Une thèse sur un exemple de décarbonation industrielle en Inde

Nadir Soucha, doctorant en troisième année de thèse en sciences de gestion entre le Laboratoire interdisciplinaire de l’École polytechnique (LINX*) et l’équipementier automobile Valeo, effectue notamment une approche comparative sur les émissions d’une production industrielle en France et en Inde.
Entrée du site de Valeo Friction Material India ( VFMI) à Chennai (Inde)
04 juin. 2026
Recherche, Portraits, Management et Gestion, LINX, École polytechnique

Vous effectuez une thèse entre un laboratoire de recherche, le LINX, et un industriel, Valeo. Quel a été votre parcours jusque-là ?

Je n’ai pas du tout eu un parcours linéaire ! J’ai commencé par un CAP vente quand j’avais 16 ans. Je travaillé plusieurs années, notamment comme manager dans la restauration rapide. Mais j’avais envie de mieux. J’ai passé un bac+2, pour devenir vendeur automobile. Puis j’ai obtenu l’équivalent d’une licence et d’un master en commerce international. J’ai alors muri l’idée de faire une thèse. Suite à un contrat d’alternance, l’entreprise Valeo a accepté que j’effectue une thèse Cifre en parallèle d’un emploi au service achats de l’entreprise. Par ailleurs, j’ai eu l’opportunité de rencontrer Éric Godelier, professeur et chercheur au LINX, qui est devenu mon directeur de recherche.

Pourquoi avoir décidé de faire une thèse ? 

J’avais envie d’avoir un recul réflexif et critique sur les outils de management, ce qui est difficile quand on occupe un poste purement opérationnel. Une thèse en sciences de gestion offre cette possibilité. Mon projet a été élaboré par une démarche de recherche-action, c’est-à-dire une co-construction avec les acteurs. Il y a une problématique qui impacte l’entreprise, ici la décarbonation. Souvent, les entreprises identifient une cause et met ainsi une étiquette sur le problème. Je pense que le rôle du chercheur consiste alors soit à l'infirmer, soit à la confirmer, mais le plus souvent aussi à déconstruire les représentations que se font les acteurs du sujet et à révéler des éléments qui n’étaient pas forcément pris en compte. 

Nadir Soucha

Votre projet de recherche porte sur la décarbonation d’une activité industrielle de Valeo en Inde.

En effet, entre Éric Godelier, moi-même et l'entreprise, l’idée était également d’élaborer un projet où mon directeur de thèse a une expertise, c’est-à-dire l’industrie automobile en Inde. Je travaillais sur un site de matériaux de friction d’embrayage de Valeo à Limoges. Or, le groupe possède une activité similaire à Chennai, en Inde. Cela permettait une approche comparative, notamment sur l’impact carbone. J'ai visité neuf sites industriels, à la fois chez Valeo, chez des clients, chez des fournisseurs, à Chennai, à Mumbai et Coimbatore, pour comprendre ce qui se passait sur toute la chaîne. Dans l’usine de Chennai, j’ai rassemblé les données de consommation énergétique, les facteurs d’émissions, etc., en interviewant les responsables sur place et en consultant les audits réalisés par des cabinets extérieurs. Je disposais déjà de ces éléments pour le site de Limoges. Contre toute attente, les résultats montrent qu’à production égale, le site indien émet significativement moins de CO2 que le site français : près de 7 000 tonnes d’émissions évitées.

Comment expliquer le meilleur résultat du site indien ?

Les raisons sont multifactorielles : historiques, politiques et économiques. Dès la fin des années 1990, le site a été conçu afin de fonctionner 100% à l’électricité. Cela permet un meilleur rendement industriel que le gaz (que le site de Limoges utilise). De plus, le but était alors de créer un modèle d’usine flexible et reproductible. Au départ, l’électricité était majoritairement produite avec le charbon, donc très carbonée. Mais cela a changé avec les politiques publiques de l’État du Tamil Nadu (l’Inde est un pays très décentralisé) qui a promu le développement des énergie renouvelables solaire et éolienne, favorisées par le climat et la géographie et soutenues par des incitations économiques. Plus de 80% de l’électricité du site est aujourd’hui d’origine renouvelable. Ce résultat va contre les préjugés sur l’Inde, souvent considérée comme peu intéressée par la décarbonation, et contre les considérations macro-économiques, l’Inde étant globalement un pays dont l’énergie est encore très dépendante des ressources fossiles.

 

LINX, un laboratoire École polytechnique, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France

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