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Avec Jane, l’École polytechnique soutient des projets sociétaux et solidaires dans l’énergie verte

En créant la start-up Jane, en 2023, Simon Heurtebise et Nathan Bouldoires ont voulu prendre part à une initiative de plus en plus importante : l’autoconsommation collective. Avec leur logiciel, ils facilitent la gestion de ces projets complexes administrativement et contribuent ainsi à la transition écologique en s’appuyant sur le partage d’énergies renouvelables, notamment le solaire. En 2024-2025, ils bénéficient de l’appui de l’incubateur de l’École polytechnique, X-UP, qui leur permet de concrétiser leur idée. Ce soutien montre l’importance pour l’X d’accompagner des projets qui font sens et sont bénéfiques à la société.
Nathan Bouldoires et Simon Heurtebise © Jérémy Barande, École polytechnique
01 juin. 2026
Entrepreneuriat, Innovation, Soutenabilité

D’où est venue l’idée de créer une start-up dans le domaine de l’autoconsommation collective ?

Simon Heurtebise, cofondateur et directeur général de Jane : Au début des années 2020, j’ai pris connaissance dans ma région de l’une des premières opérations d’autoconsommation collective menée sur l’île d’Yeu, en Vendée. Cette initiative locale, nommée Harmon’Yeu, consistait à produire et à partager l’énergie solaire entre voisins. Elle était portée et financée par le fournisseur d’électricité Engie. Il n’y avait à l’époque qu’une quarantaine d’opérations de ce type, contre près de 2000 sur le premier trimestre de cette année uniquement. À l’horizon 2030, il devrait y en avoir 40 000 selon les experts du secteur de l’énergie. 

J’ai une formation d’UX designer. L’ergonomie des logiciels est ma spécialité. Quant à Nathan, il a fait un mémoire sur la précarité énergétique. Nous avions un intérêt commun et des compétences complémentaires, ce qui a abouti à notre collaboration et à la création de Jane.

Nathan Bouldoires, cofondateur de Jane et directeur des opérations : Simon avait participé en 2022 au concours « Talents 2024 »*. Il avait parlé de son parcours et de son intérêt pour les projets d’autoconsommation collective sur LinkedIn. Je faisais effectivement des recherches sur un sujet très proche. Je l’ai contacté. Le courant est tout de suite passé. Nous avons décidé de nous lancer tous les deux dans un projet entrepreneurial à forts impacts : le développement d’énergies vertes, le renforcement de liens entre les communautés et la solidarité énergétique. En 2024, nous nous sommes représentés ensemble à ce concours que nous avons remporté apportant ainsi de la crédibilité et de la visibilité à notre projet. Nous avons rencontré d’autres entrepreneurs, des politiques, des premiers clients et gagné une subvention de 10 000 euros, ce qui nous a donné les moyens de développer techniquement notre logiciel. 

En quoi consiste votre innovation ?

Simon Heurtebise : Avec notre plateforme, nous faisons le lien entre les porteurs de projets d’autoconsommation collective et le distributeur d’électricité, Enedis. Ces projets sont encadrés par la loi énergie-climat et par différentes réglementations. On facilite et fluidifie la partie administrative en donnant la possibilité aux acteurs concernés de simuler et structurer leurs projets. Grâce à notre simulateur, nos clients ont la possibilité de connaître en amont les résultats énergétiques et économiques de leur projet.

Nos prospects peuvent être des syndicats d’énergie, des collectivités, des villes, des entreprises, des sites industriels ou des particuliers qui s’organisent au niveau local. 

Nathan Bouldoires : Plusieurs fonctionnalités sont en cours de développement pour répondre au mieux aux besoins du terrain. À court terme, l’outil devra s’adapter aux évolutions réglementaires concernant la répartition d’énergie. Sur le long terme, le stockage de l’énergie par l’intermédiaire de batteries constitue un enjeu pour nous. En effet, l’énergie pourra être valorisée, soit en étant partagée entre habitants proches géographiquement, soit en étant redistribuée sur le marché de l’énergie. Avec Jane, nous serons à même de conseiller nos clients et de les aiguiller vers la meilleure solution. 

