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Au cœur du porte-avions Charles de Gaulle : Angèle Aux Cousteaux de Conty (X25) en mission opérationnelle
Angèle Aux Cousteaux de Conty a effectué sa formation humaine à bord du porte-avions nucléaire Charles de Gaulle, engagé dans la mission LAFAYETTE 26. Pendant plus de deux mois en mer, elle a participé à la coordination des opérations aériennes tout en découvrant les exigences du commandement et du service. Elle revient sur les enseignements de cette expérience d’immersion dans une mission opérationnelle.
Vous avez effectué votre stage de formation humaine à bord du porte-avions Charles de Gaulle. Lorsque vous avez appris cette affectation, quelle a été votre première réaction ?
Au moment de choisir mon affectation, j’ai longtemps hésité entre l’Outre-mer et le porte-avions. L’Outre-mer m’attirait pour la découverte d’une nouvelle culture, le climat, et surtout parce que je croyais que les équipages réduits m’auraient confié davantage de responsabilités à bord.
Mais le Charles de Gaulle l’a emporté. Concentré de technologies de pointe et d’excellence opérationnelle, il promettait une expérience unique ; embarquer sur le fleuron de la Marine nationale, faire partie d'un équipage de près de 2 000 marins, partir en mission avec le groupe aéronaval et voir des Rafale apponter et être catapultés.
Le Charles de Gaulle représentait aussi un défi personnel : je savais que les embarquements y sont longs et les escales rares.
Vous avez été affectée au service "Lutte Au-dessus de la Surface". En quoi consistait concrètement votre mission ?
J'ai participé à la coordination des activités aériennes depuis le Central Opérations : suivi des Rafale, des Hawkeye et des hélicoptères, gestion des imprévus et aide à la prise de décision en temps réel.
J'étais également référente pour la formation des marins à un logiciel d'analyse de situation maritime. Cette expérience m'a montré combien les outils scientifiques et numériques sont aujourd'hui essentiels à la conduite des opérations mais surtout la communication entre les différents acteurs sans laquelle rien n'est possible.
Votre premier a été un peu inattendu. Qu'avez-vous appris de cette situation ?
En arrivant à bord, je me suis retrouvée sans le poste ni la chambre qui m'étaient initialement prévus. Cela m'a obligée à prendre rapidement mes marques, à aller vers les autres et à trouver ma place. J'ai compris qu'un environnement opérationnel récompense l'initiative, l'adaptabilité et la capacité à créer rapidement de la confiance.
Qu'est-ce qui vous a le plus impressionnée à bord du Charles de Gaulle ?
Le professionnalisme de l'équipage. Chacun maîtrise parfaitement sa fonction, mais tous travaillent avec une conscience très forte de l'objectif collectif. On mesure que la réussite d'une mission repose autant sur les compétences techniques que sur la confiance entre les équipes.
Quel sera l'apport de cette expérience militaire à votre formation d'ingénieure ?
Cette expérience militaire a enrichi ma formation d'ingénieure en me faisant découvrir l'utilisation des technologies de pointe au service d'une mission opérationnelle. Mais elle m'a surtout appris qu'aussi performants soient-ils, ces systèmes ne valent que par l'expertise des marins qui les mettent en œuvre. J’ai compris que le métier d’ingénieur ne consiste pas seulement à concevoir des technologies performantes, mais aussi à savoir dialoguer avec leurs utilisateurs, comprendre leurs besoins et travailler avec eux. Les qualités humaines, comme l'écoute, l'esprit d'équipe et le sens des responsabilités, sont donc aussi essentielles que les compétences techniques.
Vous avez également assuré des responsabilités de formation et d'animation. Qu'avez-vous découvert sur le management ?
Former des marins à un nouvel outil, contribuer à la cohésion des officiers subalternes et dispenser des cours plus académiques dans le cadre de l'Université Charles de Gaulle m'ont appris que le management repose avant tout sur la transmission, l'écoute et l'exemplarité.
Donner à chacun les moyens de progresser, en adaptant sa pédagogie aux profils et aux niveaux, crée une dynamique collective positive et renforce l'engagement.
J’ai particulièrement apprécié le fonctionnement de la Marine, qui investit fortement dans la formation continue et offre de réelles perspectives d'évolution à ses marins. Cela m'a monté qu'un manager ne se contente pas de fixer un cap : il accompagne, fait grandir et valorise les compétences de son équipe pour atteindre un objectif commun. Cette expérience m'a enfin appris qu'il y a un temps pour tout : pour le travail, pour l'apprentissage, pour la détente et pour les échanges. Dans un équipage qui enchaîne les quarts de jour comme de nuit et n’a pas de week-end, préserver cet équilibre devient une responsabilité clé du chef : organiser le travail de façon exigeante mais réaliste, et savoir quand pousser l’équipe et quand, au contraire, la protéger pour qu’elle reste performante dans la durée.
Le Charles de Gaulle est concentré de hautes technologies. Comment avez-vous perçu le lien entre sciences et opérations militaires ?
Le lien entre sciences et opérations militaires m’est apparu à la fois omniprésent et très concret : sur le Charles de Gaulle, chaque décision repose sur des systèmes complexes, des radars et des systèmes de communication.
À bord, on voit aussi que la Marine prépare l’utilisation de l’IA avec un data hub embarqué et des échanges réguliers avec des data scientists. Ainsi le porte-avions possède une autonomie de collecte et d’analyse en continu des informations pour mieux comprendre la situation et décider plus vite que l’adversaire.
Cette mission m'a montré que les sciences sont un levier concret au service de la souveraineté nationale.
Cette expérience a-t-elle fait évoluer votre projet professionnel ?
Elle a renforcé mon envie de travailler sur des projets qui ont un impact concret sur la société française. Je suis particulièrement attirée par l'entrepreneuriat et l'innovation et je souhaite continuer à mettre mes compétences au service de l'intérêt général.
Vous participez au défilé du 14 juillet avec l'École polytechnique. Que représente ce moment pour vous ?
C'est un honneur de représenter une École dont la vocation est de former des scientifiques engagés au service de la Nation. C'est aussi une manière de rendre hommage à celles et ceux qui servent la France au quotidien.
Si vous deviez résumer en une phrase ce que cette expérience vous a appris sur l'École polytechnique, que diriez-vous ?
À bord du Charles de Gaulle, j'ai compris que l'excellence scientifique prend tout son sens lorsqu'elle est mise au service d'une mission collective et de l'intérêt national.
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