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Portraits d’entrepreneuses – Ekaterina Kukhtenko : une solution pour détecter les infections respiratoires
© Jérémy Barande, École polytechnique
« Pour être une entrepreneuse, il faut se construire une communauté » : des mots forts d’Ekaterina Kukhtenko, qui témoigne de la difficulté de l’entrepreneuriat et de l’importance de bien s’entourer pour faire évoluer son projet VAir. En choisissant l’École polytechnique pour développer son innovation, cette ingénieure en biologie a fait le choix de l’excellence d’après ses propres mots. « C’est une chance d’avoir été sélectionnée pour faire partie de la promotion 18 de l’incubateur X-UP en septembre 2024. C’était un programme intense qui m’a permis de structurer mon projet d’un point de vue technique, financier, humain et stratégique. Grâce au plateau technique de l’X, j’ai pu passer d’un concept à un prototype. En outre, j’ai obtenu mes premiers financements de la part de Bpifrance et de l’accélérateur WILCO, qui accompagne les start-up de l’industrie, du healthcare et du digital. »
En plus de bénéficier d’un écosystème dynamique et varié avec le Centre d’Entrepreneuriat et d’Innovation, les laboratoires de recherche de l’X et les entreprises du plateau de Saclay, Ekaterina Kukhtenko y rencontre son associé Guillaume Belhaj à l’événement Paris-Saclay Spring, en mai 2025, sur le campus de l’École polytechnique. Elle bâtit ainsi au fur et à mesure sa communauté. « Je suis issue du milieu de la recherche, alors que Guillaume vient de l’industrie. Nous sommes complémentaires ! Cette rencontre est arrivée à point nommé, car VAir est en plein développement. Nous sommes en train de faire notre première levée de fonds de 1,5 million d’euros. Quant à la commercialisation de notre innovation, elle est programmée pour 2030. » Antigoni Alexandrou (directrice de recherche CNRS au laboratoire d’optique et biosciences, ancienne référente égalité femmes-hommes pour le personnel de l’X et cocréatrice de l’association Femmes & Sciences) est également une personne déterminante dans l’évolution de son parcours. « Elle apporte un soutien essentiel aux entrepreneuses dans la deeptech et aux chercheuses », souligne Ekaterina Kukhtenko. Une aventure entrepreneuriale et humaine avant tout !
L’humain est d’ailleurs au cœur de son projet, puisqu’avec sa start-up medtech, elle veut rendre plus rapide, plus simple et plus accessible la détection des infections respiratoires, qui provoquent chaque année 2,5 millions de morts dans le monde. Sa solution : un dispositif médical compact, portable et réutilisable dans lequel il suffit de souffler pour que l’air expiré soit analysé en trois minutes seulement. Qu’il s’agisse de la grippe ou d’autres infections, le dispositif VAir permettrait d’identifier plus vite la cause de l’infection et de proposer le traitement adapté luttant ainsi contre l'antibiorésistance. Avec à la clé : moins de risques de complications pour le patient et une aide pour les soignants, notamment en zone rurale et dans des pays émergents, où il y a peu de laboratoires à proximité.
C’est en voyant sa grand-mère tomber malade, être hospitalisée et développer de graves complications à cause de la Covid-19 non diagnostiquée qu’Ekaterina Kukhtenko a eu cette idée. « En Russie, les tests PCR étaient longs et chers. J’ai alors commencé à réfléchir à un dispositif de détection des infections respiratoires qui serait plus abordable pour les patients fragiles et facile à utiliser sans laboratoire », raconte-t-elle. Elle n’est encore qu’étudiante avec déjà un beau parcours académique derrière elle. En effet, elle commence sa licence à 16 ans à peine en ingénierie biomédicale, à Saint-Pétersbourg, en Russie ; elle fait des stages de recherche fondamentale en laboratoire sur des biocapteurs ; elle publie son premier article scientifique à 19 ans ; et elle réussit ensuite un concours interne qui lui donne la possibilité d’étudier en France, à l’école d’ingénieurs en biotechnologies SupBiotech, située à Villejuif. Des études qu’elle mène de front en travaillant à temps partiel dans un laboratoire sur la problématique du biocontrôle en agro-alimentaire afin de lutter contre les infections fongiques à l’aide de mécanismes et interactions existant dans la nature qui remplacent les produits phytopharmaceutiques conventionnels. Ses talents sont très vite repérés et elle est embauchée avant même la fin de ses études au sein de la start-up Brain Ever, qui s’intéresse aux maladies neurodégénératives. « J’étais en charge des tests pré-cliniques, de la préparation des protocoles et de la culture exigeante des cellules souches », explique Ekaterina Kukhtenko. Elle hésite alors entre continuer son travail de recherche en tant que salariée ou lancer son propre projet auquel elle pense depuis un certain temps. Elle choisit la deuxième option et crée VAir en juillet 2024. « Quand j’étais petite, je n’aurais jamais imaginé avoir l’opportunité d’étudier en Île-de-France, de fonder mon entreprise et de la développer à l’École polytechnique. Même si mon aventure avec VAir s’arrêtait demain, je suis très fière du chemin parcouru. » Une histoire qui n’est pas prête de se terminer et qui s’annonce au contraire sous les meilleurs auspices, comme le prouve sa sélection par Viva Technology dans le top 30 des femmes entrepreneuses pour le Female Founder Award 2026.
Côté perso
Qui sont vos sources d’inspiration ?
Ekaterina Kukhtenko : Marie Curie, car elle s’est battue pour faire reconnaître son travail scientifique et avoir sa place dans l’histoire !
Néanmoins, au quotidien, c’est plutôt ma mère qui m’inspire. Elle est chercheuse en chimie. Avoir une femme dans son entourage qui a fait carrière en science, où nous sommes encore aujourd’hui sous-représentées, est une source de motivation et constitue pour moi un modèle à suivre.
Quelles activités pratiquez-vous durant votre temps libre ?
Je fais du vélo tous les jours pour aller au travail. Il s’agit du moyen de locomotion que j’utilise le plus. Ce sport m’aide à me déconnecter.
Je pratique également de l’escalade comme loisir.
Quel pays/endroit aimeriez-vous visiter ?
La Polynésie française : les paysages, la beauté de la nature… Ce territoire d'Outre-mer ressemble à un paradis sur Terre. Son éloignement géographique le rend encore plus intrigant.
Un talent caché ?
Je parle six langues : le russe (ma langue natale), le français, l’anglais, l’ukrainien (trois langues que je parle couramment), ainsi que l’allemand et le mandarin (deux langues que j’apprends actuellement). Je m’intéresse beaucoup aux langues et j’aime les cultures différentes.
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