Pourquoi avoir choisi d’être incubé à l’École polytechnique ? Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

Nathan Bouldoires : Nous avons intégré la promotion 18 de l’incubateur X-UP sur les conseils de Lia Rochat, cofondatrice et directrice générale d’ArchiSmart Solar, une start-up greentech spécialisée dans la solarisation massive des patrimoines immobiliers, incubée également à l’École polytechnique. Elle avait repéré notre projet au cours de son master exécutif réalisé dans cet établissement, durant lequel les élèves doivent soutenir un projet entrepreneurial ou en créer un. Elle a choisi finalement de monter sa propre start-up, mais nous sommes restés en contact (et travaillons d’ailleurs encore avec elle). Elle nous a incités à candidater pour être incubé au sein de l’X-UP. Parmi 70 candidats, nous avons été sélectionnés aux côtés d’autres entrepreneurs/ses tels que Ekaterina Kukhtenko, fondatrice de VAir, spécialisée dans la détection d’infections respiratoires. 

Simon Heurtebise : Avec Nathan, nous étions tous les deux en CDI (chez Capgemini pour lui ; chez Dassault Systèmes pour moi). Quitter une situation stable pour se consacrer à temps plein à Jane représentait un risque. Être sélectionné par l’incubateur de l’École polytechnique à donner de la légitimité et du sens à notre projet. Que ce soit sur l’aspect juridique, commercial ou financier, nous avons énormément appris au sein d’un environnement stimulant et de haut niveau scientifique. Je pense que ces enseignements nous seront utiles tout au long de notre carrière. 

Nathan Bouldoires : Nous avons appris par exemple les mécanismes d’une levée de fonds. Notre première levée de fonds non dilutive (sans prise de part au capital) a été possible grâce à des rencontres effectuées à l’École polytechnique dans le cadre de cet accompagnement, notamment des experts de BPI France avec qui nous l’avons co-conçue. Nous avons obtenu 175 000 euros !

Pourquoi avoir choisi le nom de Jane pour votre entreprise ?

Nathan Bouldoires : Nous avons appelé notre start-up Jane en l’honneur de la philosophe et auteure américaine Jane Jacobs. Elle a écrit The Death and Life of Great American Cities, en 1961, qui met en évidence l’importance de tisser des liens entre les gens et de créer des communautés. C’est ce qui constitue pour elle la véritable richesse d’une ville. 

Par ailleurs, dans des milieux (l’entrepreneuriat et l’énergie) encore trop souvent masculins, il était essentiel à nos yeux de valoriser une femme qui a marqué la pensée urbaine du XXe siècle.

À quels enjeux sociétaux et sociaux répond votre start-up ?

Nathan Bouldoires : L’énergie est un enjeu central, notamment dans le contexte international actuel. Il sera de plus en plus important à l’avenir. Si nous voulons être souverain et assurer notre liberté, nous devons construire un monde où nous ne sommes plus dépendants des énergies fossiles, qui nuisent en plus à l’environnement. Avec Jane, nous facilitons le partage d’énergies décarbonées sans dépendre d’acteurs extérieurs.  

Simon Heurtebise : Au niveau social, Jane pourra servir à lutter contre la précarité énergétique. En travaillant avec des associations, nous pourrons les aider à redistribuer le surplus d’énergie à des personnes en difficulté. Ces dernières pourront avoir une énergie verte à des prix compétitifs, voire en bénéficier gratuitement. Nous avons à cœur de favoriser des initiatives solidaires. 

Quelles sont les prochaines étapes ?

Simon Heurtebise : De 2023 à 2025, nous nous sommes concentrés sur le développement R&D de notre produit. La commercialisation a débuté en fin d’année dernière. À présent et dans les années à venir, nous voulons devenir un acteur identifié dans le secteur de l’énergie et faire de Jane la plateforme de référence dans la gestion de projets d’autoconsommation collective. 

 

* Talents 2024 : Destiné aux jeunes âgés de 16 à 25 ans domiciliés à Paris, dans la métropole du Grand Paris ou en Seine-Saint-Denis, le programme « Talents 2024 » récompense et accompagne des projets innovants autour de thématiques telles que l’écocitoyenneté, la solidarité ou encore le développement durable. Ces projets s’inscrivent dans les valeurs de l’olympisme et du paralympisme.

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