes travaux est donc de développer des revêtements protecteurs efficaces, capables de prolonger la durée de vie des matériaux exposés à ces environnements sévères. Cette problématique est particulièrement importante pour les structures liées aux énergies renouvelables marines, où la durabilité des matériaux est un enjeu majeur à la fois économique et environnemental.
4. Quelles sont les approches expérimentales que vous utilisez au quotidien ?
Une journée type commence par la synthèse de nanofeuillets de graphène, suivie de leur purification et de tests de qualité en solution. Le matériau est ensuite caractérisé, puis récupéré sous forme de poudre, dilué par la suite dans une solution aqueuse. Le graphène est ensuite déposé sous forme de revêtement par auto-assemblage sur des substrats métalliques.
J’étudie l’adhésion du revêtement, sa morphologie et je vérifie que la qualité du graphène n’est pas altérée (épaisseur, continuité, absence de défauts). Enfin, des mesures électrochimiques, pouvant s’étendre sur plusieurs semaines, permettent d’évaluer l’efficacité de la protection contre la corrosion.
5. Quels sont les avantages de mener ses recherches au sein d’une Chaire soutenue par une entreprise ?
Travailler dans le cadre d’une Chaire permet de s’inscrire dans une démarche appliquée, avec des perspectives concrètes d’utilisation des résultats. C’est particulièrement motivant de savoir que nos travaux peuvent répondre à des besoins réels, aider les entreprises et, indirectement, bénéficier à la société.
Dans mon cas, contribuer à la protection des matériaux en milieu marin participe au développement et à la fiabilité des infrastructures liées aux énergies renouvelables, un enjeu essentiel pour la transition écologique.
6. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes chercheuses souhaitant s’orienter vers les matériaux et les nanomatériaux ?
La recherche est avant tout un voyage scientifique et de développement personnel. Il ne faut pas avoir peur d’affronter de nouvelles difficultés : on apprend constamment. L’esprit d’équipe est également fondamental. J’ai eu la chance d’évoluer dans des équipes très chaleureuses, avec des encadrants bienveillants.
Le réseau, les échanges avec les membres de mon jury de thèse, les collaborations et l’entourage scientifique jouent un rôle clé dans une carrière. Enfin, je dirais qu’il ne faut pas avoir peur d’échouer, ni d’oser demander conseil, que ce soit sur le plan personnel ou académique.
*LPICM : une unité mixte de recherche CNRS, École polytechnique, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France
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